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La start-up de la semaine : les éoliennes tunisiennes sans pales ni rotation émergent à l’international

L'éolienne sans pales ni rotation produite par la société tunisienne Saphon Energy. © Saphon Energy

Invité à Atlanta début mai, pour participer au développement de l'énergie renouvelable dans la ville américaine, la start-up tunisienne Saphon Energy atteint le stade de la reconnaissance scientifique et industrielle, quatre ans après s'être lancé. Elle gérera un premier parc de ses éoliennes sans pales ni rotation en 2018 dans le sud de l'Inde. C'est la start-up de la semaine que "Jeune Afrique" a rencontrée à Tunis.

Une éolienne sans pales. Voilà l’innovation promue par la société tunisienne Saphon Energy, start-up fondée en 2012 et implantée à Tunis. C’est son co-fondateur, Anis Aouini, qui a fait le pari d’un nouveau dessin d’éolienne, quand les modèles lambda voient des pales actionnées par la force du vent.

Sa « saphonienne », comme est surnommé le prototype élaboré au terme de deux ans de recherche, ne contient ni pale, ni système rotatif. Elle produit de l’énergie grâce à un système de voile incurvée qui accompagne le vent en décrivant un mouvement tridimensionnel de va-et-vient, à l’instar d’un battement d’aile d’oiseau.

Histoire, nature et R&D

« Je me suis inspiré de l’histoire et de la nature », explique l’ancien diplômé de l’INSAT (Institut des sciences appliquées et de technologie), âgé de 39 ans. « À l’apogée de Carthage, nos bateaux étaient les plus rapides au monde. J’ai donc commencé à m’intéresser à la captation du vent par les voiles mais également au mouvement des rames. J’ai aussi regardé du côté du biomimétisme avec le mouvement des ailes des oiseaux ou d’une queue de poisson », dit-il.

Autant de sources d’inspiration puis de R&D qui permettent au prototype d’abolir la limite de Betz, du nom de la la contrainte physique qui limite la puissance maximale d’une éolienne traditionnelle.

Résultat, la « saphonienne » a une efficacité 2,3 fois plus importante, selon les dirigeants de Saphon Energy. Ces derniers citent également la diminution de la nuisance sonore, l’absence de perturbations des ondes de télécommunication engendrées par le mouvement des pales traditionnelles et un meilleur stockage de l’énergie grâce à sa meilleure efficacité.

Sans oublier le coût de fabrication : il est, assure la société, 45% moins important que celui d’une éolienne traditionnelle du fait du remplacement des pales, éléments assez coûteux, par de la toile.

Assentiment scientifique et industriel

Des arguments difficiles à contre-expertiser, mais qui rencontre l’assentiment de scientifiques et d’entreprises internationales. La TPE aux neuf salariés a été primée au Sustainable Entrepreneurship Award, qui récompense l’entrepreneuriat durable en Autriche, ou encore au Gulfstream Award aux États-Unis. En 2014,  Microsoft signe une alliance stratégique avec Saphon Energy. « Cette innovation a le potentiel de changer le monde », se réjouit alors Mohamed Bridaa, le directeur général de Microsoft en Tunisie.

Début mai, la start-up tunisienne fait le déplacement outre-Atlantique, aux États-Unis. Elle est invitée en Géorgie, aux côtés de trois sociétés américaines, pour participer au développement de l’énergie renouvelable dans la ville d’Atlanta.

Une crédibilité qu’Anis Aouini, et son associé, Hassine Labaied, diplômé de l’Institut des hautes études commerciales de Carthage et de la London Business School, ont recherché dès leurs débuts. Entre eux, les rôles sont vite vus : à Anis Aouini, qui a travaillé dix ans pour des géants pétroliers comme Shell ou Shlumberger, la technique, et à Hassine Labaied, passé par la Citibank de Dubaï, la finance.

Un premier marché indien avant le changement d’échelle

Mais la notoriété ne suffit pas. Le modèle doit maintenant passer le stade industriel. Outre Microsoft, Saphon Energy bénéficie du soutien de deux business angels — un Algérien et un Pakistanais dont les identités sont soigneusement gardées confidentielles — et peut se targuer d’un premier marché.

En effet, Saphon Energy a obtenu le contrat de fourniture d’un parc de 50 « saphoniennes » de 20 kilowatts chacune, après qu’une banque indienne spécialisée dans les infrastructures, dont le nom est là aussi garder secret, leur a donné son accord. La mise en service est prévue pour début 2018.

« Nous avons fait le choix de nous attaquer directement à des éoliennes de grande capacité. Nous voulons devenir un pourvoyeur de technologie et un producteur d’électricité verte et non un simple fabriquant ou distributeur de machines », dit Hassine Labaied. Ainsi, en Inde, Saphon Energy installera les « saphoniennes » et assurera la gestion opérationnelle du parc.  L’amorce d’un changement d’échelle qui appelle de nouveaux partenaires — que Saphon Energy a d’ores et déjà commencé à rechercher.

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