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France-Afrique, un new deal ?

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Société

Sénégal : épatant, disent les expats français

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Mis à jour le 8 février 2015 à 16:11

Entre une vie européenne aseptisée et la joyeuse anarchie qui règne à Dakar, ce couple de cadres français n’hésite pas une seconde…

"Je sais que je quitterai le Sénégal en pleurant." Anne-Marie Deransart, 35 ans, achève cette année sa mission à Dakar, cinq ans après s’y être installée en famille. Chargée d’opérations à la Banque européenne d’investissement (BEI, dont le siège est à Luxembourg), elle supervise le financement d’infra­structures en Afrique de l’Ouest. Depuis la fin de leurs études de commerce à Marseille, elle voulait tenter l’expatriation avec son mari Benjamin. Une première expérience les a conduits au Luxembourg, où ils ont résidé près de dix ans. Jusqu’à ce qu’un poste de la BEI se libère à Dakar pour Anne-Marie, en 2010. Le couple met aussitôt le cap au sud avec ses deux premiers enfants, alors âgés de 5 et 2 ans. Le troisième naîtra à Dakar.

"On quittait un monde normé, policé et aseptisé pour un univers vivant, où l’imprévu se trouve à chaque coin de rue", résume Benjamin, 38 ans. Anne-Marie connaissait un peu l’Afrique de l’Ouest. Lui la découvrait. Et l’un des premiers chocs culturels fut la joyeuse anarchie dakaroise… Les piétons qui traversent quand et où bon leur semble, les automobilistes qui se garent sur les passages cloutés sans craindre une contravention…

Dans leurs univers professionnels respectifs, le dépaysement ne fut pas moins grand. "On ne fonctionne pas avec ses collaborateurs sénégalais comme en Europe, en envoyant sèchement ses directives par e-mail, explique Anne-Marie. On approfondit davantage la relation personnelle avant d’aborder les aspects professionnels."

Les expatriés insuffisamment préparés

Pour Benjamin, qui a commencé par travailler pour la filiale sénégalaise du cabinet d’audit Deloitte, l’adaptation est un vrai défi : "Les Occidentaux qui choisissent l’expatriation sont insuffisamment préparés. En tant que manager, j’avais l’habitude d’être très direct, ce qui est impensable ici." Au bureau, il apprend donc la souplesse et l’humilité, en même temps qu’il prend conscience du goût prononcé des Ouest-Africains pour les salutations interminables. Pendant que Benjamin doit conseiller des sociétés dans leur développement sans parvenir à trouver de "données de marché" dignes de ce nom, Anne-Marie se réconforte en constatant qu’elle est davantage prise au sérieux, depuis qu’elle réside au Sénégal, que lorsqu’elle y effectuait des passages éclair depuis l’Europe.

À la maison, le changement de vie a été tout aussi radical. "Les expatriés peuvent se permettre d’avoir du personnel pour gérer la cuisine, les courses, le ménage ou aller chercher les enfants à l’école, résume Anne-Marie. Mais on se retrouve rapidement à la tête d’une petite PME chez soi, ce qui n’est pas toujours évident." Un personnel "à l’africaine" qui fait désormais partie de la famille : "À Luxembourg, on vivait à 900 km de nos parents, un peu isolés. Ici on a recréé une cellule familiale avec les nounous, qui sont comme des grands-mères pour nos enfants." Et pour garder le lien avec leur vrai foyer et leurs amis proches restés en Europe, rien de tel que Facebook, Skype et WhatsApp.

L’angoisse ? Revenir à un univers connu

Le couple apprécie le temps libre ("une denrée rare en Europe") et décrit sa vie sociale dakaroise comme "riche", même si moins diversifiée que ce qu’ils avaient imaginé. "On se rapproche de gens qui nous ressemblent… essentiellement des expatriés, admet Anne-Marie. Avec les Sénégalais, les liens sont plus difficiles à tisser à cause des différences culturelles." Rares sont en effet les Dakarois qui se retrouvent pour un afterwork le vendredi ou un dîner au restaurant. Une fois le travail terminé, ils préfèrent généralement rentrer chez eux.

À l’idée de revenir sur le Vieux Continent à la fin de l’année, Benjamin et Anne-Marie nourrissent des sentiments ambivalents. Pour lui, "l’angoisse, c’est de revenir à un univers connu et de faire le deuil de nouvelles découvertes. Pour nous, ça ne peut être qu’une étape". "On va souffler et se reposer, culturellement parlant, mais on ne passera pas les trente-cinq prochaines années à Luxembourg", prévient Anne-Marie.

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