Environnement

COP21 – Seyni Nafo : « L’Afrique parle d’une seule voix pour le climat »

Seyni Nafo est le négociateur en chef des pays africains à la COP 22. © OLIVIER POUR J.A.

Quatre mois après l'accord de Paris sur le climat, quelque 160 délégations nationales se retrouvent au siège de l'ONU à New-York, où doit avoir lieu vendredi 22 avril la cérémonie de signature du texte. Le "Monsieur Afrique" de la COP 21 nous explique la portée de l'événement.

Ce premier rendez-vous de l’après-COP21 est hautement symbolique : des dizaines de chefs d’État et de gouvernement ont d’ailleurs fait le déplacement pour participer à la cérémonie de signature de l’accord. Parmi eux, François Hollande, Ali Bongo Ondimba, Alpha Condé ou encore Macky Sall. Mohammed 6, dont le royaume présidera en décembre prochain la COP22, est également attendu au siège de l’ONU, malgré les dissensions qui l’opposent à Ban Ki-moon sur l’épineuse question du Sahara occidental.

Objectif de la cérémonie : accélérer la mise en oeuvre de l’accord de Paris, destiné à limiter la hausse des températures « bien en-deçà de 2°C ». Mais la signature n’est qu’une première étape. L’accord, qui doit entrer en vigueur en 2020, ne sera effectif que lorsque 55 pays représentant 55% des émissions de gaz à effet de serre auront ratifié le texte.

Seyni Nafo, ambassadeur climat pour le Mali et président du groupe africain à la Convention climat de l’ONU explique à Jeune Afrique les enjeux de la cérémonie.

Jeune Afrique : Cette cérémonie est-elle seulement symbolique ? 

Seyni Nafo : Cette réunion est très importante : elle montre que le climat reste à l’agenda politique des États. Il y a d’ailleurs de grandes chances pour que tous les pays signent le texte. La prochaine étape sera donc la ratification pour que le texte entre en vigueur et soit appliqué par le plus grand nombre.

Certains États pourraient-ils le ratifier dès vendredi ? 

Certains pays sont déjà prêts. C’est le cas des petits États insulaires les plus vulnérables comme les Maldives ou Fidji. D’autres, comme le Mali, se sont engagés à le ratifier cette année. Tout comme les États-Unis et la Chine, qui assurent vouloir l’adopter au plus vite. Sur le continent, je pense que ce sera aussi le cas du Gabon ou du Maroc, qui accueillera en décembre la COP22. Je ne serai pas surpris qu’une dizaine de pays africains l’aient ratifié d’ici là.

Nous devons être cohérents dans notre engagement : lors de la COP21, 53 États africains sur 54 ont déposé leurs contributions [seule la Libye ne l’a pas déposée, NDLR]. Nous allons donc ratifier le texte pour montrer que l’Afrique parle d’une seule voix pour le climat.

Est-ce-vraiment le cas ? On se souvient que certains pays, comme le Nigeria, avaient tardé à déposer leurs engagements avant l’accord de Paris…

Au contraire, Amina J. Mohammed, la nouvelle ministre de l’Environnement du Nigeria, est très impliquée dans ce domaine. Elle est l’ancienne conseillère spéciale de Ban Ki-moon pour la planification du développement et connaît bien ces questions. Elle est très impliquée.

Certains scientifiques et ONG affirment que le compte n’y est pas pour parvenir à contenir le réchauffement en-deçà de 2 degrés. La bataille est-elle perdue d’avance ?

Il faut savoir qu’avec un réchauffement de 1,5 degrés, les conséquences seront déjà désastreuses pour l’Afrique et plusieurs pays joueront leur survie. Cet accord n’est pas un vœu pieux et creux : il y aura d’ailleurs tout un arsenal de révision à court, moyen et long terme.

Mais c’est vrai, certains disent que cet objectif est impossible. Je suis optimiste car je crois au génie créateur de l’être humain. Nous avons 25 années pour y parvenir et l’humanité a déjà relevé bien des défis en l’espace d’une génération. Si le climat reste l’une des plus grandes priorités des chefs d’États, alors nous y arriverons.

L’une des clés pour y parvenir, c’est aussi le financement. Or, certains investisseurs se plaignent que le financement du Fonds vert se fasse attendre… 

L’Afrique préside le Conseil d’administration du Fonds vert cette année et nous sommes sensibles à cette préoccupation : l’accès aux ressources est essentiel.

Nous sommes conscients que le démarrage a été assez difficile mais nous avons voulu mettre en place les meilleurs standards en terme de gestion fiduciaire et de normes sociales et environnementales. Tout cela prend du temps, la machine se met en place.

Mais nous sommes très attentifs : les chefs d’États nous en parlent, le secteur privé nous en parle… Nous voulons aller le plus vite possible : le conseil d’administration s’est d’ailleurs donné l’objectif d’approuver le décaissement de 2,5 milliards de dollars de projets cette année. C’est un objectif très ambitieux.

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