Politique

Côte d’Ivoire : la nouvelle vie de Marcel Gossio

Le 3 juin 2014, lors de la restituation par les autorités de sa résidence de Cocody. © Émilie Régnier pour J.A.

Libéré des sanctions de l'Union européenne, l'ancien patron du port d'Abidjan, très proche de Laurent Gbagbo, prône aujourd'hui la réconciliation aux côtés de Pascal Affi N'Guessan, le président du FPI.

Le 15 janvier, dans sa résidence de la commune de Cocody, à Abidjan, Marcel Gossio, 63 ans, a reçu une bonne nouvelle de la part de son avocat : la levée de toutes les sanctions et restrictions de l’Union européenne (UE) à son encontre. Une décision que ce cacique du régime de Laurent Gbagbo attendait depuis le 17 janvier 2014, date de son retour du Maroc, où il s’était exilé trois ans durant. Las de voir son dossier bloqué, il s’était entre-temps résigné à remplacer l’avocat français Gilbert Collard par l’Ivoiro-Belge Simplice Séri Zokou, du cabinet Phoenix Law, à Bruxelles.

"Ce fut un long processus au cours duquel j’ai dû écrire à plusieurs reprises à l’UE. Cette décision me blanchit et j’apprécie la démarche des autorités ivoiriennes, qui ne l’ont pas contestée", confie Marcel Gossio, qui n’attend plus que la restitution de ses documents administratifs. Haut fonctionnaire à la retraite, banquier de formation, l’ancien directeur général du Port autonome d’Abidjan était notamment soupçonné de détournement de fonds publics et d’avoir été l’homme clé du financement des milices de Gbagbo. Mais sa fortune supposée – il est propriétaire de plusieurs villas à Abidjan – continue de nourrir beaucoup de fantasmes.

>> Lire aussi : Côte d’Ivoire : le mailaise des anciens exilés

Il a quitté le pays à bord d’une pirogue

Soulagé, Marcel Gossio dit ne pas garder que des mauvais souvenirs de son exil marocain. Certes, son départ, le 13 avril 2011, fut brusque et douloureux. "Quelques jours plus tôt, le président Gbagbo [qui sera arrêté le 11 avril] m’avait demandé de le rejoindre à sa résidence. J’y suis allé, persuadé que je rentrerais chez moi après ce rendez-vous. Mais j’ai finalement quitté le pays avec deux pantalons, à bord d’une pirogue jusqu’au Ghana, avant de rejoindre Casablanca, se rappelle-t-il. Finalement, je me suis fait beaucoup d’amis au Maroc. Le port de Casablanca mettait même son complexe sportif à ma disposition !"

La page de son ancienne vie semble définitivement tournée. Ses responsabilités au port autonome, Marcel Gossio n’en voulait d’ailleurs plus. Il dit avoir informé Gbagbo dès 2010 de sa volonté de quitter ce poste après l’élection présidentielle. La crise postélectorale aura exaucé ses voeux…

Aujourd’hui directeur de campagne de Pascal Affi N’Guessan, Gossio qualifie d’"épiphénomène" la crise de leadership que traverse l’ancien parti au pouvoir.

Aujourd’hui directeur de campagne de Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI) depuis treize ans qui brigue un nouveau mandat (le prochain congrès du parti est prévu en mars), Gossio qualifie d’"épiphénomène" la crise de leadership que traverse l’ancien parti au pouvoir. La polémique autour de la candidature de Gbagbo depuis sa cellule de La Haye ? "C’est une guerre de positionnement, affirme-t-il. Des gens veulent diriger le parti par procuration en utilisant le nom de Laurent Gbagbo, qui est notre bien commun. Ce à quoi nous nous opposons."

>> Lire aussi : réconciliation ivoirienne : paroles d’anciens exilés

Il écrit son autobiographie

En parallèle, il prépare un livre autobiographique qui abordera bien sûr la crise ivoirienne. Son credo : la réconciliation et la poursuite du dialogue politique entre le FPI et le pouvoir. Le week-end du 17 janvier, Marcel Gossio s’est rendu, pour la première fois depuis son retour d’exil, dans son village de Bloléquin, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, non loin de la frontière avec le Liberia, pour délivrer ce message de paix. Il espère qu’à force de dialogue la décrispation aboutira à la libération des militants encore emprisonnés et au dégel de leurs avoirs.

Pour y parvenir, il discute régulièrement avec sa "soeur de région" Anne Désirée Ouloto, ministre de la Solidarité, et Hamed Bakayoko, le ministre de l’Intérieur. Il aurait même introduit une demande d’audience auprès du chef de l’État, mais l’agenda surchargé d’Alassane Ouattara ne lui aurait pas encore permis d’y répondre favorablement.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte