Défense

Maroc : à Riyad, Mohammed VI scelle son alliance avec les monarchies du Golfe

Le Roi du Maroc, Mohammed VI, lors de sa tournée dans le Golfe en avril 2016. © Abdeljalil Bounhar / AP / SIPA

Le roi Mohammed VI a participé mercredi au premier sommet entre le Maroc et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Riyad. Daesh, le Yémen, mais aussi le Sahara occidental étaient à l'ordre du jour.

« Les pays du Golfe ? Ce sont nos frères. On les aime ! », ironise un homme d’affaires marocain à propos de la visite de Mohammed VI en Arabie saoudite, mercredi 20 avril. Depuis 2012, les Marocains ne comptent plus les voyages, officiels ou privés, de leur roi vers l’autre bout du monde arabe, ce Mashrek (Est) si lointain et si courtisé pour ses pétrodollars, mais pas seulement.

À Riyad, Mohammed VI est venu participer à un événement spécial : le premier sommet entre le Maroc et les pays du Conseil de coopération du golfe (CCG, regroupant six monarchies de la région). Accompagné de ses proches conseillers, Taieb Fassi Fihri, Fouad Ali El Himma, Yassir Zenagui et Abdellatif Menouni – les mêmes qui l’accompagnent dans tous ses déplacements officiels dans le Golfe – il a abordé avec les autres monarques arabes les sujets d’intérêt commun : Daesh, le Yémen, la Syrie, mais aussi la question du Sahara qui était au centre de son discours hier.

« La situation est grave et inédite dans l’histoire de ce conflit artificiel », a déclaré le souverain marocain. « Les choses en sont arrivées au point qu’une guerre par procuration s’est engagée où le secrétaire général des Nations unies est instrumentalisé pour essayer de porter atteinte aux droits historiques et légitimes du Maroc concernant son Sahara », a-t-il ajouté. 

Le roi du Maroc s’est offert une tribune pour adresser un message fort à Ban Ki-moon

Prenant ses frères du Golfe à témoin, le roi du Maroc a adressé un message fort à Ban Ki-moon en l’accusant d’être l’otage de certains de ses collaborateurs hostiles au royaume. Le sujet ne risque pas de connaître un nouvel épisode onusien lors des prochaines étapes de son voyage dans la région (d’où la présence du ministre des Affaires étrangères, Salahedine Mezouar, et de son ministre délégué, Nasser Bourita), car le rapport du secrétaire général est en cours d’examen au Conseil de sécurité.

Un pour tous, tous pour un !

Cinq ans sont passés depuis que les pétro-monarchies du Golfe ont invité le Maroc à intégrer leur club fermé. En 2011, secouées par les révolutions arabes, ils voulaient que Mohammed VI et le roi Abdellah de Jordanie rentrent dans le CCG afin de construire un front de défense royal face aux assauts de la rue. 

Pour le Maroc, l’intégration de ce groupement golfique était un non-sens géographique. Mais il a profité de cette invitation pour en faire un tremplin afin de financer ses projets d’infrastructures. En 2012, à l’issue d’une visite dans les pays du Golfe, Mohammed VI décroche ainsi une promesse de dons de 5 milliards de dollars sur 5 ans. En contrepartie, il promet aux pays de la région une coopération sécuritaire et militaire plus étroite.

La diplomatie du chéquier

Le deal qu’il a scellé avec les rois arabes est tombé au moment où les fonds souverains du Golfe, rebutés par l’instabilité régionale, étaient à la recherche d’une diversification. En 2014, les flux d’investissements étrangers en provenance du CCG ont tout simplement explosé. Ils ont atteint 10,2 milliards de dirhams, en hausse de 82% par rapport à 2013. 

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« S’ils font partie d’un même bloc régional, chacun des pays du Golfe a sa propre logique d’investissement « , analyse le patron d’un fond d’investissement au Maroc. Les Émiratis, plus visibles, sont sur des projets capitalistiques comme Etissalat, qui détient Maroc Telecom, Taqa, qui a un complexe de production d’électricité à Jory Lasfar, le port Tanger-Med ou encore la Ligne à grande vitesse (LGV) entre Tanger et Casablanca. Plus discrets mais non moins influents, les Saoudiens sont plus intégrés dans le secteur industriel, avec comme acteur vedette le groupe Acwa qui réalise une partie du plan solaire de Ouarzazate.

Arrivés sur le tard après une longue période de brouille avec le Maroc, les Qataris sont davantage tournés vers une logique de placement, essentiellement dans la banque islamique et le tourisme. Quant aux Koweïtiens, leurs investissements au Maroc datent des années 70, à travers le Consortium marocco-koweitien de développement (CMKD), rebaptisé Ajial, qui a des participations dans l’hôtellerie et l’industrie. 

Tourisme et immobilier restent donc les secteurs privilégiés des investisseurs arabes, avec une orientation plus récente vers l’énergie. « Ce sont des secteurs qu’ils maîtrisent. Le risque n’y est pas énorme et, surtout, ils ont besoin de passer par la case ‘Palais royal’ pour être rassurés », analyse le patron du fond d’investissement marocain.

Au nom du Roi

Sans la caution royale, le Maroc n’aurait jamais pu réunir les contributions de ces pays dans uns seul fonds : Wessal. Doté de 2 milliards d’euros, il sert à financer les infrastructures de tourisme. « Sincèrement, je ne sais pas comment le Maroc arrive à gérer la présence des Qataris et des Saoudiens dans un même fonds », s’étonne un dirigeant d’entreprise.

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Beaucoup de doigté et des visites fraternelles bien équilibrées dans les pays de la région : c’est la recette jusque là gagnante de Mohammed VI. Aussi, il n’hésite pas à engager son armée d’une façon solennelle – rompant avec sa discrétion traditionnelle sur ses opérations militaires – aux côtés du roi Salmane pour combattre les Houthis au Yémen. En même temps, il se rapproche de Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, l’émir du Qatar, devenu un ami du royaume à tel point qu’on l’a vu, fin 2015, se prendre en photo en djellaba avec les habitants la ville d’Ifrane où il possède une résidence.

Pour le moment, la diplomatie à géométrie variable du Maroc fonctionne bien. Le royaume profite de la volonté des pays du Golfe, à majorité sunnite, de relativiser leurs différends face aux problèmes vitaux de la région. Mais toute escalade de la violence pourrait rompre cet équilibre précaire.

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