Économie

Il faut sauver la STB

Très affaiblie par les mauvaises pratiques, la Société tunisienne de banque voit sa rentabilité s’effondrer. Mais son poids est tel que l’État devrait tout faire pour l’aider à surmonter ses difficultés.

Mis à jour le 5 octobre 2011 à 14:18
La STB devrait engeristrer une perte de 3,1 millions d'euros. La STB devrait enregistrer une perte de 3,1 millions d’euros. © D.R.

En 2011, la Société tunisienne de banque (STB) a annoncé une provision record de 107 millions de dinars (55 millions d’euros) pour couvrir ses risques. « Insuffisant. Compte tenu de son exposition, ce montant devrait atteindre 150 millions cette année, 120 millions l’an prochain et 125 millions en 2013 », juge Lilia Mzoughi, analyste du cabinet AlphaMena. Preuve du manque de prudence de la STB, le taux de provision pour ses créances douteuses (environ 30,2 % de ses actifs) est de 50,1 %, quand la Banque centrale de Tunisie impose théoriquement un seuil de 70 %.

Première banque publique du pays, la STB paie au prix fort les dérives de l’ancien régime. Les engagements liés au clan Ben Ali sont estimés à 509 millions de dinars, dont seuls 5 % sont provisionnés. Près de 90 sociétés appartenant à 20 groupes ont profité des largesses de la banque pour se financer, d’après un état des lieux réalisé en février. La STB doit aussi assumer les conséquences de sa forte implication dans le secteur touristique, dont l’activité a reculé de 40 % depuis la révolution.

Résultat : la banque devrait enregistrer, d’après AlphaMena, une perte de 6 millions de dinars pour l’exercice 2011, sans compter le redressement fiscal de 31,7 millions de dinars pour la période 2005-2010, ni les mauvais résultats de sa filiale, la Banque franco-tunisienne (BFT). Au premier semestre, elle affichait une baisse de 7,6 % de son produit net bancaire (102,9 millions de dinars) par rapport à la même période en 2010.

La faible qualité des actifs de la STB remonte en partie à sa fusion, en 2000, avec la Banque de développement économique de Tunisie (BDET) et la Banque nationale de développement touristique (BNDT). En 2010, le rendement de ces actifs n’était que de 0,3 %, quand la filiale d’Attijariwafa Bank en Tunisie atteignait 1,2 %. « L’État s’est appuyé sur les banques publiques pour financer l’économie. Un investisseur pouvait obtenir jusqu’à 90 % du montant de son projet auprès de la STB, qui, en plus de l’octroi d’un crédit, pouvait prendre une participation d’environ 20 % dans le capital », explique Karim Mimita, analyste chez Axis, filiale de BMCE Capital à Tunis.

Menace de faillite

Principale menace pour l’avenir de la banque : les résultats de la BFT, qui en 2010 a accusé une perte de 170 millions de dinars. « Jusqu’à présent, ses comptes ne sont pas consolidés dans le périmètre de la STB, bien que cette dernière possède 78,18 % du capital. Mais cela pourrait changer en 2011, car cette année le commissaire aux comptes a émis des réserves », prévient Lilia Mzoughi. « Avec la BFT, on assistera peut-être à la première faillite d’une banque en Tunisie, mais il est très probable que l’État viendra à sa rescousse compte tenu des conséquences prévisibles sur les autres établissements », estime Karim Mimita.

Conscient de la fragilité de la STB, l’ancien régime avait en 2010 annoncé sa fusion avec la Banque de l’habitat pour constituer un champion national. Gelée après la révolution, l’opération pourrait voir le jour à moyen terme, une fois la situation des banques assainie. L’hypothèse n’est en tout cas pas exclue par le ministre des Finances, Jalloul Ayed. « Nous pouvons baliser le terrain, en commençant par harmoniser les grands principes de gouvernance et de gestion des risques, les systèmes d’information et la gestion bilantielle, qu’il y ait rapprochement ou pas », estimait-il, début septembre, dans une interview donnée au site webmanagercenter.com.

Passer l’orage

Reste qu’à court terme il convient de trouver une solution pour aider la STB à passer l’orage. D’autant qu’elle reste un des principaux acteurs bancaires tunisiens, détenant 14,6 % du marché du crédit et 14,1 % des dépôts. « La banque a besoin d’être recapitalisée à hauteur d’au moins 198 millions de dinars, selon mes estimations », insiste Lilia Mzoughi. Pour Karim Mimita, il s’agit en premier lieu de vendre les participations détenues dans de nombreuses entreprises pour redresser les comptes : « La STB n’est pas une société d’investissement, elle doit se concentrer sur son cœur de métier : la banque de détail. Une augmentation de capital devra suivre, qui gagnerait à être réservée au secteur privé de manière à ce que la gestion passe à ce dernier. »

Car, outre la qualité des actifs, la banque pâtit d’un manque global d’efficacité dans son fonctionnement. « Aujourd’hui, son image se dégrade, et la STB risque de perdre beaucoup de clients », prévoit Karim Mimita. Si son avenir apparaît plutôt sombre, la STB (dont la part du capital flottant à la Bourse de Tunis est estimée entre 40 % et 45 %) reste cependant une valeur à suivre, d’après AlphaMena. « Notre modèle indique qu’elle est actuellement sous-évaluée [environ 10 dinars, NDLR]. C’est la raison pour laquelle nous invitons nos clients à acheter », explique Lilia Mzoughi. Un avis semble-t-il partagé sur la place financière : depuis juillet, l’action a regagné plus de 20 %.