Mines

Guinée : Vale fait une arrivée choc dans le fer

Le groupe brésilien a annoncé, le 30 avril, avoir pris le contrôle d'une partie des gisements du Simandou et de Zogota en s'associant à l'israélien BSGR.

Le minerai sera acheminé par le Liberia. © DR

Un montant de 2,5 milliards de dollars (1,9 million d’euros) dont 500 millions payés comptant : le groupe minier brésilien Vale n’y est pas allé par quatre chemins pour s’adjuger 51 % de la filiale guinéenne de Beny Steinmetz Group Resources (BSGR Guinée), qui détient les droits sur deux blocs du gisement de fer du mont Simandou et sur celui de Zogota, en Guinée forestière. La coentreprise prévoit d’atteindre une capacité annuelle de production de 50 millions de tonnes en 2015.

Grande première, le minerai sera acheminé en ligne droite pour être exporté par la côte libérienne, distante d’environ 160 km. Une solution qui a toujours été refusée aux compagnies par les autorités de Conakry, ces dernières privilégiant jusque-là une voie de transport 100 % guinéenne, mais beaucoup plus longue (plus de 800 km). En échange de cette faveur, BSGR Guinée construira une voie de transport ferroviaire pour les passagers et les marchandises reliant Conakry à Kérouané, via Kankan.

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Les immenses réserves de fer du Simandou sont connues depuis plus d’un demi-siècle, mais l’enclavement des gisements, les atermoiements de l’État guinéen et des compagnies avaient empêché le démarrage de l’exploitation. « Cette fois c’est sûr, promet le ministre des Mines, Mahmoud Thiam, grâce au projet Vale-BSGR, du fer guinéen sera vendu sur les marchés mondiaux dans trois ans et demi. » Les autres compagnies promettaient cinq à sept ans.

L’accord entre Vale et BSGR, propriété de l’Israélien Beny Steinmetz et spécialisée initialement dans le diamant, est le fruit de longues tractations. BSGR est arrivé en 2006 en Guinée avec l’obtention des droits d’exploration dans la zone de Zogota. Fin 2008, les blocs 1 et 2 du Simandou sont tombés dans son escarcelle à la suite d’une décision de la Guinée de les retirer à l’australien Rio Tinto, qui les explorait jusqu’alors. En additionnant ces trois gisements, le groupe israélien se trouverait à la tête de plus de 4 milliards de tonnes de fer. Peu équipé pour exploiter une telle manne, il cherchait à s’adosser à une major minière.

Asher Avidan, directeur général de BSGR Guinée, explique les dessous du deal : « Nous étions notamment en négociation avec Chinalco [groupe chinois partenaire de Rio Tinto en Guinée, NDLR], mais les pourparlers traînaient. Nous avons opté pour Vale car ils étaient prêts à démarrer immédiatement et leur mine brésilienne de Carajas [premier gisement au monde, NDLR] présente des caractéristiques similaires à Simandou, tant sur l’isolement que sur la taille. »

Investissements faramineux

Les critiques fusent à Conakry sur les bénéfices engrangés par BSGR à la suite de l’accord. « Des sociétés voulaient reprendre 100 % de la mine, se défend Asher Avidan. Mais nous ne sommes pas venus pour faire une plus-value et repartir. Nous comptons garder nos 49 % restants dans la mine. » Le ministre Mahmoud Thiam soutient l’israélien : « On le sait, BSGR est une junior minière qui explore puis fait venir les majors. Ce n’est pas un crime de gagner de l’argent quand on a pris un gros risque. »

L’accord Vale-BSGR pose aussi la question de la coordination logistique minière. Les différents groupements miniers ont chacun un projet ferroviaire et refusaient jusqu’à aujourd’hui de collaborer entre eux. BSGR Guinée étant le seul autorisé à exporter vers le Liberia, le ministre souhaite que les compagnies Bellzone (qui exploite le gisement de Kalia) et Rio Tinto construisent chacune un tronçon de voie minière guinéenne entre les gisements du Simandou et Benty.

Tous ces investissements dans le fer sont faramineux : 2,9 milliards de dollars pour le projet Rio Tinto-Chinalco, 2,5 milliards pour celui de BSGR-Vale, alors que le PIB du pays est de 4,4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros). Pour Mahmoud Thiam, ces montants sont à l’échelle des réserves minières : « Depuis cinquante et un ans, nous sommes assis sur 25 milliards de tonnes de fer sans en profiter. » Pour le ministre, l’État guinéen pourrait récolter 500 millions de dollars de revenus annuels grâce à ces mines. D’ici quinze ans, on pourra selon lui comparer les revenus du fer guinéen à ceux du pétrole nigérian.

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