Politique

Moussa Timbiné, du Rassemblement pour le Mali : « Le pays va mieux ! »

Mis à jour le 19 mai 2020 à 18:31

Des Casques bleus à Kidal, dans le nord du Mali, le 27 juillet 2013. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

À 42 ans Moussa Timbiné, mathématicien et physicien de formation, originaire de Bandiagara, est l’une des figures montantes du Rassemblement pour le Mali (RPM). À la fois président du groupe parlementaire RPM à l’Assemblée nationale, et responsable de la jeunesse dans son parti, il est l’un des plus fidèles soutiens du président Ibrahim Boubacar Keïta. Nous l’avons rencontré à Bamako, au siège du parti, dans un contexte marqué par l’agitation sociale.

Jeune Afrique : IBK arrive à mi-mandat et le mécontentement grandit dans tout le pays, notamment au sujet de la cherté de la vie. Quel regard portez-vous sur ce climat d’agitation ?

Moussa Timbiné : Le fait que les gens se plaignent est compréhensible. Lorsque la croissance est bonne (autour de 5 % en 2016 selon le FMI), chacun veut voir comment cela se traduit concrètement dans son assiette. Il y a bien eu une augmentation générale des salaires, même si ce n’est pas assez, et une amélioration des conditions de travail.

Malheureusement, à cause de la crise sécuritaire, de la difficulté à acheminer les produits, les prix ont aussi augmenté. Je pense que le président a travaillé en profondeur et que les résultats ne se voient pas encore mais ils sont bien réels. Il y avait des priorités, notamment sur le plan sécuritaire. Quand il est arrivé au pouvoir, il n’y avait plus d’armée et la loi de programmation militaire a été un pas important dans la résolution de la crise, car le Mali a retrouvé sa souveraineté militaire.

L’opposition critique surtout la mauvaise gouvernance, le climat des affaires.

La plupart de ces critiques sont sans fondement. Aujourd’hui on combat la corruption. À l’unanimité, les députés ont approuvé la loi portant sur la prévention et la répression de l’enrichissement illicite le 15 mai dernier.

Autrefois, il y avait mille façons de gagner de l’argent de manière détournée. Cela change peu à peu, ce qui explique d’ailleurs peut-être l’agacement d’une partie de la population, je pense à certains fonctionnaires qui avaient pris la mauvaise habitude d’améliorer leurs fins de mois en détournant de l’argent public.

La plupart de ces critiques sont sans fondement

On ne peut pas accuser IBK de toutes les dérives du système malien. Peut-être que certains ont trahi sa confiance ou commis des erreurs. C’est au président de répondre et de prendre les décisions adéquates. Et concernant l’affaire de l’avion présidentiel, il n’y pas une seule preuve de la sur-facturation. En réalité, l’opposition est pressée d’écourter le mandat du chef de l’état.

Quel bilan faites-vous de ces trois premières années, qu’est ce qui a été fait ?

D’abord, nous avons signé l’accord de paix d’Alger en juin dernier pour le règlement de la crise au Nord. Même si certains essayent d’en compliquer la mise en œuvre, c’est un pas important. Je l’ai dit juste avant, on a aussi équipé, formé nos militaires, on a aujourd’hui une armée debout. La paix est fragile mais revient lentement. Ces quelques attaques ici et là sont l’œuvre de bandits, trafiquants de drogues affiliés aux terroristes. On a encore besoin de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et des troupes françaises de Barkhane pour éradiquer ces mouvements, nos forces prendront le relais, mais c’est encore trop tôt.

Il y a eu aussi des progrès importants dans le domaine de la santé. D’ailleurs, on a tous vu comment le président, grâce à des décisions rapides a pu circonscrire l’épidémie Ebola dans le pays. Nous avons aussi facilité l’accès aux soins pour les plus pauvres. En matière d’éducation, il y a eu des avancées importantes, du recrutement de professeurs à l’augmentation des salaires. Depuis l’arrivée d’IBK au pouvoir, les cours se sont déroulés sans discontinuité de manière paisible dans les principales villes du pays. Enfin, nous avons aussi fait passer une loi pour la promotion du genre, ce n’est pas rien !

Qu’est ce qui pourrait, selon vous, être amélioré ?

Sur le plan économique et social, on entre dans la deuxième phase. Dès qu’on aura définitivement juguler la crise sécuritaire, on pourra développer le pays et les investisseurs reviendront. Car il y a des raisons d’être optimistes, il y a au Mali des niches de développement qu’il faut savoir saisir, notamment dans l’agro-business. On peut aussi créer beaucoup d’emplois dans les infrastructures routières ou le BTP…

On peut encore faire mieux mais il faut que tous les Maliens se mettent au travail

Vous êtes député de la Commune 5 de Bamako, on parle de plus en plus de vous, pourriez-vous accepter un poste en cas de remaniement ministériel ?

Sincèrement, ça ne m’intéresse pas. J’ai déjà beaucoup de responsabilités et je suis en train d’apprendre. Le gouvernement de Modibo Keïta fait de son mieux, il a déjà beaucoup  fait pour la paix au Mali. Certes, on peut encore faire mieux mais il faut que tous les Maliens se mettent au travail, qu’on arrête de tricher et qu’on se dise que c’est au bout de l’effort qu’il y a vraiment la victoire.