Droits de l’homme

Viols : au verbe, citoyennes !

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © J.A. / Glez

Comment lutter contre les viols perpétrés, en Afrique, par des hommes de pouvoir, qu’il soit politique ou militaire, sinon en libérant la parole ? Les statistiques commencent à parler, car les victimes congolaises, tchadiennes ou djiboutiennes s’expriment…

Acte de guerre, sensations fortes en libre-service, récompense du guerrier, opération d’asservissement machiste, confirmation de virilité, parfois même prescription maraboutique… Il y a trop de prétextes tordus pour abuser de l’intimité des femmes et des jeunes filles.

Aucun continent n’échappe totalement aux violences faites aux femmes, mais l’Afrique subsaharienne abriterait la contrée qui, selon une enquête de l’ONU, aurait le plus fort taux mondial de viol par habitant. Ainsi, une Sud-Africaine aurait plus de chance d’être violée que d’apprendre à lire…

Et comme le courage n’est pas toujours une composante de la virilité, le viol rime souvent avec arme de poing. Si la pensée populaire estime que le canon est la prolongation du phallus, ce dernier est bien trop souvent la prolongation du fusil. Et l’abus sexuel « armé », en Afrique, n’est pas seulement le fait de soudards à qui la drogue a fait perdre le sens de la dignité. Le viol est parfois commis par ceux-là même qui sont censés protéger les populations.

Pressions sociales

Lundi 4 avril s’ouvrait, à la prison militaire de Kinshasa, le procès pour viol d’une vingtaine d’anciens Casques bleus du contingent congolais de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca). Là aussi, si les conflits du continent permettent toutes sortes de dérapages abjects, l’Afrique n’a pas enfanté tous les violeurs du monde. Mi-mars, dans la même République centrafricaine, des enquêteurs du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) recueillaient les témoignages d’une centaine de filles affirmant avoir été abusées sexuellement par des soldats des forces internationales, notamment des militaires français de l’opération Sangaris

Le silence ne menace guère les amateurs de coït forcé. En 2009, plus de 25 % des Sud-Africains interrogés par le Conseil de recherche médicale d’Afrique du Sud admettaient avoir déjà violé quelqu’un, voire plusieurs personnes. Mais les langues des victimes traumatisées se délient moins facilement, même dans une Afrique du Sud apparemment décomplexée où, selon la coalition d’organisations non gouvernementales (ONG) Shukumisa, « le viol est l’un des crimes les moins rapportés » à la police.

Depuis quelques semaines, ce sont les Tchadiennes et les Djiboutiennes qui sont en pointe de ce combat contre l’indifférence

Et quand la honte seule ne restreint pas les témoignages, l’environnement social conseille de nier les accusations de viol, pour ne pas exposer du linge sale hors de la famille, quand il ne suggère pas de sauver la face en organisant une union maritale entre le violeur et sa victime.

Fin de l’omerta

Comme toute omerta a une fin, les filles bafouées semblent vouloir en finir avec l’avilissement silencieux, quitte à emprunter, pour plus de retentissement, des canaux de communication occidentaux. Depuis quelques semaines, ce sont les Tchadiennes et les Djiboutiennes qui sont en pointe de ce combat contre l’indifférence. Début février, au Tchad, l’adolescente Zouhoura était violée par des agresseurs – manifestement fiers, une fois de plus – qui filmaient la scène et publiaient même la vidéo. Un soutien populaire accompagnera la jeune fille et une enquête conduira à l’interpellation de cinq fils de dignitaires du régime. Si abus sexuel rime décidément bien avec pouvoir – armé et/ou politique –, il ne rime plus avec complicité silencieuse…

Le 25 mars, ce sont dix membres du « Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l’impunité » qui commençaient une grève de la faim, pour dénoncer des abus sexuels commis dans leur pays par des militaires, même si Djibouti dénonce des « allégations sans aucune crédibilité ». Les militantes, prises en étau entre les forces régulières et la rébellion du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD), ont dû se réfugier à Arcueil, au sud de Paris, où elles ont cessé de s’alimenter pour cesser de se taire. C’est aussi en France que la Tchadienne Zouhoura tente aujourd’hui de libérer la parole de ses amies violées « qui sont restées dans l’anonymat et n’ont rien dit ».
centra

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