Mines

Franck Timis : de Bucarest à Freetown, une mine d’aventures

Le patron d'African Minerals a réalisé un bon coup en revendant, en juillet, 25 % des parts du gisement de fer de Tonkolili, en Sierra Leone. Retour sur le parcours tumultueux d'un entrepreneur atypique.

Le businessman australo-roumain opère en Afrique de l'Ouest depuis 2003. Le businessman australo-roumain opère en Afrique de l’Ouest depuis 2003. © D.R.

À la City, on le surnomme « the Gusher », c’est-à-dire « le jaillissant », celui qui bondit sur les opportunités. Cette réputation n’est pas usurpée : tout au long de son parcours, Frank Timis, 47 ans, a fait preuve d’un redoutable sens des affaires minières, qui l’a propulsé parmi les 500 personnalités les plus riches du Royaume-Uni répertoriées par le Sunday Times.

Le dernier coup du Gusher est africain : en juillet, sa compagnie African Minerals Limited (AML) a vendu 25 % des parts dans ses mines de fer sierra-léonaises, pour 1,3 milliard d’euros, au sidérurgiste chinois Shandong Iron and Steel. Le tycoon australo-roumain profite ainsi de la ruée vers le fer ouest-africain des grands miniers qui veulent répondre à la demande asiatique. La transaction lui donne les moyens d’investir pour développer ses projets sierra-léonais tout en restant le premier actionnaire. En juin, il avait aussi vendu 12,5 % d’AML à China Railway Materials (le fournisseur du rail chinois), pour 182 millions d’euros.

Paradis artificiels

Frank Timis est arrivé en Sierra Leone en 2003, après la fin de la guerre civile, à une période où peu osaient s’y risquer. Il rachète alors la Sierra Leone Diamond Company et, avec son associé local Gibril Bangura, fondateur de la société en 1996, restructure l’entreprise, la renomme African Minerals et la réoriente vers le fer, un secteur moins controversé que celui des diamants sierra-léonais. En 2004, AML découvre le gisement de Tonkolili : une réserve estimée à 10 milliards de tonnes de roches à haute teneur en fer.

Mais avant de rejoindre la Sierra Leone, l’homme a roulé sa bosse. Il a 16 ans quand il fuit la Roumanie de Ceaucescu, rejoint à pied Trieste, en Italie, avant d’obtenir un visa de réfugié pour l’Australie. La presse roumaine évoque une version moins rocambolesque : il aurait émigré grâce à un visa de travail de mécanicien qualifié. En Australie, il devient terrassier dans une mine. Pour échapper à la rudesse du bush, il s’évade dans les paradis artificiels, ce qui lui vaudra deux condamnations pour consommation de drogue, à 19 ans et à 23 ans. Un passé qu’il assume : il clame s’en être sorti par le travail.

Au début des années 1990, Frank Timis rencontre le magnat minier australien Tony Sage, patron de Cape Lambert. Les deux hommes sympathisent et créent Gabriel Resources, une société dédiée aux mines de Roumanie. Ils repèrent le gisement d’or de Rosia Montana et, en 1995, obtiennent des autorités l’exploitation pour 2,3 millions d’euros, un prix sous-évalué selon certains. La valeur de la société, cotée à Toronto en 1998, passe de 20 millions à 1,2 milliard de dollars canadiens en 2006. Mais socialement, le bilan est mitigé : l’entreprise est accusée par les ONG de pollution au cyanure.

« Il ne tolère pas l’échec »

Se sentant pousser des ailes, Timis fonde European Goldfields en 1999 (métaux précieux en Roumanie et au Kazakhstan) puis Regal Petroleum en 2002 (pétrole en Grèce). À chaque fois, il séduit les investisseurs et lève des fonds à Londres, Toronto et Sidney. Convaincant en affaires, il mène son business d’une main de fer.

« Frank fait les choses par passion. Il est très déterminé et ne tolère pas l’échec », indique son assistante Dee Hussein. « C’est un drogué du travail. Il voyage constamment entre Londres, la Roumanie, la Sierra Leone et l’Australie », ajoute son agent Alan Frame.

Son aura s’est cependant ternie, en 2006, quand Regal Petroleum a été condamné à 725 000 euros d’amende, à Londres, pour diffusion d’informations erronées : Frank Timis avait vanté la réussite d’un forage pétrolier grec finalement infructueux. La chute de 40 % des actions a ébranlé ses partenaires, dont la banque américaine JP Morgan. Mais le businessman a su rebondir : il a levé 96 millions d’euros pour ALM en 2008. Les aventures du Gusher en Sierra Leone peuvent donc continuer. 

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