Économie

Relancer et diversifier l’économie libyenne

Après s’être assuré du contrôle de Tripoli, le Conseil national de transition (CNT) réfléchit à la reconstruction du pays. Une urgence pour un pays qui sort de six mois de guerre et quarante-deux ans de dictature. Pour ce défi, le CNT peut compter sur les réserves importantes de pétrole du pays.

Un automobiliste passe devant un immauble détruit le 6 septembre 2011 à Misrata. Un automobiliste passe devant un immauble détruit le 6 septembre 2011 à Misrata. © AFP

Près de trois semaines après la chute du « guide » libyen, toujours introuvable, l’après-Mouammar Kaddafi s’organise pas à pas. Après avoir défini la « feuille de route » politique du pays à la conférence des « amis de la Libye » à Paris le 1er septembre, le Conseil national de transition (CNT) évoque la reconstruction du pays, ravagé par six mois d’affrontements armés. Le défi immédiat : répondre aux besoins d’une population qui manque cruellement d’eau, d’électricité et autres denrées de première nécessité.

42 années de corruption

Une reconstruction de la Libye compliquée par une gestion calamiteuse des activités économiques sous l’ère Kaddafi. « Nous avons hérité d’une économie complètement désorganisée », déclare Abdellah Chamia, en charge du volet économique au sein du CNT. Quatre décennies d’un règne sans partage au cours desquelles la Libye a été traversée par le socialisme, le capitalisme et bien sûr le paternalisme. « C’était une sorte de cocktail », résume le « ministre » intérimaire de l’Économie.

La Libye fait aussi les frais des lubies du clan Kaddafi. A l’instar de son voisin tunisien, le clan Ben Ali-Trabelsi, la famille du Colonel a mis en place pendant ses 42 années au pouvoir un système de corruption et de détournement des fonds publics bien rodé pour s’assurer un train de vie fastueux. Si bien qu’aujourd’hui, l’économie nationale est à l’arrêt. « Il n’y a pas un seul secteur qui apporte de la valeur ajoutée », affirme Abdellah Chamia.

Mais la Libye a un atout imparable : la mine d’or noire sous sa terre désertique. Des gisements de pétrole brut très prisés pour sa haute qualité. Le CNT nourrit l’ambition de devenir un eldorado pétrolier, à l’image des riches pays de la péninsule arabique.

Relancer l’activité pétrolière

« La tâche la plus urgente est de reprendre le pompage de pétrole et ils auront à mettre beaucoup d’efforts dans la reconstruction des infrastructures », a déclaré Moshin Khan, observateur à Peterson Institute de Washington et ancien directeur pour le Moyen-Orient au Fond monétaire international (FMI). « Avant que cela ne se mette en place, il va être très difficile pour eux de faire quelque chose, car il n’y aura pas de revenus », estime-t-il.

A cet effet, un déblocage de dizaine de milliard de dollars d’avoirs de l’ancien régime libyen gelés dans les banques internationales a été promis lors de la réunion « des amis de la Libye » à Paris. Trois enveloppes d’1,5 milliards de dollars chacune ont déjà été libérées des comptes américains, britanniques et français, sur un pactole estimé à plus de 50 milliards de dollars. Le CNT dispose également d’avoirs détenus par la Banque de Libye et le fonds souverains du pays, estimés à 170 milliards de dollars.

Une « bonne partie » de cet argent sera nécessaire à la réhabilitation des infrastructures détruites lors des combats, estime Moshin Khan. Mais ces sommes seront insuffisantes. Un afflux de capitaux étrangers et un mouvement de privatisation, ciblant des domaines autres que le secteur pétrolier qui reste géré par l’État, sont ainsi escomptés.

Diversifier l’économie

Le rétablissement économique de la Libye va prendre du temps. Le retour à un niveau de production de pétrole d’avant le conflit ne devrait pas intervenir avant 36 mois (à partir de la fin des hostilités), prévient Ross Cassidy, un expert britannique du cabinet de conseil Wood Mackenzie.

L’enjeu ultime : se défaire de la dépendance à la manne pétrolière. 98% des recettes de la Libye, tirées de ses exportations, proviennent toujours du secteur pétrolier. « La diversification de l’économie est une question fondamentale à laquelle nous devons nous attaquer », déclare Abdellah Chamia.

(avec AFP)

 

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