Économie

Forrest prospecte d’autres filons

Après avoir réduit ses ambitions dans l’extraction de minerais, le géant congolais George Forrest International revoit sa stratégie. Énergie, ciment, aérien… Il multiplie les partenariats pour diversifier ses activités.

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Mis à jour le 8 décembre 2010 à 13:33

Des Coréens sur l’énergie, des Allemands dans le ciment et des Belges pour l’aérien. À 70 ans, George Forrest se risque au jeu des alliances internationales. « Après avoir pris des coups dans le secteur minier du fait de la crise, j’ai décidé de diversifier mes activités. Mais comme nous ne sommes pas en Bourse, je dois solliciter les banques et nouer des partenariats pour réunir les moyens financiers et l’expertise nécessaires », explique le tout-puissant président du premier groupe privé en RDC, qui emploie 15 000 personnes principalement dans le génie civil et le BTP (Entreprise générale Malta Forrest) et les cimenteries (Cilu, Interlacs et Cimenkat).

Ainsi, grâce à l’appui du groupe hydroélectrique coréen K-Water, 100 millions de dollars (environ 77 millions d’euros) vont être mobilisés pour réhabiliter deux barrages dans le Katanga, à Koni et Mwadingusha. Dans un pays devenu le champion toutes catégories du délestage – mais dont le potentiel est estimé à 100 000 mégawatts (MW) pour une puissance installée évaluée à 2 500 MW -, cet axe de développement est frappé au coin du bon sens. Il offre également de belles perspectives, pour peu que le projet hydroélectrique du Grand Inga, dans le Bas-Congo, finisse par aboutir.

Et pour construire des barrages, il est préférable d’avoir du ciment ! En septembre, Forrest et le troisième producteur mondial, l’allemand Heidelberg Cement, ont conclu un accord de partenariat. Dans le Bas-Congo, la Cimenterie de Lukala (Cilu, détenue à 55 % par Heidelberg Cement, à 30 % par George Forrest International et à 15 % par l’État) doit multiplier par trois sa production. Il est également prévu de relancer les deux cimenteries d’Interlacs (dans le Katanga et le Sud-Kivu) et la Cimenterie du Katanga (Cimenkat), détenue par l’entreprise publique Gécamines.

Quant à la nouvelle compagnie aérienne, Korongo Airlines (49,5 % pour George Forrest International, 50,5 % pour Brussels Airlines-Lufthansa), les premiers vols sont annoncés pour février 2011. Trois appareils en leasing (le robuste Boeing 737 et deux BAE 146) sont prêts à décoller, le personnel congolais suit actuellement des formations et un hangar est en cours de construction à Lubumbashi. Montant de l’investissement initial : 10 millions d’euros. Objectifs : relier les principales villes du pays, pousser jusqu’à Johannesburg et assurer le hub à Kinshasa avec les deux partenaires européens.

Katanga Mining lui échappe

En ce qui concerne les mines, les ambitions ont été en revanche singulièrement revues à la baisse. Le groupe détenait 24,5 % de Katanga Mining, mais la fusion des deux « pactoles » géologiques de Kamoto et de Kov, près de Kolwezi, aura été fatale à Forrest. Le mariage avec le groupe Nikanor puis le rachat par Glencore, le géant suisse du négoce, ont conduit à sa dilution progressive dans le capital. Aujourd’hui, le « vice-roi du Congo » ne détient plus que 3 % de l’ensemble, dont le potentiel de production annuelle est de 400 000 tonnes de cuivre et 40 000 t de cobalt. Une belle machine à cash qui échappe à l’homme d’affaires, ramené avec ses grosses pelleteuses au rang de sous-traitant pour la « découverture » de la mine. « Avec la crise financière et la chute des cours, les levées de fonds ont été rendues difficiles, justifie George Forrest. J’ai donc préféré ne pas participer aux augmentations de capital. »

C’est une explication. Forrest est tombé sur plus costaud que lui et a préféré botter en touche. « Il a aussi été confronté à un autre opérateur devenu plus puissant, l’Israélien Dan Gertler, qui dispose de ses entrées à Kinshasa », analyse un spécialiste des questions minières. « La revisitation des contrats miniers [processus engagé en 2007 par Kinshasa, qui a conduit à 26 renégociations et à la résiliation de l’accord avec le groupe canadien First Quantum, NDLR] a refroidi bon nombre d’organismes financiers », admet Forrest, qui déplore, non sans une dose de courage, « les interférences », dans les affaires privées, d’individus qui gravitent autour de l’appareil d’État. Aujourd’hui, le groupe belgo-congolais (dirigé depuis janvier à Lubumbashi par le fils aîné, Malta Forrest, 38 ans) n’exploite plus que la mine de cobalt de Luiswishi (plus de 10 % de la production mondiale) et la Société pour le traitement du terril de Lubumbashi (STL).

Quelques couacs

Autre déconvenue dans le secteur bancaire, avec le rachat (68 % des parts), en décembre 2009, de la Banque commerciale du Congo (BCDC, qui était détenue par BNP Paribas) via la Belgolaise (filiale de Fortis). « Nous voulons en faire une banque régionale et industrielle », assure George Forrest. Problème : l’État reste actionnaire et les discussions sur l’agrément nécessaire pour une augmentation de capital sont laborieuses.

Malgré ces couacs, le patriarche organise la suite, depuis la Belgique, en travaillant à la création d’un holding pour réunir l’ensemble des actifs avant une éventuelle entrée en Bourse. À Bruxelles, l’angle de vue est plus large. Cette distance permet aussi de prendre du champ et d’élaborer un plaidoyer pour l’Afrique. Une nouvelle carrière pour le professeur Forrest ?