Politique

Maurice : Ramgoolam, plus dure est la chute

Mis à jour le 17 février 2015 à 19:00

Rien ne va plus pour l’ancien Premier ministre Navinchandra Ramgoolam, inculpé d’entrave à la justice et de blanchiment d’argent.

Navinchandra Ramgoolam vient certainement de passer l’une des nuits les plus inconfortables de sa longue carrière politique. Incarcéré dans la soirée du 6 février aux Casernes centrales, le siège de la police à Port Louis, l’ancien Premier ministre a été relâché sous caution le lendemain. Inculpé d’entrave à la justice et de blanchiment d’argent, il risque jusqu’à dix ans de prison et plusieurs millions de roupies d’amende.

Du jamais-vu dans l’histoire du pays et un véritable séisme pour sa classe politique, touchée en plein coeur avec l’arrestation d’une de ses plus grandes figures : l’accusé n’est autre que le fils de Seewoosagur, le père de l’indépendance ; il a dirigé le gouvernement de 1995 à 2000 puis de 2005 à 2014 et il est le patron incontesté du principal mouvement d’opposition, le Parti travailliste.

L’affaire du bungalow des Roches noires

Anerood Jugnauth était donc sérieux lorsque, au soir de sa victoire inattendue aux législatives de décembre, le nouveau Premier ministre assurait détenir les preuves irréfutables des malversations commises par son prédécesseur et adversaire. À peine réinstallé au pouvoir, il a ordonné la réouverture de l’enquête sur l’affaire du bungalow de Roches Noires, qui empoisonne la vie de son rival depuis 2011.

Ramgoolam est soupçonné d’avoir menti à la justice au sujet du cambriolage de l’une de ses résidences secondaires. Il nie avoir été présent sur les lieux au moment des faits – une version mise à mal par le témoignage de son "bras droit", Rakesh Gooljaury, le 11 janvier, mettant au passage en cause de hauts responsables des services de sécurité mauriciens.

Saisie de plusieurs mallettes et de deux coffres-forts

C’est justement parce que Ramgoolam est soupçonné d’avoir menti que son domicile a été perquisitionné, le 6 février. L’opération, musclée, s’est soldée par la saisie de plusieurs mallettes et de deux coffres-forts. Près de 500 millions de roupies (environ 13 millions d’euros) auraient été trouvées, selon le Central Criminal Investigation Department (CCID), dont une grande partie en devises étrangères, ainsi qu’un certain nombre de documents et de médicaments.

"La police est intervenue, craignant que Navin Ramgoolam ne profite d’une invitation au Nigeria pour fuir le pays", justifie le porte-parole du CCID. Tous les avoirs de l’ex-Premier ministre ont été gelés. Reste à voir si, comme on le murmure à Port Louis, l’ampleur prise par toute cette affaire ne relève pas du règlement de comptes politique entre les héritiers de deux des trois familles qui depuis l’indépendance se partagent le pouvoir.