Politique

Avec Ayrault, le couple franco-allemand parle d’une seule voix au Sahel

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, est attendu à Bamako dimanche 1er mai, puis à Niamey, le mardi suivant. Déplacement auquel se joindra son homologue allemand, Franck-Walter Steinmeier. Une visite africaine sous le signe de la diplomatie européenne : une première…

Mis à jour le 29 avril 2016 à 16:47

Les ministres français et allemand des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier, le 22 février 2016 à Kiev. © Efrem Lukatsky / AP / SIPA

Plus d’un mois après sa visite éclair en Côte d’Ivoire, à la suite de l’attentat du 13 mars à Grand Bassam, le ministre français des Affaires étrangères, nommé à ce poste en février dernier (après avoir occupé le poste de Premier ministre entre mai 2012 et mars 2014), poursuit sa tournée africaine, en faisant escale dimanche 1er et lundi 2 mai au Mali, puis le 3 au Niger. C’est la première fois que Jean-Marc Ayrault se rend à Bamako, même s’il a déjà parcouru plusieurs pays africains, notamment lorsqu’il était maire de Nantes – Sénégal, Bénin ou encore Cameroun -, à travers des projets partenaires de décentralisation ou de développement.

Ce nouveau voyage africain illustre, après ceux qu’il a déjà effectué récemment, les 29 et 30 mars, en Algérie ou en Centrafrique (lors de l’investiture du nouveau président Faustin-Archange Touadéra), sa volonté de faire du continent une priorité, là où son prédécesseur l’avait un peu délaissé. « Il aime l’Afrique, et il s’y rendra de plus en plus souvent », répète l’un de ses proches collaborateurs.

La « Françallemagnafrique » ?

Mais attention, le nouveau locataire du quai d’Orsay, qui cherche à se démarquer de Laurent Fabius, veut développer une « diplomatie plus européenne et moins franco-africaine », souligne l’un de ses proches conseillers. Le chef de la diplomatie française sera d’ailleurs accompagné de son homologue allemand Frank Walter Steinmeier. L’ancien professeur d’allemand, par nature germanophile, remet à sa manière le vieux couple franco-allemand en selle, alors que la diplomatie européenne a montré récemment des signes de faiblesses, notamment à l’heure de gérer d’une seule voix la crise des migrants. « On ne parlera pas du sommet Afrique-France de janvier prochain car il s’agit d’une visite bilatérale, précise-t-on au Quai, qui ne sera donc pas concentrée sur les échanges économiques ou culturels franco-maliens ».

Solidarité dans la lutte contre le terrorisme

Cette visite franco-allemande marque principalement l’engagement des deux pays dans la lutte contre le terrorisme et pour la mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger, signé en juin 2015. « Cet accord est un facteur de stabilité pour ce pays » avait même récemment précisé Jean-Marc Ayrault sur l’antenne de RFI. « Avec nos amis allemands, on travaille dans le même sens car le terrorisme au Sahel a un impact sur la sécurité de toute l’Europe », confirme un conseiller du quai d’Orsay.

L’Allemagne est l’un des pays européens les plus présents militairement au Mali après la France, avec plus de 650 soldats dans la Minusma

Pour preuve, l’Allemagne est l’un des pays européens les plus présents militairement au Mali après la France, notamment avec un peu plus de 650 soldats engagés dans la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et 175 instructeurs à travers le programme de la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM). À ce titre, les deux Européens, qui seront reçus dimanche à la sortie de l’avion par leur homologue malien, Abdoulaye Diop, avant de rencontrer le président Ibrahim Boubacar Keïta au palais de Koulouba, doivent se rendre lundi à Gao, afin de visiter les états-majors de la Minusma et de Barkhane, et de se recueillir devant le monument aux soldats étrangers morts au Mali. Le 12 avril dernier, trois soldats français sont décédés après l’explosion d’une mine dans le nord, du côté de la localité de Tessalit.

Sécurité et développement

Ils s’envoleront lundi soir pour Niamey, où une rencontre est également prévue avec le président Mahamadou Issoufou, récemment réélu et par ailleurs ami du président François Hollande. « Là encore, il sera beaucoup question de lutte contre le terrorisme, dans un pays pris en tenaille entre d’un côté la menace de Daech en Libye, et de l’autre Boko Haram au Nigeria », prévient la même source. Au Mali, comme au Niger, la France et l’Allemagne veulent aussi apporter leur aide et leur soutien en matière de développement », ajoute un diplomate.

Une visite est à ce titre prévue au siège d’une ONG allemande à Bamako qui s’occupe de restaurer les manuscrits de Tombouctou abimés, brûlées ou volés durant l’occupation jihadiste en 2012. Le retour à Paris et Berlin est prévu mardi soir. Selon son entourage, d’autres visites du ministre français sont à l’étude pour les prochains mois au Sénégal, en Guinée, ainsi qu’en Afrique du sud ou en Tanzanie. Le chef de la diplomatie allemande, Frank Walter Steinmeier, pourrait bien, là encore faire, partie d’un des voyages.