Politique

Soudan du Sud : une guerre oubliée ?

Salva Kiir (à g.) et son ancien vice-président, Riek Machar. © tsika Neger/Reuters

Entre les deux frères ennemis, Salva Kiir et Riek Machar, en guerre ouverte depuis la fin de 2013, les accords se suivent et se ressemblent, sans jamais être appliqués. En attendant, c'est le peuple sud-soudanais qui paie le prix fort : le conflit a déjà fait plus de 10 000 morts et deux millions de déplacés.

Bien entendu, ils ont signé. Ce n’est pas la première ni la dernière fois. Depuis plus d’un an, le président sud-soudanais Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar signent des accords de cessation des hostilités qui restent lettre morte.

Le dernier en date, c’était à Addis-Abeba, le 1er février. Trois jours plus tard, l’annonce du maintien de la présence militaire ougandaise auprès des troupes de Salva Kiir venait déjà le fragiliser. Selon le Wall Street Journal, Machar aurait en effet déclaré qu’il voyait cette annonce comme un obstacle majeur au cessez-le-feu : "Les Ougandais sont partisans dans ce conflit, où leur seul projet est de protéger le gouvernement de Salva Kiir. Nous n’accepterons pas l’impérialisme ougandais."

À vrai dire, pas grand monde ne croit aujourd’hui à la validité de ce document qui fixe au 19 février prochain la reprise des négociations et au 5 mars la date butoir pour la finalisation d’un accord de partage du pouvoir. Selon un diplomate onusien présent à Addis-Abeba lors du sommet de l’Union africaine, fin janvier, "nous avons déjà assisté à une succession de signatures depuis quatorze mois, et jamais elles n’ont été suivies d’effet. D’où la nécessité d’étudier d’autres pistes. Cette question relève du Conseil de sécurité, mais l’on pourrait, par exemple, décider de sanctions individuelles".

Jusqu’à présent, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) s’est montrée réticente à imposer des sanctions qui pourraient nuire aux intérêts, notamment économiques, de pays comme l’Ouganda et le Kenya. Sur le plan international, la Chine n’exclut plus de franchir le pas pour tenter de mettre fin à un conflit qui a déjà fait plus de 10 000 morts, deux millions de déplacés, et réduit de moitié les revenus pétroliers du pays (passés de 10 à moins de 5 millions de dollars par jour entre 2013 et 2014).

La publication du rapport Obasanjo différée

Du côté de la commission d’enquête de l’Union africaine pour le Soudan du Sud, présidée par l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, une prudence extrême est de mise. Au grand dam des ONG comme Human Rights Watch, le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn a en effet obtenu que la publication du rapport Obasanjo soit différée pour ne pas compromettre le travail de l’Igad. Reste que pour l’heure, c’est le peuple sud-soudanais, indépendant depuis à peine plus de trois ans, après des années de guerre contre Khartoum, qui paie le prix de cette inertie.

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