Assurances

Saham reprend Colina et part à la conquête du Sud

Moulay Hafid Elalamy, patron du groupe Saham. © Vincent Fournier/JA

Numéro trois de l'assurance au Maroc, le groupe devient l'un des leaders en Afrique subsaharienne francophone. Prochaine étape : les pays anglophones et lusophones.

Colina tombe dans l’escarcelle du marocain Saham. L’opération a été scellée directement entre les représentants de l’homme d’affaires et politique libanais Michel Pharaon, actionnaire majoritaire et fondateur il y a trois décennies du groupe d’assurances panafricain, et Moulay Hafid Elalamy, le patron fondateur du groupe marocain. En toute discrétion : « À part les directeurs généraux, aucun collaborateur n’était au courant », expliquait-on chez Colina, où l’annonce de l’opération par Saham a pris de court beaucoup de monde. Juridiquement, la cession est actée. Mais elle reste toutefois dépendante des autorisations réglementaires des autorités de tutelle, notamment dans la zone de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima). En attendant, les parties tiennent donc à ne pas trop en dire. De ce que l’on sait, Saham a repris la totalité des titres détenus par Delta Africa, le holding de Michel Pharaon, dans le groupe Colina, représentant 92 % du capital. Le solde reste, pour l’instant, entre les mains du groupe Bank of Africa. Le montant payé n’a pas été précisé, mais il serait, de bonnes sources, proche de la centaine de millions d’euros.

Augmentation de capital

Le deal est hautement stratégique. Colina était depuis plusieurs années à la recherche de capitaux pour se développer et accroître les fonds propres de ses filiales. Malgré la volonté de ses dirigeants, et des pourparlers de longue date avec Proparco, la filiale de l’Agence française de développement, aucune transaction n’avait jusqu’à ce jour abouti. Saham devrait, lui, apporter les fonds nécessaires, via une augmentation de capital prévue dans les prochains mois et à laquelle pourraient participer des financiers, comme le capital-investisseur Kingdom Zephyr Africa Management. « L’opération permettra à Colina de poursuivre son expansion en Afrique centrale et de s’implanter en Afrique de l’Est », suligne Raymond Farhat, directeur général du groupe Colina. Très bien implanté en Afrique de l’Ouest francophone, notamment en Côte d’Ivoire, le groupe Colina a placé plus récemment des pions dans des pays anglophones ou lusophones, en commençant par le Ghana et l’Angola. En Afrique centrale francophone, il n’est présent à ce jour qu’au Cameroun et au Gabon.

En acquérant Colina, Saham, déjà propriétaire de CNIA Saada et numéro trois de l’assurance au Maroc, récemment introduit en Bourse, acquiert une présence dans onze nouveaux pays africains. Il prend le contrôle d’un groupe qui affichait, fin 2009, 105 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une croissance à deux chiffres, et un bénéfice net de 6,7 millions d’euros. Il récupère 500 collaborateurs dans seize filiales, en assurance dommages, en assurance vie et même en réassurance.

Les Marocains actifs

Plus largement, cette opération signe également la première incursion d’une entreprise marocaine dans l’assurance au sud du Sahara. Un mouvement qui ne devrait pas s’épuiser de si tôt. Les équipes dirigeantes de Saham, dont Ghita Lahlou, qui dirige CNIA Saada, devront certes affronter la concurrence des deux autres leaders historiques de la zone, NSIA, dont le capital-investisseur Emerging Capital Partners a pris 20 % du capital fin 2008, et Sunu. Mais ils pourraient aussi rapidement se retrouver confrontés à Attijariwafa Bank. Le deuxième groupe bancaire de la zone franc CFA déploiera en effet son activité assurance au sud du Sahara une fois la réorganisation stratégique de ses filiales bancaires africaines achevée. BMCE, désormais actionnaire majoritaire du groupe Bank of Africa (BOA), devrait également faire de même une fois la première phase de sa stratégie internationale (le rapprochement de BOA et de BMCE Bank International) menée à son terme. De quoi promettre une belle bataille dans un secteur où le potentiel de croissance reste immense.

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