Politique

Nord du Mali : le Gatia, une milice loyaliste qui veut monter… jusqu’à Alger

Le général Gamou, fondateur du Gatia, en février 2013, à Gao. © Émilie Régnier pour J.A.

En quelques mois, le Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia) est devenu incontournable dans le nord du Mali. Au point que certains veulent l'inviter à la table des pourparlers d'Alger.

Pour la première fois depuis son élection, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) s’est rendu dans le nord du pays. Le 29 janvier, le président s’est envolé pour Gao, où il a affiché son soutien à la population locale et à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) après les violentes manifestations contre cette dernière, qui ont fait quatre morts le 27 janvier.

Sur place, le chef de l’État a salué le courage des "patriotes" restés fidèles au Mali. Plutôt que de milices, IBK préfère parler de "forces patriotiques", réunies au sein de la Plateforme des mouvements d’autodéfense. Parmi eux, le Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia), créé dans les semaines qui ont suivi la débâcle de l’armée à Kidal, en mai 2014. Les troupes, vaincues, avaient alors fui les principales casernes du Nord. À cette retraite précipitée se sont ajoutées la réduction progressive du dispositif militaire français et les faiblesses opérationnelles de la Minusma. Résultat : le Nord est rapidement redevenu une zone de non-droit contrôlée par les groupes rebelles.

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Conscientes de leurs faiblesses et désireuses de reprendre pied dans le septentrion après la "claque" de Kidal, les autorités de Bamako ont l’idée de sous-traiter la guerre à des milices. Discrètement, le gouvernement charge le général imghad El Hadj Ag Gamou de lancer le Gatia contre le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), dirigé par ses ennemis jurés, les Ifoghas. Depuis lors, en collaboration avec le Mouvement arabe de l’Azawad pro-Bamako (MAA-Bamako), la milice tient en joue les mouvements armés opposés au principe d’un Mali unifié.

Le jeune secrétaire général du Gatia, Fahad Ag Almahmoud, se présente avant tout comme un patriote. "On n’a jamais voulu prendre les armes, on aurait préféré que tout cela prenne fin", soupire-t-il ce 4 février, avant de se réjouir de la saisie de munitions et d’armes lors des combats qui ont opposé son groupe au MNLA le matin même.

Le Gatia auréolé de gloire

Fahad est aussi, depuis des années, le secrétaire particulier du général Gamou, qu’il avait suivi dans son exil au Niger en 2012. À l’époque à la tête de la milice Delta, prise en étau par les groupes qui envahissaient le Nord, Gamou avait fait mine de rejoindre les rangs du MNLA, sauvant ainsi sa peau et celle de ses hommes. Un an après, lors de l’opération Serval, il était encore en première ligne dans les combats contre les hommes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Autant d’épisodes qui ont valu au chef de guerre la reconnaissance du gouvernement et des Maliens.

Convaincus que le Gatia n’agit pas sans consignes de supérieurs hiérarchiques, des diplomates occidentaux ont demandé fin janvier des explications à IBK.

Bien qu’auréolé de gloire, le Gatia fait usage de méthodes peu compatibles avec les attentes des forces de maintien de la paix présentes dans le Nord, et ce en période de négociations de cessez-le-feu. Les partenaires étrangers des autorités maliennes se sont donc inquiétés à plusieurs reprises, ces derniers mois, de la présence de ce nouveau groupe armé.

Convaincus que les hommes du Gatia n’agissent pas sans consignes de supérieurs hiérarchiques – soit au sein de l’armée, soit directement au coeur du gouvernement ou à la présidence -, diplomates français, américains et britanniques ont demandé fin janvier des explications à IBK et à Abdoulaye Diop, son ministre des Affaires étrangères, les exhortant à mieux "contrôler" le mouvement. À chaque fois, les intéressés ont éludé la question.

Pas seulement des patriotes

Le mouvement ne semble guère manquer de ressources. Pourtant, "personne ne nous paie, assure Fahad. On le fait pour l’honneur, et pas pour l’unité du Mali. Des parents sont venus d’Algérie et de Libye avec leur matériel. Des officiers de l’armée libyenne et d’ex-combattants du MNLA nous ont rejoints". Le Gatia est soutenu par la population. Mais laisser entendre qu’il s’agit d’un mouvement spontané de citoyens relève de la fable. Ces combattants ne sont pas (seulement) des patriotes. Des militaires assurent la coordination sur le terrain. Fahad, lui, affirme que leur mouvement répond aux ordres de la "hiérarchie", sans pour autant s’attarder sur l’identité de ses chefs.

Du point de vue des médiateurs algériens, il n’est pas question d’intégrer une délégation du Groupe dans les pourparlers. "Le Gatia s’est associé à la Plateforme et compte déjà des représentants dans cette tendance", explique Ramtane Lamamra, ministre algérien des Affaires étrangères et médiateur en chef. Il serait selon lui improductif de convier de nouveaux acteurs à la table, déjà bien fournie, des négociations.

>> À lire : Au nord du Mali, la mosaïque des acteurs complique les négociations

Les diplomates français chargés du dossier ne sont visiblement pas du même avis. Ils souhaitent au contraire qu’une délégation de ces miliciens pro-Bamako participe dès que possible aux pourparlers. Leur raisonnement est simple : de plus en plus puissant sur le terrain, le Gatia doit prendre part aux discussions pour que le futur accord de paix soit le plus large et inclusif possible.

Iyad et Gamou, ennemis jurés

Entre El Hadj Ag Gamou, le vrai chef du Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia), et Iyad Ag Ghali, le leader d’Ansar Eddine, c’est une vieille histoire de rancoeurs. Les deux Touaregs ont d’abord combattu ensemble dans les années 1980, au sein de la Légion verte de Kadhafi, puis lors de la rébellion de 1990. Mais, en 1994, l’Imghad et l’Ifogha se sont déchirés. Depuis, ils se vouent une haine tenace. Le premier, fidèle à Bamako, s’est juré d’en finir avec le second, dont la dérive salafiste semble sans limites.

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