Mines

Guinée : remédier au « scandale géologique »

La richesse du sous-sol n'a pas profité au développement national. Pour y remédier, les autorités poursuivent la renégociation des contrats et s'attèlent à la refonte du code minier.

Avec 17 millions de t de bauxite extraites en 2010, la Guinée prend la 5e place mondiale. Avec 17 millions de t de bauxite extraites en 2010, la Guinée prend la 5e place mondiale. © AFP

La Guinée est, selon les mots du président Alpha Condé, « un scandale géologique dont les ressources n’ont jamais profité à la population ». Et pour cause. Une quantité infime des principaux minerais et métaux exploités dans le pays (bauxite, or et diamant) fait l’objet d’une transformation locale. Ainsi, dans la filière bauxite – dont la production, de quelque 17 millions de tonnes en 2010, a placé la Guinée au cinquième rang mondial -, seul le minerai extrait du gisement de Fria (Guinée maritime, voir carte p. 78) est transformé en alumine. Du coup, malgré un énorme potentiel, la valeur ajoutée du secteur minier, qui représente 23,8 % du produit intérieur brut (PIB), est limitée.

Des projets avortés en 2008

Plusieurs projets de construction de raffineries d’alumine étaient envisagés, et de nombreux permis de recherche avaient été accordés à diverses compagnies pour le fer, l’or, le diamant. Cependant, une grande partie des accords a été remise en question par la junte militaire qui a pris le pouvoir après la mort du président Lansana Conté, en décembre 2008. Depuis, le secteur a connu d’importants changements, avec notamment l’expropriation du russe Ruski Alumini (RusAl) de l’usine de Fria et l’entrée de nouveaux acteurs, notamment brésiliens et chinois. Le géant anglo-australien Rio Tinto a ainsi signé avec son concurrent chinois, Chinalco, en mars 2010, un accord prévoyant la création d’une coentreprise pour développer le gisement de fer de Simandou, non loin de Beyla (Guinée forestière), où il était le seul opérateur jusqu’à cette date. C’est dans cette région qu’intervient également le joint-venture formé du brésilien Vale et de l’israélien Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), après le rachat par Vale de 51 % des parts de BSGR Guinée.

En finir avec la logique « pays-carrière »

Les changements touchent aujourd’hui le code minier de 1995. La volonté de réviser ce code n’est pas nouvelle. En 2007, le Premier ministre Lansana Kouyaté s’y était engagé avec la création du Comité interministériel de renégociation des conventions et accords miniers. En mai 2008, Ahmed Tidiane Souaré, son successeur, avait également tracé une nouvelle politique minière.

La nouvelle ligne Pékin-Conakry

Établies dès le 4 octobre 1959, les relations sino-guinéennes sont au beau fixe. Depuis le début des années 2000, la Chine est devenue un partenaire commercial important de la Guinée, se situant tout juste derrière la France. Des échanges qui profitent surtout à l’empire du Milieu. Les importations en provenance de Chine – biens de consommation courante notamment – dépassent de loin les exportations guinéennes, dont la part s’accroît toutefois. Outre le bois, la Chine importe de plus en plus de métaux précieux (comme l’or) de Guinée. Une tendance qui devrait s’affirmer et s’étendre à d’autres ressources minières, notamment le fer (lire ci-dessus). La coopération sino-guinéenne pourrait-elle changer de nature? Pékin envisage en effet d’appliquer son concept « gagnant-gagnant » à Conakry : en bref, troquer des mines de bauxite contre la construction d’infrastructures, hydroélectriques en particulier. Mais le président Condé dit ne pas être partisan de ce genre d’échanges.

Tout en reprenant à son compte les propositions formulées antérieurement, l’actuel pouvoir entend aller encore plus loin. Objectifs : sortir la Guinée du statut de « pays-carrière », faire en sorte que les mines génèrent davantage de ressources pour l’État et faire de l’emploi des jeunes Guinéens dans les compagnies exploitantes une réalité. Outre des audits lancés pour évaluer les projets, la révision du code est engagée. Elle prévoit une participation accrue de l’État (pouvant atteindre 35 %) dans le capital des projets, l’intégration des dispositions du futur code dans les conventions types élaborées en 2008 et une modification de la fiscalité. 

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