Politique

Rwanda : en avant toute !

Mis à jour le 20 mai 2016 à 19:45
Faustin Kagame

Par Faustin Kagame

Faustin Kagame est un écrivain et journaliste rwandais.

La centrale Kivuwatt sur le lac Kivu entre le Rwanda et la RDC. © ContourGlobal

Semaine riche en événements pour le Rwanda…

Présent lundi 17 mai à Karongi sur la rive orientale du lac Kivu, le président Paul Kagame y a inauguré la première centrale électrique au monde dont l’énergie soit tirée du gaz méthane. Un projet longtemps confiné au purgatoire des idées orphelines, qui a dû attendre les bons décideurs pour se concrétiser.

Tirant profit d’une ressource disponible en quantités quasi illimitées, le Rwanda – et son voisin congolais quand il voudra s’y mettre – aura ainsi de quoi satisfaire ses besoins en énergie et, qui plus est, grâce à un gaz létal dont l’extraction progressive devrait enrayer le danger qu’il fait planer sur près de deux millions de riverains du lac Kivu. Pour un pays qui ambitionne ouvertement de figurer parmi les nations émergentes de notre continent, l’aubaine tombe à pic avec le doublement rapide de ses ressources énergétiques, en attendant une production plus conséquente grâce aux installations désormais en place.

Comme c’est maintenant de tradition, la visite présidentielle fut ponctuée d’une rencontre sans protocole avec les citoyens du lieu, exposé de doléances personnelles à l’appui. Des problèmes de terres. Une veuve a réussi à se faire rembourser des parcelles cédées à un tiers par l’État, un beau parleur a aggravé son cas en forçant les arguments. Version moderne de l’arbre à palabres retransmise à la télé, cet exercice ne se substitue pas à la justice pour autant. Suivant les cas, une belle leçon de démocratie y transparaît grâce à l’interpellation publique des responsables administratifs et politiques concernés, qui ont intérêt à maîtriser leurs dossiers pour ne point bégayer devant le pays tout entier. Autant que cet exercice pratique et didactique, peu d’occasions permettent au simple citoyen de voir et comprendre que les serviteurs de l’État sont à son service et pas l’inverse.

Le week-end précédant ces événements en province, « le président à temps complet » comme certains le surnomment, avait longuement dialogué avec des jeunes et des moins jeunes de toutes provenances, à l’occasion du Forum économique mondial. Question d’un intervenant :

– Quel sens accordez-vous au fait d’être Rwandais, monsieur le Président ?

– Celui d’être un Africain avec l’accent rwandais.

Cadre de l’événement : le tout nouveau « Kigali Convention Center », un bâtiment visible de n’importe quel endroit de la capitale, dont la silhouette ovoïde pourrait devenir, toutes proportions gardées, aussi emblématique de Kigali que la tour Eiffel peut l’être de Paris.

Comme il est loin ce jour de juillet 1994, quand je lisais sous la plume d’un « expert » de l’Afrique (un Européen bien sûr, qu’est-ce que vous alliez imaginer) le verdict selon lequel mon pays allait mourir écrasé sous le poids de ses problèmes. La seule solution « viable », disait-il, serait de faire passer le Rwanda sous tutelle internationale. Viable pour qui ? Pas pour nous en tous cas, qui savions et savons encore qu’en Afrique comme ailleurs et pour le meilleur, c’est la volonté d’un être libre qui fait son destin.

Un autre « expert » fut récompensé d’un prix par ses collègues journalistes de France, pour avoir proclamé la « nécro-négrologie » de notre Afrique dans un livre que je ne recommande à personne, avec son titre en forme de jeu-de mots-qui-s’amuse tout en se voulant une annonce mortuaire définitive.

« Il fait jour, il fait nuit, et ça recommence. Mais qui sait donc où ça nous amène? » s’interrogeaient déjà les conteurs dans nos veillées d’antan.