Défense

RDC : Kabila veut-il réellement lutter contre les FDLR ?

| Par Jeune Afrique
Joseph Kabila, le 3 février 2015 à Bata, en Guinée équatoriale.

Joseph Kabila, le 3 février 2015 à Bata, en Guinée équatoriale. © AFP/Carl De Souza

Le gouvernement congolais a annoncé dimanche qu’il renonçait à l’aide des Nations unies dans son offensive annoncée contre les rebelles hutus rwandais actifs dans l’est de la République démocratique du Congo. Explications.

Kinshasa dit stop

« La République démocratique du Congo vient de renoncer à l’aide de la Monusco » (Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC), a déclaré dimanche 15 février le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, sur la télévision publique nationale. « Le président a tenu à rappeler que la République démocratique du Congo était un État souverain », a ajouté Lambert  Mende.

L’annonce a été faite dimanche par le chef de l’État, Joseph Kabila, lors d’une réunion avec 18 ambassadeurs de plusieurs pays en RDC et le chef de la Monusco, Martin Kobler.

>> Lire aussi : la Monusco fait une « pause » dans l’offensive contre les FDLR

Pourquoi ce sursaut de nationalisme pour un gouvernement qui ne parvient pas à contrôler l’ensemble du territoire placé sous sa protection ? En fait, c’est aussi du côté de l’ONU que provient le blocage. Samedi, un haut responsable de l’ONU à New York avait déclaré que la Monusco avait « effectivement mis fin à son soutien aux FARDC » (Forces armées de la RDC). La raison : Kinshasa avait dépassé la date limite du 13 février qui lui avait été imposée pour remplacer deux généraux nommés fin janvier et avec lesquels la Monusco dit ne pas pouvoir travailler.

Deux généraux au cœur de la polémique

Les deux hommes au cœur de la discorde sont les généraux de brigade Bernard Mandefu, chef de l’opération Sokola 2 chargée de lutter contre les groupes armés dans le sud de la province du Nord-Kivu, et donc en premier lieu contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), et le général Sikabwe Fall, chef de la région militaire du Nord-Kivu.

Avant d’être nommé à la 21e région militaire, le général Fall avait dirigé la zone opérationnelle de l’Ituri pendant plus de 4 ans. Il a notamment conduit les opérations militaires dénommées « Safisha [Nettoyez] » contre les miliciens de la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI).

>> Lire aussi : l’armée congolaise lance la traque des FDLR dans l’est de la RDC

L’ONU, qui ne peut travailler avec des personnes qu’elle suspectent de crimes de guerre ou contre l’humanité, les accuse de s’être rendus coupables par le passé de graves violations des droits de l’Homme. Mais elle n’a jamais voulu dire publiquement ce qu’elle leur reproche exactement, ce qui n’aidera pas à calmer les accusations de complicité au moins passive avec les FDLR qui visent l’ONU, essentiellement du côté de Kigali.

Complicités au sein des FARDC ?

Mais Kinshasa, qui tergiverse depuis des mois sur la question du désarmement des FDLR, est aussi soupçonné par les Rwandais de manipuler les FDLR. Alors que l’on attendait le lancement d’une offensive conjointe FARDC-Monusco contre les FDLR, Kabila a refusé de donner son aval à une telle opération et l’armée a annoncé le 29 janvier qu’elle allait passer seule à l’offensive, comptant cependant sur un soutien logistique, stratégique et opérationnel de la part de la Monusco. Pour expliquer cette décision de faire cavalier seul, des officiels congolais estiment que l’ONU avait à tort accusé Kinshasa d’être complice des FDLR.

>> Voir aussi l’interview vidéo de Charles Antoine Bambara : « Si les FDLR ne sont pas désarmés dans six mois, la force militaire sera utilisée »

Plusieurs diplomates et analystes doutent que Kinshasa ait réellement l’intention de désarmer par la force les FDLR, qui ne compteraient plus aujourd’hui qu’en environ 1 500 à 2 000 combattants disséminés essentiellement au Nord et au Sud-Kivu. L’offensive n’a toujours pas réellement démarrée sur le terrain, malgré les assertions de Kinshasa.

La milice qui n’a plus lancé d’offensive sérieuse contre le Rwanda depuis le début de la décennie 2000 est régulièrement accusée de crimes graves contre les populations civiles congolaises et de tirer ses ressources de trafics de minerais ou de bois dont les Kivus regorgent, avec la complicité locale de certains officiers congolais.

(Avec AFP)
 

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