Culture

Mali : à Bamako, un dernier hommage à Malick Sidibé

Le photographe Malick Sidibé, en 2007.

Le photographe Malick Sidibé, en 2007. © Luigi Costantini/AP/SIPA

La dépouille recouverte du drapeau national du photographe malien Malick Sidibé, un des pionniers africains de son art, arrive samedi sur le terrain de football d’un quartier populaire de Bamako. Un millier de personnes se lève pour un dernier hommage.

Devant le corps déposé sur un catafalque, 11 militaires se positionnent pour rendre les honneurs.

Dans le public, plusieurs femmes se mettent à pleurer. « J’ai perdu mon soutien, j’ai perdu mon meilleur soutien », hurle une femme voilée. Sa voisine, également en pleurs, lance: « Dieu est le seul grand. Il prend ce qu’il a donné. Malick, tu manqueras à jamais ».

De jeunes photographes maliens venus à la fois pour couvrir et participer à la cérémonie d’hommages expriment leur tristesse. « C’est vraiment une grande tristesse pour nous jeunes. C’est Malick qui m’a acheté mon premier appareil photo. Il était vraiment notre guide », déclare Ousmane Diarra, un indépendant.

Habibou Kouyate / AFP

Des hommes portent le cercueil du photographe défunt malien Malick Sidibé, le 16 avril 2016 à Bamako. © Habibou Kouyate / AFP

Malick Sidibé était un des photographes maliens les plus connus à l’étranger. Considéré comme un des plus grands portraitistes de la seconde moitié du XXe siècle, il fut le premier artiste africain exposé seul au Grand Palais, à Paris, pour une rétrospective jusqu’en juillet. Il était « souvent qualifié de père de la photo africaine » avec Seydou Keïta, a commenté vendredi le ministère français de la Culture après l’annonce de sa mort.

Son œuvre a notamment été récompensée par le Lion d’Or à la Biennale de Venise (Italie), les prix Hasselblad (Suède) et de l’ICP (Centre International de la Photographie, New York, Etats-Unis).

Inhumé dans son village

Venu en voisin du Mali, Alpha Diallo, photographe guinéen mitraillant avec son appareil la dépouille mortelle de l’illustre disparu, juge que « le Mali, l’Afrique et le monde entier viennent de perdre un titan de la culture ».

La ministre malienne de la Culture N’Diaye Ramatoulaye Diallo salue dans un discours « le grand humaniste disparu ». « La mort dans toute sa tristesse vient de nous arracher Malick Sidibé. (…) Malick Sidibé grâce à son art savait mettre en valeur l’unité, mais également la diversité du Mali », ajoute-t-elle, visiblement très affectée.

Une photo géante trône derrière le corps. « C’est une photo qui date des années 1980 », confie un membre de sa famille, selon qui « l’homme était surtout quelqu’un de généreux ».

Capture d'&cran Instagram.

Malick Sidibé photographié par Jonas fFedwall Karlsson. © Capture d’&cran Instagram.

Tiéoulé Sidibé, jeune frère du disparu, rappelle que Malick Sidibé fut le « pilier de la famille qui subvenait à tous les besoins des membres de sa communauté ». « C’était aussi celui qui au sein de la famille rassemblait tout le monde », ajoute-t-il.

Mort de maladie à l’âge de 80 ans, il a immortalisé grâce à ses photos et son studio les nuits bamakoises dans les années 1960, après l’indépendance de cette ex-colonie française.

Entre 1995 et 2015, il avait, selon son frère, exposé ses photos notamment aux Etats-Unis, en Suisse, en France, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, au Bénin, en Australie et en Italie.

Entre 1950 et 1960, il avait livré un travail remarquable sur « une période importante de l’histoire africaine, qui fut une étape d’émancipation, de bouleversements culturels, de fierté et d’espoir pour l’avenir », avait souligné le jury PhotoEspaña en lui attribuant son prix en 2009. « Tu n’imagines pas pouvoir parvenir jusque-là quand tu viens d’un petit village et sans être jamais allé à l’école », avait réagi Malick Sidibé à l’annonce de ce prix.

Après la cérémonie, le corps de celui considéré par ses compatriotes comme un « baobab » de la photographie africaine a été transporté dans son village de Soloba (sud), où il souhaitait être enterré selon sa famille.

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