Agroalimentaire

Côte d’Ivoire : le projet agro-industriel du belge KKO International piétine encore

Cacaoyer © Nabil ZORKOT pour les Éditions du Jaguar

Trois ans après ses premières plantations à Bocanda, dans le centre-est du pays, la production du belge qui veut devenir "la plus grande plantation de cacao en Côte d’Ivoire" peine à décoller. Si le groupe a vu ses pertes tripler en 2015, ses dirigeants assurent que la méthode et les objectifs poursuivis demeurent pertinents.

« KKO International a encore le profil d’une start-up » : c’est Marc-Henri Decrop qui le dit. Nommé en mars, le nouveau directeur administratif et financier de groupe belge actif dans la production de cacao en Côte d’Ivoire, via la Société de logistique et d’exploitation agricoles (Solea), intervenait le vendredi 13 mai à l’occasion de la présentation de résultats de l’exercice 2015.

Les chiffres présentés vendredi à Paris — où la société est cotée depuis la fin de l’année ainsi qu’à Bruxelles — rappellent que la société fondée en 2010 reste encore en phase de développement.

Trois ans après avoir planté en 2013 ses premiers cacaoyers dans la région de Bocanda, au centre-est de la Côte d’Ivoire, l’entreprise a clos l’exercice 2015 sur un très modeste chiffre d’affaires de 173 337 euros. S’il est en très nette hausse par rapport aux 32 431 euros comptabilisés en 2014, les pertes du groupe belge se sont elles aggravées, passant de -1,5 million d’euros à -4,7 millions d’euros.

Le groupe, qui compte pour l’heure 788 hectares plantées en Côte d’Ivoire, n’en est qu’à ses premiers pas, insistent ses dirigeants. Ces derniers rappellent également que leurs plantations ont subi de plein fouet les rigueurs d’un harmattan particulièrement sévère, qui s’est prolongé pendant trois mois, « alors qu’il dure plutôt trois semaines en moyenne », explique Rémy Allemane, administrateur de KKO International et PDG de Solea, également présent à Paris vendredi.

Victime de la faible pluviométrie et d’une sécheresse prolongée

Conséquence des bourrasques du vent chaud saharien, les fleurs du million de cacaoyers mis en terre à l’heure actuelle par KKO International, qui donnent ensuite les cabosses dont sont extraites les fèves dans l’aval de la filière, ont très largement été terrassées.  « Vous avez beau irriguer, mettez un sèche-cheveux en continu sur les feuilles de vos arbres, vous verrez le résultat », se lamente Rémy Allemane.

Le groupe belge reste pourtant convaincu de la justesse de sa méthode : parier sur une industrialisation de la production de la fève de cacao dans un pays où les superficies exploitées, sont encore majoritairement familiales et limitée entre 1 et 5 hectares — à quelques exceptions près comme le français Touton et sa Société agricole de l’Ouest (SAO) qui exploite 1 700 hectares.

Dans un premier temps, le groupe belge vise une superficie de 3 000 hectares dont 1 900 font déjà l’objet de baux d’une durée de 35 ans, au titre desquels les propriétaires reçoivent 5 % du chiffre d’affaires de Solea. Ce qui a nécessité de longues procédures de régularisation administratives du cadastre, le foncier étant encore assujetti au droit coutumier très incertain pour un investisseur. Des baux portant sur 1 000 hectares supplémentaires, dans la région de San-Pédro (sud-ouest) sont en discussion.

KKO International et Solea visent une production ivoirienne de 15 000 tonnes en 2024 (la production du pays a atteint 1,7 million de tonnes en 2013-2014), en misant notamment sur sa variété de cacaoyers à fort rendement (3 tonnes par hectare par an contre 800 kilogrammes en moyenne aujourd’hui), mis sur pied par le Centre national de recherche agronomique de Côte d’Ivoire (CNRA).

Un objectif de productivité que la société fixe même à 5 tonnes par hectare et par an en misant sur la combinaison de la micro-irrigation et de la fertilisation ou sur des techniques de rétention d’eau dans les sols, parmi un bataillon de techniques agronomiques notamment inspirées de l’Équateur.

Développement génétique du cacao

KKO a annoncé d’ailleurs le 13 mai être entré en négociation exclusive avec une société équatorienne spécialisée dans le développement génétique de cacao en vue de son acquisition. Les prémices d’une filiale de R&D dont les exploitations ivoiriennes sont le laboratoire grandeur nature que le groupe veut commercialiser à terme. KKO International lorgne aussi Madagascar et sa fève de cacao criollo qui s’échange à prix d’or sur les marchés internationaux.

En attendant, la société aux 830 salariés ivoiriens doit gérer des coûts de développement de 300 000 à 400 000 euros par mois. Si elle se fixe un objectif de chiffre d’affaires de 2 millions d’euros en 2016, elle annonce avoir un besoin de financement de 4 à 5 millions d’euros supplémentaires, alors que son entrée en bourse aura été moins fructueuse qu’attendue. KKO International n’a réussi à mobiliser que 6,54 millions d’euros, loin de l’objectif de 10 millions d’euros.

Marc-Henri Decrop, Rémy Allemane et Jacques-Antoine de Geffrier, le président du conseil d’administration de KKO International, plaident pour plus de patience.

Si la production décolle, avec un prix à la tonne de 3 141 dollars début mai (qui pourrait être revu à la hausse, si l’entreprise obtient une certification de l’ONG Rainforest Alliance, spécialisée dans la protection de la biodiversité), le belge entend in fine jouer un rôle de courtier. S’il devait se réaliser, l’objectif de 15 000 tonnes par an représente un chiffre d’affaires annuel potentiel de 47 millions de dollars, selon nos calculs.

« Quand je suis arrivé voilà cinq ans, mes 5 tonnes à l’hectare et moi, on m’a pris pour un fou. On commence désormais à venir frapper à notre porte », s’amuse Rémy Allemane. Cette semaine, une délégation du chocolatier français Cémoi, qui a ouvert une chocolaterie à Abidjan en 2015, est attendue en visite dans les plantations du groupe belge à Bocanda.

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