Justice

Côte d’Ivoire : le second procès de Simone Gbagbo s’ouvre à Abidjan

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 31 mai 2016 à 10h10
Simone Gbagbo, alors première dame, déclare "nul" l'accord de Linas-Marcoussis devant les médias, le 29 janvier 2003.

Simone Gbagbo, alors première dame, déclare "nul" l'accord de Linas-Marcoussis devant les médias, le 29 janvier 2003. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

Le procès pour « crime contre l’humanité » de Simone Gbagbo, ex-Première dame de Côte d’Ivoire, s’ouvre mardi à Abidjan. Les organisations de défense des droits de l’Homme ont annoncé qu’elles n’y participeraient pas et dénoncent leur marginalisation dans la procédure.

Simone Gbagbo, 66 ans, fait donc son retour mardi 31 mai  devant la Cour d’assisses d’Abidjan. Les charges sont lourdes : l’ancienne première dame y comparaît pour « crime contre l’humanité », « crimes contre les prisonniers de guerre » et « crimes contre les populations civiles », commis lors de la crise postélectorale de 2010-2011 responsable de 3 000 morts en cinq mois.

Un mois de procès

Ce nouveau procès devrait durer un mois, et verra la participation « de 25 témoins de l’accusation ». L’épouse de Laurent Gbagbo est actuellement incarcérée à Abidjan. En mars dernier, elle avait été condamné à 20 ans de réclusion pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Une condamnation rendue définitive le 26 mai lorsque la Cour de cassation a rejeté son pourvoi en cassation.

Cheveux grisonnants et rasés court, robe marron et quelque peu amaigrie, Mme Gbagbo était apparue le 9 mai à l’ouverture de la session des assises, aux côtés de douze autres justiciables en attente de leur procès.

Boycott des parties civiles

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO) et le Mouvement ivoirien des droits de l’Homme (MIDH), qui disent représenter « près de 250 victimes », ont annoncé lundi leur décision de « se tenir à l’écart » du procès.

« Nos avocats n’ont pas eu accès à toutes les étapes de la procédure. Sur quelle base vont-ils donc défendre leurs dossiers ? », s’interroge Pierre Kouamé Adjoumani, président de la LIDHO. Avant d’ajouter : « Cela ne servira à rien d’aller faire de la simulation ».

Principal défi : « identifier des preuves »

« Le principal défi pour l’accusation sera d’identifier des preuves la liant (Simone Gbagbo) aux meurtres, aux viols et autres exactions commises par les forces pro-Gbagbo », a estimé Human Rights Watch (HRW), qui a déjà dénoncé les insuffisances de son premier procès.

« Ces accusations sont créées de toutes pièces pour faire plaisir à une certaine communauté internationale. Trop c’est trop ! », s’est pour sa part emporté un des avocats de l’ex-Première dame, Me Mathurin Dirabou, en dénonçant des accusations « fantaisistes ».

Si les deux camps se sont montrés coupables d’exactions pendant la crise de 2010-2011, aucun responsable pro-Ouattara n’a à ce jour été inquiété, ce qui nourrit les accusations de « justice des vainqueurs » portées par l’opposition.

Questions politiques

Au-delà des parties du procès, le retour de Simone Gbagbo devant la justice fait réagit la sphère politique. Joël N’Guessan, porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR), le parti du président Ouattara, a ainsi assuré que ce deuxième jugement « n’est pas un procès de trop ».

« Comment se fait-il que le nom de cette dame est cité dans des affaires de crimes de guerres ? Quel rôle a-t-elle a joué auprès de son mari ? », s’interroge Joël N’Guessan. Pour lui, « Mme Gbagbo (…) avait une emprise sur les personnes soupçonnées de crimes ».

La CPI prise de court ?

La tenue de ce procès va également prendre de court la CPI, où Simone Gbagbo est également poursuivie pour « crimes contre l’humanité ». Le tribunal international qui juge actuellement son époux Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ex-ministre de la Jeunesse, a toujours réclamé l’ex-Première dame, mais Abidjan refuse son transfèrement à La Haye.

Le président Ouattara a affirmé début février qu’il « n’enverrait plus d’Ivoiriens » à la CPI, estimant que son pays avait désormais une « justice opérationnelle ». Ce que ne manqueront pas de contester les avocats et partisans de Simone Gbagbo.

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