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Stéphane Brabant : « Les compagnies veulent mieux protéger leurs investissements »

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Ce spécialiste de l’Afrique, avocat au cabinet Herbert Smith, décode les tendances contradictoires d’un secteur en pleine mutation.

Stéphane Brabant Stéphane Brabant© Vincent Fournier pour J.A

Jeune Afrique : Dans le secteur minier africain, les signes contradictoires se multiplient. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Stéphane Brabant : On a pu effectivement observer ces derniers mois une disparité de tendances. Certains cours de minerais repartent à la hausse, d’autres moins. Certaines compagnies affichent une bonne santé financière, d’autres sont en grande difficulté. Ces signaux contradictoires s’expliquent largement par la grande diversité du secteur minier africain, des potentiels géologiques, des situations politiques et sociales nationales, de l’évolution des cours des minerais et enfin des acteurs. Le secteur est en pleine mutation. Ces dernières années, les cartes ont en effet été redistribuées entre les acteurs traditionnels que sont les grandes sociétés minières ou celles, plus petites, appelées « juniors », et de nouvelles compagnies, notamment celles venues d’Asie.

Les grandes compagnies internationales semblent encore en retrait en Afrique. Quelles sont aujourd’hui leurs perspectives ?

Les « majors » internationaux qui ont des projets n’ont pas déserté le continent. Leur intérêt reste fort mais pas à n’importe quelles conditions, notamment celles concernant la sécurité de leurs investissements. Elles conduisent souvent les projets miniers les plus ambitieux, exigeant la réalisation d’infrastructures coûteuses. Le contexte qui prévaut dans nombre de pays devra évoluer sensiblement pour que ces groupes soient davantage enclins à investir pleinement. Les sociétés de taille plus modeste peuvent jouer leur rôle de « pionnières » à la découverte de nouveaux gisements, même si beaucoup sont dans des situations financières très préoccupantes. Il suffirait d’une meilleure protection des investissements et du respect des règles applicables pour que tous ces opérateurs concrétisent davantage leurs projets d’exploitation.

Justement, que pensez-vous de la renégociation des contrats miniers engagés par plusieurs États africains ?

Je suis avant tout préoccupé par l’instabilité de l’environnement juridique des investissements. Dans ce contexte, les processus de renégociation ou de « revisitation » des contrats miniers initiés ces derniers mois par certains États ne sont pas tous de nature à envoyer un signal positif aux investisseurs. Même si les motifs qui les animent peuvent parfois se comprendre. J’insiste sur l’importance de négocier dès le départ des contrats équilibrés et de prévoir des clauses de révision automatique en fonction, par exemple, des variations des cours des minerais. Car les relations entre les États et les compagnies privées obéissent à des cycles où l’incertitude est de mise. Un investisseur qui a la confiance de l’État au stade de la prospection peut la perdre en phase d’exploitation. Il pourra rarement renégocier ou se retirer sans risques financiers critiques. En même temps, ces relations tendent à être de plus en plus équilibrées.

L’offensive chinoise sur la scène africaine à l’aide de grands contrats d’État à État vous inquiète-t-elle ?

Aucunement. L’Afrique n’est le pré carré de personne. Ces contrats proposent des approches innovantes de développement, comme l’accès aux ressources naturelles en échange de la réalisation d’infrastructure. Ces accords ne sont néanmoins pas prévus par les textes en vigueur et doivent faire l’objet de négociations séparées. Mais ils ne peuvent que donner un coup de fouet à l’économie africaine. 

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