Politique

Bouteflika vs « Le Monde » : ouverture du procès en diffamation ce vendredi

Abdelaziz Bouteflika, le président algérien.

Abdelaziz Bouteflika, le président algérien. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Le tribunal correctionnel de Paris abrite ce vendredi, à partir de 13h, un procès inédit intenté par Abdelaziz Bouteflika au journal Le Monde. Le président algérien accuse le quotidien français de diffamation suite à la publication de sa photo dans le cadre du scandale des Panama Papers.

C’est un procès sans précédent qui se se déroule à partir de ce vendredi 3 juin, au tribunal correctionnel de Paris. Comme l’avait annoncé Jeune Afrique le 17 avril dernier, les juges sont appelés à statuer sur la plainte déposée par le président Bouteflika contre le directeur du journal Le Monde, Louis Dreyfus, et sa société éditrice, à la suite de la publication, le 5 avril, d’une enquête intitulée « Panama Papers, l’argent caché des chefs d’État ».

L’article qui évoquait l’implication présumée de Chakib Khelil, ancien ministre algérien de l’Énergie entre 1999 et 2010 et ami personnel du chef de l’État algérien, dans des affaires de corruption liées au groupe pétrolier Sonatrach, avait été illustré en une par la photo de Bouteflika aux côtés de quatre autres dirigeants.

Un euro symbolique

Via ses deux avocats parisiens, le président algérien juge que la publication du Monde relève de la diffamation. Aussi, le plaignant réclame, au titre de l’action publique, une condamnation du directeur du Monde à un euro symbolique pour diffamation, ainsi qu’une publication judiciaire en première page du journal. La défense demande également au tribunal de Paris de condamner le prévenu et la société éditrice à verser 10 000 euros au président Bouteflika au titre de l’action civile.

C’est la première fois depuis son arrivée au pouvoir que Bouteflika attaque un journal étranger pour un article le concernant

La publication de cette enquête par le quotidien français a soulevé un tollé en Algérie, d’autant qu’elle intervenait quelques jours avant la visite à Alger d’une forte délégation française emmenée par le Premier ministre Manuel Valls. Manifestement très remontées, les autorités algériennes avaient alors convoqué l’ambassadeur de France en Algérie pour des explications alors que des visas d’entrée ont été refusés aux journalistes du Monde et de l’émission « Le Petit Journal » de Canal+, qui devaient accompagner Manuel Valls à Alger.

Des excuses… sans effet

Pour tenter de calmer la colère des Algériens, le directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, avait adressé une lettre, en date du jeudi 7 avril, à l’ambassadeur d’Algérie en France, Amar Bendjama, dans laquelle il lui exprimait « à nouveau » ses « regrets » pour le « rapprochement malencontreux » avec Abdelaziz Bouteflika, dont le nom « n’est pas mentionné » dans les fichiers des Panama Papers. Visiblement, ces regrets n’ont pas été de nature à apaiser les esprits.

Pour les autorités algériennes, l’association du scandale Panama Papers avec l’image du président Bouteflika a porté atteinte d’une manière gratuite au prestige et à l’honneur de ce dernier. « Aucun Algérien n’acceptera de voir ainsi vilipendé son président et il était du devoir du gouvernement algérien de préserver une valeur », a affirmé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, le 10 avril, alors qu’il venait de recevoir en audience son homologue français Manuel Valls.

C’est la première fois depuis son arrivée au pouvoir en avril 1999 qu’Abdelaziz Bouteflika décide d’attaquer en justice un journal étranger pour un article le concernant. C’est d’autant plus notable que le président algérien, aujourd’hui âgé de 79 ans, affectionnait particulièrement les médias français auxquels il avait accordé d’innombrables entretiens, notamment au cours de son premier mandat entre 1999 et 2004.

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