Économie

Côte d’Ivoire : ambitions contrariées

Manganèse, fer, or… Le pays, qui a misé en vain sur le retour de la stabilité après la présidentielle de 2010, dispose d’un potentiel à peine entré en exploitation. Revue de détail.

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Mis à jour le 27 janvier 2011 à 12:29
Yamoussoukro, 2008 : premier sommet ouest-africain de l'énergie et des mines. Yamoussoukro, 2008 : premier sommet ouest-africain de l’énergie et des mines. © Luc Gnago/Reuters

« L’an 2011 sera à coup sûr, pour la Sodemi [Société d’État pour le développement minier, NDLR], le point de départ vers des horizons meilleurs. Cela se traduira par son positionnement en tant que société minière d’envergure internationale, parmi les premières en Afrique. » Cette prévision optimiste faite avant le scrutin présidentiel par Kadjo Kouamé, directeur général de la compagnie publique, qui centralise les prises de participations gouvernementales dans un grand nombre de projets mis en œuvre par les multinationales du secteur, est fortement remise en question par la crise postélectorale dans laquelle est plongé le pays. L’instabilité est une vraie plaie pour un secteur où de bonnes relations avec le pouvoir central, s’inscrivant dans la durée, sont d’une importance capitale.

La Côte d’Ivoire recèle pourtant de nombreux atouts miniers, dont l’exploitation s’est accélérée ces dernières années. Ouvert à un grand nombre d’investisseurs venant de tous les continents, le pays dispose d’un sous-sol riche d’une grande diversité de matières premières : manganèse, fer, or, nickel, bauxite… Et ces dernières années, les autorités ont renforcé l’importance stratégique de la Sodemi, qui épouse progressivement le positionnement de la Petroci, société d’État qui gère les participations publiques dans le domaine du pétrole et du gaz et ne cesse de monter en puissance.

Alliances avec des Chinois, des Français, des Indiens…

L’exploitation du manganèse a pris, ces dernières années, une grande importance. Le gisement le plus important est situé à Lauzoua, dans la région de Grand-Lahou (Sud). Sa capacité de production oscille entre 300 000 et 500 000 tonnes par an. Il est exploité par un consortium sino-ivoirien, la Compagnie minière du littoral (CML), dans lequel la Sodemi est majoritaire (51 %), aux côtés de l’État ivoirien (10 %) et de la China National Geological and Mining Corporation (39 %). Des investissements sont engagés pour que la compagnie puisse extraire très vite 500 000 t de manganèse par an.

Le même type d’équilibre a été respecté dans la constitution de la Société des mines d’Ity (SMI, extraction d’or), dont la firme publique possède 54,1 % des parts, contre 45,9 % pour Cominor, une filiale du groupe français Areva. La mine d’Ity se trouve à Zouan-Hounien (extrême Ouest), dans une zone contrôlée par l’ex-rébellion des Forces nouvelles, mais elle est sécurisée par les Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales à Laurent Gbagbo.

Toujours sur le même modèle, la Sodemi est actionnaire à 25 % de Tata Steel Côte d’Ivoire (TSCI), compagnie dans laquelle le mastodonte indien de l’acier détient 75 % des parts. TSCI, qui regarde vers les réserves prometteuses des régions frontalières de la Guinée et du Liberia, a déjà commencé à prospecter les gisements de fer du mont Nimba (dont les réserves sont évaluées à 1 milliard de tonnes) et du mont Gao (370 millions de t).

Le mont Klahoyo (673 millions de t) est destiné à la compagnie israélo-américaine Valleymist. La Sodemi s’est également associée avec le canadien TAU Group pour exploiter les gisements de nickel latéritique de Sipilou et de Foungbesso. La mise en production effective du fer et du nickel ivoiriens est prévue en 2014 et pourrait nécessiter la mise en place d’une ligne de chemin de fer allant des montagnes de l’extrême Ouest ivoirien, enclavé, jusqu’au port de San Pedro, s’inscrivant ainsi dans ce qu’on appelle en Côte d’Ivoire le Grand Projet minier de l’Ouest (GPMO).

La Sodemi veut également renforcer son expertise dans les forages, d’où son alliance avec la société française Foraco dans le cadre d’une coentreprise, Foremi, qu’elle possède à 49 %. Plus que jamais, elle mise aussi sur la recherche et développement avec la création d’un laboratoire d’analyse et de traitement des minerais à Yopougon-Kouté, dans la périphérie d’Abidjan.

Les compagnies privées continueront-elles d’investir ?

Les compagnies minières privées qui se lancent de manière indépendante sur le marché ivoirien se sont elles aussi signalées par leur activisme ces dernières années. Dans la fièvre de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle a eu lieu la première coulée de la mine d’or de Tongon, dans le département de M’Bengué (Nord), et le premier lingot (9,5 kg) a été présenté au ministre des Mines de Laurent Gbagbo, Augustin Komoé Kouadio. À la manœuvre, la multinationale sud-africaine Randgold Resources, dirigée par Mark Bristow.

Ce dernier annonce avoir déjà réalisé des investissements de 47 milliards de F CFA (71,7 millions d’euros) sur les 140 milliards prévus. La mine de Tongon, dont le potentiel de production est estimé à 120 t exploitables sur une quinzaine d’années, est située dans la partie du territoire contrôlée par l’ex-rébellion des Forces nouvelles, qui soutient Alassane Ouattara. Randgold Resources continuera-t-il d’investir, quitte à exporter sa production à partir d’un port d’un pays de la sous-région ? Si oui, la production du pays, qui devait être de 7,21 t en 2010, doublera quasiment pour passer à 14 t en 2011.

Une société australienne, Equigold, exploite quant à elle la mine d’or de Bonikro, à 60 km de Yamoussoukro, la capitale politique située dans le centre du pays, et mise sur une production annuelle de 4 t sur huit ans. La compagnie indienne Taurian, qui a eu quelques difficultés avec le gouvernement ivoirien au sujet des modalités d’exploitation d’une mine de manganèse dans le département de Bondoukou, il y a quelques mois, est quant à elle surtout active dans l’exploration du manganèse, de la bauxite et du nickel.