Société

Pour Karim Benzema, Didier Deschamps « a cédé à la pression d’une partie raciste de la France »

Didier Deschamps a « cédé à la pression d’une partie raciste de la France », a affirmé Karim Benzema pour justifier son absence en équipe de France lors de l’Euro 2016.

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Mis à jour le 1 juin 2016 à 11:58

Karim Benzema, l’avant-centre de l’équipe de France. © Lionel Cironneau/AP/SIPA

À neuf jours de l’Euro en France (10 juin – 10 juillet), Karim Benzema, écarté des Bleus à cause de sa mise en examen dans l’affaire du chantage à la sex-tape contre un autre international, Mathieu Valbuena, a tenu ces propos dans une interview au quotidien sportif espagnol Marca daté du 1er juin.

Meilleur buteur en activité de l’équipe de France, l’attaquant d’origine algérienne du Real Madrid (28 ans, 81 sélections, 27 buts) appuie son propos en rappelant les récents succès électoraux en France du Front national.

Le secrétaire d’État aux Sports Thierry Braillard a été le premier membre du gouvernement à réagir, qualifiant ces propos d’ »inacceptables ».

Benzema a « raison de dire que nous sommes dans un pays où le racisme augmente »

Une indignation partagée par l’ancien Premier ministre François Fillon (LR, ex-UMP) : « Je trouve ça insupportable (…) Le fait de ramener en permanence les problèmes du pays à des questions de race, de religion, d’ethnies et de communautés n’est pas un signe de bonne santé », a-t-il estimé, interrogé sur RTL.

En revanche, le député PS « frondeur » Benoît Hamon a estimé sur Europe 1 que Karim Benzema avait « raison de dire que nous sommes dans un pays où le racisme augmente », tout en jugeant que « Deschamps n’est pas raciste ».

« Ils m’ont déclaré non-sélectionnable, bien. Mais sur le plan sportif, je ne comprends pas pourquoi, et sur le plan judiciaire, je ne suis pas encore jugé et je suis présumé innocent. Il faudra attendre que la justice se prononce », ajoute-t-il en réaffirmant son envie de jouer sous le maillot bleu.

Parti pris de Manuel Valls 

Benzema avait été déclaré non-sélectionnable par la fédération en raison de sa mise en examen, le 5 novembre 2015, pour « complicité de tentative de chantage » sur son coéquipier des Bleus Mathieu Valbuena et « participation à une association de malfaiteurs », des infractions passibles de cinq ans d’emprisonnement. Il est soupçonné d’avoir encouragé Valbuena à payer des maîtres chanteurs qui disaient détenir une vidéo intime du joueur de Lyon.

« Dans cette histoire, la seule personne qui sait ce qui s’est passé, qui connaît la vérité, c’est Valbuena. Il a joué un rôle, il n’a pas dit la vérité. J’ai voulu l’aider, rien de plus et l’affaire s’est retournée contre moi », déclare Benzema à Marca.

Le Premier ministre Manuel Valls s’était lui-même prononcé contre la présence de Benzema en équipe de France. Un « grand sportif doit être exemplaire », faute de quoi il « n’a pas sa place dans l’équipe de France », avait lancé Manuel Valls. Les sondages d’opinion étaient eux aussi défavorables au buteur du Real.

Écartés pour leurs « origines nord-africaines » selon Cantona

La polémique sur le racisme entourant la sélection des Bleus suite à l’absence de Karim Benzema et Hatem Ben Arfa est née la semaine passée après des déclarations similaires de l’ancien joueur Eric Cantona puis du comédien Jamel Debbouze. Ben Arfa (29 ans, 15 sélections, 2 buts) figure dans la liste des 8 réservistes malgré une saison très aboutie avec Nice (17 buts en L1).

L’ex-international a estimé jeudi dernier dans une chronique au journal britannique The Guardian que Deschamps avait écarté Benzema et Ben Arfa à cause de leurs « origines nord-africaines ».

Une « attaque minable »

Des propos que Didier Deschamps, en pleine préparation avec l’équipe de France, s’est refusé à commenter, tout en annonçant, via son avocat, son intention de porter plainte. Le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, a pour sa part jugé « stupides » les propos de Cantona contre Didier Deschamps et dénoncé une « attaque minable ».

Dans la foulée, lundi soir, le comédien d’origine marocaine Jamel Debbouze a jugé dans le magazine France Football que Karim Benzema et Hatem Ben Arfa « pay(aient) la situation sociale » du pays.