Transports

Caoutchouc : tour de vis de Michelin à son approvisionnement africain

Michelin a besoin de 900 000 tonnes de caoutchouc par an pour assurer sa production de pneus. © Rainier Ehrhardt/AP/SIPA

Mi-mai, le géant français de la manufacture de pneus dont 15% de l'approvisionnement en caoutchouc provient d'Afrique de l'Ouest a annoncé les prémices de sa nouvelle politique d'achat. "À terme, on ne s'interdit pas de revoir certains contrats", estime la direction.

Alors que la Société financière des caoutchoucs (Socfin) est mise en cause par Greenpeace dans deux rapports publiés coup sur coup en février et en mai pour son impact en matière de déforestation en Afrique où elle exploite 50 000 hectares d’hévéas, Michelin, l’un de ses clients, annonce un tour de vis supplémentaire dans la traçabilité des 135 000 tonnes de caoutchouc naturel africain dont le groupe français de pneumatiques s’approvisionne chaque année.

« Il nous fallait être plus précis », assure à Jeune Afrique Luc Minguet, le directeur des achats du groupe français de pneumatiques, en référence aux dix codes d’éthique, principes d’achat et engagements vis-à-vis du respect des droits de l’homme publiés par Michelin depuis 2002.

Le 10 mai, à l’occasion d’une réunion de l’International Rubber Study Group, à Singapour, le manufacturier de quelque 184 millions de pneus en 2015 a présenté les grandes lignes d’un nouveau document sur les « Principes des achats Michelin dans le domaine du caoutchouc naturel » qui sera rendu public à la mi-juin. Celui-ci portera sur le respect des personnes, des règles de bonne gouvernance et sur la protection de l’environnement dans les exploitations d’hévéas.

Concrètement, selon une version préliminaire de ce document consulté par Jeune Afrique, Michelin « s’engage à ne pas contribuer volontairement, de manière directe ou indirecte, à des actions aboutissant à une appropriation illégitime de terres », ou, en matière de déforestation, à « mettre tout en œuvre pour que le caoutchouc naturel qu’il produit ou qu’il achète provienne de plantations qui respectent le principe ‘zéro déforestation’ « .

220 fournisseurs

« C’est très nouveau dans le secteur. 85% du caoutchouc naturel vient de petits producteurs. Donc en termes de production industrielle c’est limité. Outre la Socfin, il y a Barrito Pacific (Indonésie), et quelques plantations ‘maison’ notamment celle de Bridgestone (japonais) », analyse Frédéric Amiel, chargé de campagne forêts à Greenpeace.

Conséquence du caractère éclaté de la production, « la traçabilité est plus difficile à établir », indique encore Luc Minguet. Car si Michelin dit avoir déjà enquêté par le passé dans les 220 usines de transformation de caoutchouc asiatiques et africaines qui lui fournissent les 900 000 tonnes de caoutchouc annuels nécessaires à la fabrication des pneus, les plantations d’hévéas et les conditions de travail des fermiers en aval sont plus méconnues du groupe.

Un angle mort qu’il veut mieux maîtriser. Pour ce faire, l’industriel entend se donner davantage de visibilité tout au long de la chaîne de production du caoutchouc, des usines de transformation aux courtiers qui les fournissent et jusqu’aux planteurs d’hévéas. Première étape de ce chantier, Michelin va sonder la réalité du terrain dans un questionnaire de 30 à 50 entrées traduit en plusieurs langues qui sera administré aux intéressés avant la fin de l’année.

« L’idée n’est pas d’être coercitif mais plutôt de tirer toute l’industrie dans une direction commune. Ceci dit, à terme, on ne s’interdit pas de revoir certains contrats », prévient Luc Minguet.

Du caoutchouc en provenance de l’Afrique de l’Ouest

En Afrique, Michelin s’approvisionne au premier chef en Côte d’Ivoire, où le français est actionnaire de la Société internationale de plantation d’Hévéas (SIPH), filiale de la holding ivoirienne SIFCA. Mais sa fourniture se fait aussi au Liberia, au Ghana, au Nigeria, au Cameroun et au Gabon, via plusieurs autres sociétés — la Socfin notamment  — dont la liste complète demeure confidentielle.

Michelin ne compte plus de sites africains de production depuis son retrait d’Algérie. Ses seuls salariés africains sont constitués d’un réseau de 150 commerciaux, localisés entre l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Cameroun.

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