Droits de l’homme

Nigeria : les lycéennes de Chibok sont-elles en vie ? Boko Haram l’affirme

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 14 avril 2016 à 08h56
Les parents des lycéennes de Chibok, en juillet 2015.

Les parents des lycéennes de Chibok, en juillet 2015. © Olamikan Gbemiga/AP/SIPA

Boko Haram a envoyé une « preuve de vie » des lycéennes, enlevées il y a exactement deux ans à Chibok, alors que leur disparition sera commémoré aujourd’hui par des prières et des manifestations à travers tout le Nigeria.

Selon la chaîne américaine CNN, qui a rapporté l’information, la vidéo montre une quinzaine de jeunes filles recouvertes d’un hijab noir, qui donnent leur nom, assurent avoir été enlevées à Chibok et précisent la date de l’enregistrement, le 25 décembre dernier.

Il s’agit de la première vidéo permettant d’établir que certaines des jeunes filles enlevées sont toujours en vie, depuis celle diffusée par Boko Haram en mai 2014. Celle-ci aurait été envoyée au gouvernement nigérian dans le cadre de discussions entamées mi-janvier au sujet d’un possible échange de prisonniers. Le gouvernement aurait d’abord reçu cinq photos de certaines des otages, avant cet enregistrement, puis vérifié l’identité des jeunes filles.

Des manifestations prévues aujourd’hui dans tout le pays

Les parents des 219 lycéennes encore disparues – 57 étaient parvenues à s’enfuir peu après l’enlèvement – doivent tenir une réunion de prière ce 14 avril devant l’école de Chibok où leurs enfants ont été enlevées. Ils se retrouveront sur le lieu de ce rapt massif, le lycée pour filles de cette ville isolée, devenue depuis un symbole du conflit avec Boko Haram.

Nous n’accepterons jamais que des Nigérians soient enlevés sans que personne ne se soucie de leur sort.

Dans le reste du pays, des manifestations sont prévues pour réclamer la libération des jeunes filles. À Lagos, la capitale économique du Nigeria, des veillées de prière se sont tenues mercredi soir sur un carrefour très passant, où les photos et les noms des otages sont affichés depuis deux ans. « Nous voulons montrer aux familles qu’elles ne sont pas seules. Nous partageons leur douleur et nous serons à leurs côtés jusqu’au retour de leurs filles », ont déclaré les organisateurs.

« Nous n’accepterons jamais que des Nigérians soient enlevés sans que personne ne se soucie de leur sort. »

Les filles de Chibok, un symbole

Les filles de Chibok sont les victimes les plus tristement célèbres de l’insurrection de Boko Haram, qui utilise souvent le kidnapping comme une arme, dans une guerre qui a déjà fait 20 000 morts depuis 2009. Selon les ONG qui militent pour les droits de l’homme, plusieurs milliers de femmes et de jeunes filles ont ainsi été enlevées depuis le début du conflit.

Boko Haram en fait des esclaves sexuelles ou des bombes humaines, tandis que les garçons et les hommes sont enrôlés de force pour combattre. Le directeur d’Amnesty International Nigeria, M.K. Ibrahim, a appelé à la libération de tous les otages, estimant que les filles de Chibok étaient devenues le symbole « de tous les civils qui ont vu leur vie détruite par Boko Haram ».

« Le gouvernement (du président) Muhammadu Buhari doit faire tout son possible au niveau législatif pour mettre fin aux souffrances des parents de ces jeunes filles et de tous les otages en général, en garantissant une protection à la population du nord-est et l’accès à l’éducation pour tous les enfants de la région », a-t-il insisté.

952 000 enfants touchés selon Human Rights Watch

Dans une tribune publiée mercredi, Nnamdi Obasi et Ayo Obe, analystes pour l’International Crisis Group, écrivent quant à eux que cette commémoration est l’occasion d’aborder les effets de ce conflit sur les enfants. Sur les 2,6 millions de personnes qui ont fui les violences, plus de 952 000 enfants se sont fait « voler » leur droit à l’éducation, leurs écoles ayant été attaquées, a dénoncé l’ONG Human Rights Watch dans un rapport publié lundi.

L’Unicef souligne dans un autre rapport que le nombre d’enfants enlevés et impliqués dans des attentats suicides est en nette augmentation, et que trois quarts d’entre eux étaient des filles entre janvier 2014 et février 2016.

Pour Nnamdi Obasi et Ayo Obe, « il est urgent que le Nigeria prenne en main les dossiers de toutes les personnes enlevées ces dernières années. Il en va de la responsabilité du gouvernement ».

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