Société

Libye : Daesh accusé d’une cinquantaine d’exécutions à Syrte

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Mis à jour le 18 mai 2016 à 15:27

La ville de Syrte ravagée par les combats entre révolutionnaires et forces pro-Kadhafi, en octobre 2011. © Manu Brabo / AP / SIPA

Human Rights Watch a accusé mercredi 18 mai le groupe terroriste État islamique (EI) d’avoir mené au moins 49 exécutions extrajudiciaires à Syrte, son bastion en Libye, soulignant que ces meurtres constituaient des crimes de guerre.

Au moins 49 personnes ont été exécutées par décapitation ou par balle pour motif de « blasphème », « sorcellerie » et « espionnage », affirme HRW dans son rapport de 41 pages, publié mercredi 18 mai. L’ONG s’est notamment entretenue avec 45 habitants ayant quitté Syrte pour se réfugier dans la ville côtière de Misrata à 240 km à l’ouest.

Décapitations publiques

« Les habitants de Syrte évoquent des scènes d’horreur, de décapitations publiques, de dépouilles dans des uniformes orange suspendues à des échafaudages comme ‘crucifiées’ et d’hommes arrachés de leurs lits par des combattants masqués en pleine nuit », indique le rapport. Des exécutions précédées « de procédures en grande partie secrètes bafouant les normes internationales fondamentales relatives à l’équité des procès », estime HRW.

« Ils racontent que la police de la moralité, aidée par des informateurs, patrouille les rues, menaçant, punissant et fouettant les hommes qui fument, qui écoutent de la musique ou dont les épouses ou sœurs ne portent pas l’abaya (longue robe ample et flottante) noire ». Plus des deux-tiers des 80 000 habitants de la ville ont fui après l’arrivée de l’EI à la fin de l’année 2014, selon le rapport.

« Des espions à tous les coins de rue »

La vie à Syrte est « insupportable » et tout le monde « vit dans la peur », témoigne Ahlam, une habitante de 30 ans citée dans le rapport. « Il n’y a pas d’épiceries, l’hôpital n’a ni médecins ni infirmiers, les médicaments manquent (…) Il y a des espions à tous les coins de rue. La plupart des gens sont partis mais nous, nous sommes coincés. Nous n’avons pas assez d’argent pour partir », poursuit-elle.

« Le meurtre de civils, de blessés ou de combattants en détention, par les membres d’une partie prenante d’un conflit est un crime de guerre, tout comme l’exécution de personnes sans procès équitable devant un tribunal ordinaire », souligne HRW. « La nature et ampleur des exécutions extrajudiciaires et autres actes pratiqués par l’EI en Libye pourraient également constituer des crimes contre l’humanité », ajoute-t-il.