Société

Volontourisme : zozo est arrivé !

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © J.A. / Glez

Avec le boom des réseaux sociaux, l’autopromotion des humanitaires est devenu un sujet de moquerie. Sur la page « Les humanitaires de Tinder » ou sur le compte Instagram « White Savior Barbie », les « petits Blancs » du continent africain en prennent pour leur grade…

L’excès de bons sentiments nuit-il ? L’overdose guette certains généreux autoproclamés dont internet se gausse de plus en plus. Les réseaux sociaux commencent à dénoncer, de façon subtile, les comportements de certains Occidentaux qui s’en vont jouer les Bisounours en Afrique, sous couvert d’actions humanitaires.

Doit-on douter des bonnes intentions de ces jeunes Caucasiens qui quittent le confort occidental pour aller « porter secours » aux déshérités du Sud ? Pas toujours. Mais c’est justement la sincérité naïve de ces héros de carton-pâte qui agace, en particulier les discours qui sont aussi sirupeux que les salaires sont gras. Et comme l’époque est aux propos abondamment illustrés d’images, Internet se moque, en photos, de ces bons samaritains…

Il n’est pas toujours nécessaire de créer ou de détourner des clichés pour dénoncer la communication indigeste de ceux qu’on appelle désormais « volontouristes » (contraction de « volontaires » et « touristes »). Juxtaposer les photographies, au premier degré, peut suffire. C’est ce qu’entreprend la page « Les humanitaires de Tinder », en présentant, sans commentaire, telle jeune fille blanche ayant « mis au dos » un bébé noir circonspect ou tel jeune garçon blafard manifestement jovial pour avoir posé devant un bidonville. Cette dernière tendance est tellement répandue que le mot « slumfies » a été inventé, contraction de « slum » (« bidonville ») et selfies. Lorsqu’on sait que Tinder est majoritairement utilisé comme un réseau de rencontres amoureuses ou coquines, l’autopromotion par mise en scène humanitaire peut paraître indécente ; tout au moins risible lorsque les clichés se suivent et se ressemblent…

Ironie et satire

L’étalage outrancier de l’altruisme devient carrément humoristique, lorsqu’on consulte le nouveau compte Instagram « White Savior Barbie » (Blanche Barbie sauveuse). L’ironie est toujours là, mais avec une dose de satire plus explicite. Les photographies mettent en scène une poupée Barbie employée dans une ONG imaginaire qui fournit de l’eau aux populations du Tiers-Monde. Ici, l’expatriée en plastique pose dans une salle de classe spartiate, admettant, dans son post, qu’elle n’a pas été formée pour enseigner, mais que « ça passe », puisqu’elle est une occidentale – entendez par là « une personne censément compétente ».

Là, Barbie présente l’association caritative, « Harness the Tears ! », dont l’objet est de récolter des larmes, afin d’abreuver les petits africains assoiffés. Ailleurs, elle adopte un lion qui n’avait « personne pour prendre soin de lui ». Enfin, Barbie la coopérante nous fait don, au milieu d’un nuage de hashtags, de cette maxime après laquelle on ne peut plus vivre comme avant : « Nous ne sommes pas africains parce que nous sommes nés en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en nous »…

Dézinguer le complexe du sauveur blanc, souvent prétentieux, toujours réducteur et parfois néocolonialiste…

La cible de cette férocité railleuse n’est pas seulement la naïveté finalement attendrissante de volontaires romantiques. En biais, elle dézingue le complexe du sauveur blanc, souvent prétentieux, toujours réducteur et parfois néocolonialiste. En filigrane, ce compte Instagram esquisse la démonstration que le travail des volontaires peut être contreproductif. Construire une école en Afrique, en prenant la place de travailleurs locaux, n’est guère une bonne idée. Ni changer les modes de vie des Africains en leur apportant une science prétendument infuse.

Bien sûr, nombre de ressortissants du continent sont les premiers à cultiver, dans les mentalités africaines, cette fascination de l’homme blanc. Parfois au second degré. L’association SAIH (le Fonds d’aide internationale des étudiants et universitaires norvégiens) ne s’y est pas trompée. Embouchant, elle aussi, la trompette de la satire, elle mettait en scène, dans un clip, un jeune Africain manipulateur qui singeait la misère devant de potentiels donateurs. Face à lui : une humanitaire qui avait bien des airs de Barbie. La vidéo dénonçait tout à la fois la bonne conscience stéréotypée du nord et l’escroquerie admissible du sud.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte