Économie

Katanga : la Gécamines en sursis ?

Mis à jour le 8 février 2011 à 17:11

Contrats renégociés, réorganisation en profondeur, changement de statut et de direction… En 2011, l’ex-société publique prend un nouveau départ, mais est loin d’avoir tous les atouts en main.

Le groupe a dû former des joint-ventures, comme la Société pour le traitement du terril lushoise. Le groupe a dû former des joint-ventures, comme la Société pour le traitement du terril lushoise. © D.R.

Fin décembre 2010, la Générale des carrières et des mines (Gécamines) est devenue une société commerciale. Une mesure qui s’inscrit dans le cadre de la réforme des entreprises publiques du pays. Mission de ses nouveaux dirigeants, Albert Yuma Mulimbi, président du conseil d’administration, et Kalej Nkand, administrateur délégué général : permettre à la Gécamines de redevenir un opérateur minier à part entière, de nouveau capable de déployer une activité propre.

Un vrai défi, car l’ex-entreprise publique, née en 1967 sur les cendres de l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK), s’est effondrée sous l’effet cumulé d’une mauvaise gestion, des troubles sociopolitiques des années 1990, des affrontements de 1998-2003 et du gel des financements internationaux qui s’est ensuivi.

Trop exsangue pour payer les droits superficiaires (des taxes instituées par le code minier de 2002) comme pour relancer l’outil de production ou l’exploration, la Gécamines a dû « libérer » nombre de ses permis et les concéder à des sociétés privées, sous forme de joint-ventures. Une option facilitée par l’ouverture du secteur à la concurrence. Au total, trente-cinq contrats ont été signés, parmi lesquels une trentaine ont été renégociés. Aujourd’hui, sept d’entre eux sont en production.

L’ex-géant minier ne possède désormais plus qu’une poignée de gisements en propre, dont une partie sans réserves certifiées. S’y ajoutent quelques unités industrielles (concentrateur de Kambove, usine de zinc et four Felco à Kolwezi, usines pyrométallurgiques de Lubumbashi et de Shituru, fonderie de Panda à Likasi, usine d’électrolyse de Luilu…) où sont traités les minerais provenant des remblais de Mukine et des rares mines exploitées par la Gécamines (dont celle de Kilamusembu), ceux de certains joint-ventures, et ceux livrés par des coopératives de creuseurs en échange de leur accès aux mines. Soit une production propre de 20 000 tonnes de cuivre et de cobalt par an. Très loin des 450 000 t de 1986, l’année record. Le niveau de production espéré par la nouvelle Gécamines est de 35 000 t de cuivre et de cobalt en 2011 et de 75 000 t en 2015.

L’urgence : certifier les réserves

La stratégie de l’entreprise tient en deux points. Il s’agit tout d’abord de relancer la prospection et la recherche afin de confirmer les réserves de ses gisements. Il lui faut ensuite investir dans la réhabilitation et la modernisation des usines existantes, ainsi que dans la construction d’une usine d’extraction par solvant – enveloppe nécessaire pour la seule année 2011 : 150 millions de dollars (110 millions d’euros).

Mais comment lever des fonds alors que la dette de la Gécamines s’élève à 1,6 milliard de dollars et que son activité de production ne rapporte que de 50 à 100 millions de dollars par an ? La solution ne se trouve pas du côté des partenariats : les pas-de-porte dus par les sociétés contractantes n’ont pas été entièrement réglés et les royalties ne sont pas énormes. Quant aux dividendes que la Gécamines peut espérer tirer de ces accords, il va falloir attendre, beaucoup de projets étant en phase d’investissement. Impossible aussi, pour le moment, de faire entrer des investisseurs privés dans le capital de la nouvelle entité – détenue à 100 % par l’État -, faute de « biscuits » à leur proposer. Tout est suspendu à la certification des réserves.

Outre l’établissement de règles de gestion rigoureuses afin de dégager plus de bénéfices, la nouvelle direction mise sur l’allègement de la dette de la Gécamines : « On doit se défaire d’un passif que l’entreprise ne pourrait pas assumer », explique Kalej Nkand. Autre cible : la réduction de la masse salariale, avec la mise en retraite ou en préretraite de 3 500 à 4 000 employés, soit près de la moitié de l’effectif actuel, pour un coût d’environ 20 millions de dollars.