Économie

Banques et assurances, deux mondes qui peinent à s’unir en Afrique

Mis à jour le 15 février 2011 à 17:38

Les assureurs ont bien compris l’intérêt de distribuer leurs produits via des partenaires bancaires. Mais ceux-ci restent encore à la traîne. Pourquoi ?

« La bancassurance est un segment qui se développe chaque année et qui a un fort potentiel, explique Sidy Faye, directeur général de NSIA Sénégal. C’est un élément important de notre stratégie. » Qui l’eût cru ? La distribution de produits d’assurance via les réseaux bancaires s’invite dans les plans stratégiques de développement des assureurs. Après des années d’ignorance mutuelle, banquiers et assureurs travaillent enfin ensemble.

« Nous avons des partenariats avec plusieurs banques au Sénégal (Ecobank, United Bank for Africa) et même en Côte d’Ivoire, nous ne travaillons pas qu’avec la nôtre », ajoute Sidy Faye, dont le groupe, NSIA, possède une banque, BIAO-Côte d’Ivoire. L’un des principaux « assureurs vie » ivoiriens, UA-Vie, filiale du groupe Sunu, estime de son côté que 40 % de son chiffre d’affaires provient désormais des réseaux bancaires partenaires, dont Banque Atlantique et Ecobank.

Encore embryonnaire

Dans tous les pays subsahariens, le phénomène va croissant. Dans certains, notamment au Nigeria, il a même pris une dimension supérieure, des banques ayant créé leurs propres compagnies d’assurances. Dans la zone Cima (Conférence interafricaine des marchés d’assurances, qui couvre 14 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale), on en est encore loin, mais la bancassurance a peu à peu pris sa place. « Depuis six mois, la Cima a accepté ce mode de distribution qui n’était pas permis de manière claire auparavant », souligne Richard Lowe, PDG de l’assureur camerounais Activa et fondateur du réseau Globus. « Cela devrait faciliter son développement. »

Mais plusieurs obstacles demeurent. Tout d’abord, le faible intérêt des banques elles-mêmes. « Leurs états-majors n’ont toujours pas compris le potentiel de la bancassurance », regrette Mohamed Bah, directeur général d’UA-Vie. Nos demandes d’entretiens sur le thème des produits d’assurance auprès de plusieurs groupes bancaires subsahariens sont d’ailleurs restées lettre morte. À la lecture des rapports annuels ou des organigrammes, aucun d’entre eux ne semble avoir intégré la distribution de telles offres au cœur de sa stratégie.

« Nous distribuons des produits d’assurance et de prévoyance, mais cela est encore embryonnaire et ne s’apparente que de très loin à ce qui se passe en Europe, où des filiales de banques traitent de l’assurance-vie, décès, capitalisation, automobile, immobilier, prévoyance », souligne Pascal Rebillard, directeur général de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec).

Expérience marocaine

Presque aucun groupe bancaire d’Afrique subsaharienne francophone n’a pour l’instant montré l’intention de développer une filiale d’assurances. Seule exception : Ecobank, qui a annoncé l’année dernière sa volonté de se développer dans ce domaine en association avec le sud-africain Old Mutual. Quelques accords ont bien été passés, notamment entre Bank of Africa et Colina, mais le rachat de ce dernier par le marocain Saham devrait sonner le glas de cette alliance.

Les seuls groupes bancaires qui semblent envisager de se développer dans l’assurance, Bank of Africa et les filiales d’Attijariwafa Bank, sont inspirés par l’expérience de leurs maisons mères marocaines, qui détiennent les deux premiers assureurs du royaume chérifien.

Mais il existe une autre barrière à la bancassurance : le faible taux de bancarisation en Afrique subsaharienne. Au Maroc, par exemple, le succès de cette formule a été porté par un niveau beaucoup plus élevé (entre 40 % et 50 %). Au sud du Sahara, où seule 10 % de la population – au mieux – possède un compte en banque, la distribution des produits d’assurance par les réseaux bancaires trouvera longtemps ses propres limites.