Tourisme

Tourisme : Bamako à la reconquête de l’Europe

Entre opération séduction et renforcement de la sécurité, le Mali a lancé, le 13 juillet, une campagne pour contrer la baisse de sa fréquentation touristique.

Le tourisme représente 10 % à 15 % de l'activité économique du Mali. Le tourisme représente 10 % à 15 % de l’activité économique du Mali. © Reuters

Il n’y a sans doute aucun rapport entre le choix de Kate Moss de passer sa lune de miel à Tombouctou et la campagne lancée le 13 juillet par les autorités maliennes pour favoriser le retour des touristes occidentaux au Sahel. Mais en déclarant vouloir découvrir sa culture et aller à la rencontre de sa population, le top model a fait au Mali la meilleure publicité possible. Une aubaine pour un pays qui tente d’endiguer la grave crise du tourisme à laquelle il est confronté.

Les risques d’enlèvement par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont réussi à ébranler une industrie déjà en déclin depuis près de deux ans. En 2009 et 2010, le nombre de touristes a baissé de plus de 50 % ; dans la seule ville de Tombouctou, au moins une dizaine d’établissements ont été contraints de fermer.

« La saison commence le 20 juillet et pour l’instant, je n’ai aucune réservation », témoigne Dominique Lusardy, propriétaire d’un hôtel à Mopti, installé dans la région depuis 18 ans.

Les conséquences de cette baisse de fréquentation touristique sont dramatiques dans un pays où le secteur représente 10 % à 15 % de l’activité économique (et plus de 50 % dans certaines régions comme à Mopti et Tombouctou). Toutes les filières qui en dépendent, de l’hôtellerie à l’artisanat, sont aujourd’hui sinistrées.

Armée et policiers en civil

En ce milieu d’année 2001, le pays semble presque rayé de la carte des destinations touristiques. Mais l’État malien fait de la résistance et déploie des troupes « pour sécuriser des sites très fréquentés, et pour sécuriser également les voyageurs », a déclaré fin juin Oumar Coulibaly, un responsable du ministère malien de la Sécurité.

L’encadrement des déplacements des touristes par des patrouilles de l’armée et la présence de policiers en civil à des endroits clés de leurs circuits sont désormais programmés. Onze postes de sécurité ont déjà été établis dans le désert. Les troupes maliennes se sont également positionnées à la frontière entre la Mauritanie et le Niger pour faire reculer la menace djihadiste.

Mais parallèlement à ces mesures sécuritaires, le Mali mène également une opération séduction. Bamako espère surfer sur la vague de l’exposition « Dogon » au musée du Quai Branly, à Paris, qui a accueilli quelque 150 000 visiteurs en trois mois. Le président malien, Amadou Toumani Touré, l’a visitée le 12 juillet dernier. « Si vous n’allez pas aux Dogons, les Dogons viendront à vous », a plaisanté le VRP d’un soir devant son auditoire, tout en faisant un long plaidoyer pour le retour des touristes au Sahel. Mais à quelques jours de la fin de l’exposition, le 24 juillet prochain, l’impact de ces efforts est encore bien difficile à évaluer concrètement.

Polémique

Sur le terrain en tout cas, l’activité est au point mort. Et la polémique enfle au sujet des conseils très alarmistes donnés aux voyageurs par les chancelleries européennes. Depuis novembre 2010, les régions du Nord-Mali (Tombouctou, Kidal, Gao), qui concentrent les principales destinations touristiques du pays, ont notamment été classées en « zone rouge » par le ministère français des Affaires étrangères, le reste du pays étant en zone orange. Ce qui n’est pas vraiment très engageant…

Du coup, lors d’une émission à la télévision publique malienne, le maire de Tombouctou, Haley Ousmane, n’a pas hésité à déclarer qu’il allait demander à l’Union européenne (UE) de rembourser le manque à gagner causé, selon lui, par les prises de position et mises en garde très strictes des pays du Vieux Continent. Une opinion largement partagée dans les régions touristiques, où beaucoup d’artisans, d’employés et d’entrepreneurs se considèrent victimes d’une campagne de désinformation.

« C’est normal que la population demande des comptes », estime Aly Guindo, le directeur d’une agence de voyages à Mopti. Il se dit « très critique à l’égard de l’information donnée par les médias qui ont crée un amalgame entre les zones dangereuses et l’ensemble du Mali. Amalgame qui est le premier responsable de la situation ».

De fait, « le danger est très éloigné des sites visités », reprend Guindo. La grande majorité des enlèvements a eu lieu dans des zones bien précises du Nord-Mali, à plusieurs centaines de kilomètres des zones touristiques. Il n’en reste pas moins qu’au Niger voisin, deux Français ont été enlevés en plein cœur de la capitale

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