Mines

Katanga : Kolwezi en pleine croissance

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C’est dans l’arc cuprifère, dont le district est le centre nerveux, que se concentrent les plus grands gisements. Voyage au cœur d’une ville qui grandit au milieu des concessions.

Espace urbain et zone minière se côtoient. Espace urbain et zone minière se côtoient. © Muriel Devey pour J.A.

Depuis l’avion – un petit porteur d’une vingtaine de places -, la vue est grandiose. À l’est, la majestueuse rivière Lualaba – qui prendra le nom de Congo à Kisangani – ondule à travers champs, tel un gros serpent repu. Et nous arrivons à Kolwezi. Sur le trajet depuis l’aéroport, hormis quelques camions et bus jaunes « made in USA » qui sillonnent une route tout juste réhabilitée, rien n’indique que l’on se trouve dans le plus grand centre minier de la RD Congo. Pas plus qu’en centre-ville, dans la coquette commune de Manika, comme endormie à l’ombre de ses arbres touffus. Seules les villas des anciens cadres de la Gécamines rappellent le temps glorieux de l’ex-géant minier.

Il faut pousser jusqu’à l’ouest du centre-ville et franchir la barrière d’accès de la concession que la Gécamines partage avec ses partenaires pour réaliser que l’on est bien dans l’antre des « mangeurs de cuivre », comme le rappelle une pancarte rouillée. Devant nous, un paysage lunaire, parsemé de touffes de verdure. Sur plusieurs kilomètres, ce ne sont que mines souterraines et carrières à ciel ouvert – vastes gradins circulaires de pierre et de terre rouge, parfois envahis d’eaux bleutées -, remblais grisâtres, amas poudreux olivâtres, pylônes, usines… Le tout baigné de nuages de poussière et de fumée. Au lointain, on distingue des creuseurs, souvent très jeunes, et quelques femmes et négociants, « petits poucets » perdus dans l’immensité des lieux.

Une cité internationale

L’empire minier de Kolwezi s’étend bien au-delà de cette concession. Il couvre l’ensemble du district (formé des communes urbaines de Manika et de Dilala, et des territoires ruraux de Lubudi et de Mutshatsha). L’un des plus grands projets y est mené par Kamoto Copper Company (KCC), un partenariat entre Katanga Mining, filiale du suisse Glencore, et la Gécamines. Sa fusion avec DRC Copper and Cobalt Project a permis à KCC de mettre la main sur les importants gisements de Kamoto et de Kov. Glencore est aussi actionnaire de Mutanda Mining, via sa filiale Samref, qui a confié l’exploitation de sa carrière de Kisanfu au libanais Bazano. Glencore gère quant à lui l’usine, dont la production de 20 000 tonnes de cathodes doit tripler d’ici à 2012, grâce à deux nouvelles unités d’électrolyse.

L’autre grande concession est confiée à Tenke Fungurume Mining, contrôlé par l’américain Freeport-McMoRan Copper & Gold, aux côtés de son compatriote Lundin et de la Gécamines : un royaume d’une centaine de collines, à l’est de Kolwezi, formant les mines de Kwatebala et de Tenke-Sefu-Fwaulu, auxquelles s’ajoutent deux usines de transformation du cuivre et du cobalt.

Parmi les poids lourds figure aussi Metalkol, dont l’actionnaire majoritaire, le kazakh Eurasian Natural Resources Corp. (ENRC), a récupéré les riches rejets de Kingamyambo, autrefois attribués à Kingamyambo Musonoi Tailings, une filiale du canadien First Quantum Minerals – dont le litige avec l’État congolais sur ce dossier est actuellement soumis à un arbitrage international. ENRC a également pris le contrôle de Boss Mining, qui exploite la mine de Mukondo, à Kakanda, et dispose de deux concentrateurs et d’une usine hydrométallurgique.

Des projets de plus petite envergure, en phase d’exploration, sont menés par la Société d’exploitation des gisements de Kalukundi, détenue par l’australien Africo Resources, ainsi que par la Société minière de Deziwa et Ecaille C, une filiale de Platmin Congo. Les Indiens sont présents également, via Kisanfu Mining, une coentreprise associant Aurum, la Société minière du Katanga et Mineral Mining Resources.

Enfin, parmi les compagnies chinoises opérant dans la province, la plus célèbre est la Sino-Congolaise des mines (Sicomines), un partenariat entre China Railway, Sino Hydro et la Gécamines. La Sicomines a hérité des gisements de Dikuluwe, Mashamba, Jonction D et Cuvette Dima, mais leur exploration est retardée, la carrière étant noyée. Les Chinois se rattrapent via la Compagnie minière de Musonoï (Western Mining) et la Minière de Kalumbwe Myunga (China Overseas Engineering Corp.), en phase d’exploration. Quant à la Congo Dong Fang International Mining, elle pourrait reprendre l’exploration, actuellement à l’arrêt, des rejets de la mine de Mutoshi, détenue par la Société minière de Kolwezi (joint-venture entre Anvil Mining et la Gécamines).

Responsabilités sociales

Forage, prospection, construction de mines, production, réhabilitation et réalisation de concentrateurs et d’usines métallurgiques… Les sites sont de véritables ruches. Certains sont aussi pourvus de logements pour les ouvriers recrutés aux quatre coins du monde. Les travailleurs congolais, eux, logent en ville, notamment dans les cités minières – Musonoï, Kapata et Luilu – construites par la Gécamines.

Pour nourrir et soigner leurs employés et s’acquitter de leurs responsabilités sociales vis-à-vis des villages situés dans leurs périmètres, les compagnies investissent dans l’agriculture, forent des puits, construisent des hôpitaux, des écoles… Des réalisations auxquelles elles consacrent un pourcentage des droits superficiaires et de la redevance minière ; la part qui leur est demandée, selon elles. Pourtant, certains exigent la mise en place d’un organe tripartite – pouvoirs publics (État et province), société civile et représentants des miniers – chargé de contrôler la mise en œuvre effective, par les entreprises, de leurs responsabilités sociales.

Mais ce sont surtout l’approvisionnement énergétique et les transports qui préoccupent les miniers. Bien qu’assurée par les centrales hydroélectriques de Nseke et Nzilo, par la connexion aux lignes à haute tension de la centrale d’Inga (dans la province du Bas-Congo) et par des groupes électrogènes, l’offre en énergie est très insuffisante. Tous attendent donc l’achèvement de la centrale de Busenga, sur la Lualaba, à 50 km de Kolwezi.

Autre chantier suivi de près : la reconstruction du chemin de fer angolais de Benguela (CFB), détruit par la guerre civile dans ce pays (1975-2002). L’État angolais, qui a confié les travaux à des entreprises chinoises, annonce que ce réseau de 1 350 km devrait être opérationnel en 2012. Il permettra d’évacuer dans de meilleures conditions les minerais katangais depuis Dilolo, le tout proche poste frontalier, et d’acheminer les équipements industriels lourds depuis le port angolais de Lobito, sur la côte atlantique. D’ici là, le transport s’effectue surtout par la route, avec ses aléas, en particulier sur le tronçon Kolwezi-Likasi, en cours – enfin – de bitumage.

Implantation d’agences bancaires, de magasins, d’hôtels et de restaurants, amélioration de la voirie (en partie financée par les miniers)… Avec la reprise, Kolwezi s’équipe progressivement.

Le revers de la médaille

De quoi réjouir Mme la maire, ex-cadre de la Gécamines, qui fut bourgmestre de la populaire commune de Dilala. Mais la médaille a son revers. L’afflux de migrants venus d’autres districts du Katanga, des provinces voisines (Kasaï et Maniema), voire des pays limitrophes, a fait exploser la population de Kolwezi. « Nous avons 1,5 ou 2 millions d’habitants, je ne sais pas… Ce que je constate, c’est que la ville s’étend de plus en plus vers le fleuve et que les familles s’entassent dans une même pièce », explique Charlotte Cime, « Maman » pour ses administrés.

Une urbanisation accélérée qui pose des problèmes, aussi bien en ce qui concerne l’aménagement et les services urbains (logement, assainissement, eau, électricité…) que le civisme, la sécurité ou même l’alimentation. « Il faut remettre nos populations aux champs », martèle l’élue, inquiète du déficit de produits agricoles. Au premier rang de ses préoccupations figurent également la santé – avec des projets de nouveaux hôpitaux, centres de santé et cliniques mobiles – et l’éducation.

La scolarisation primaire, notamment, est en forte baisse depuis la fermeture des écoles de la Gécamines. « Nous devons rouvrir des écoles publiques, réhabiliter notre université et nos instituts supérieurs, les doter en matériel, et construire des logements d’étudiants pour que Kolwezi redevienne le carrefour universitaire qu’il était autrefois », martèle Mme la maire, qui imagine le mieux pour sa ville. Le cœur cuprifère de la RD Congo le vaut bien.

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