Société

Mondial 2022 : des ouvriers étrangers victimes d’abus flagrants au Qatar, selon Amnesty

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Mis à jour le 31 mars 2016 à 12:17

Des travailleurs étrangers aux abords d’un stade qui accueillera le Mondial 2022 au Qatar (image d’illustration). © Maya Alleruzzo/AP/SIPA

Dans un rapport publié jeudi, Amnesty International affirme que plus de 100 travailleurs migrants qui aident à construire un des stades du Mondial 2022 de football au Qatar ont souffert d’abus flagrants et systématiques, y compris de travail forcé.

C’est la première fois que l’organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres, qui critique depuis longtemps les pratiques du Qatar en matière sociale, porte une telle accusation concernant des travailleurs étrangers sur un chantier du Mondial.

Des abus niés par  le Comité Suprême du Qatar chargé de superviser l’organisation du Mondial 2022, qui a déclaré que « ces affirmations projettent une image trompeuse », et a critiqué le caractère limité de l’enquête. De son côté, Hassan al-Thawadi, secrétaire général du Comité Suprême, a admis que des abus pouvaient être commis mais a souligné que l’engagement des autorités pour des réformes était « clair et inébranlable ».

Le rapport de 51 pages, intitulé La face hideuse du beau jeu, est susceptible d’alimenter les critiques internationales contre le Qatar et de mettre la pression sur la Fifa et sur son nouveau président, l’Italo-Suisse Gianni Infantino, sur les questions de droits de l’homme.

Travail forcé

L’ONG indique que des travailleurs au Khalifa International Stadium, qui accueillera les Championnats du monde d’athlétisme en 2019, avaient été victimes de travail forcé. « Les entreprises qui les emploient leur ont menti sur leurs salaires, d’autres n’ont pas été payés pendant des mois et ont été hébergés dans des camps sordides », ajoute-t-elle. Sept travailleurs auraient également été empêchés de rentrer chez eux pour aider leurs familles après le séisme meurtrier d’avril 2015 au Népal. Mustafa Qadri, d’Amnesty, accuse : « C’est une Coupe du monde basée sur l’exploitation ».

Amnesty a déclaré avoir enquêté sur une période d’un an jusqu’à février 2016 et avoir interrogé 234 hommes, principalement du Bangladesh, d’Inde et du Népal. 228 ont dit que leurs salaires étaient inférieurs à ce qu’on leur avait promis. Nombre d’entre eux n’ont eu d’autre choix que d’accepter car ils s’étaient endettés, parfois à hauteur de 4.300 dollars, pour entrer dans le Golfe.

Les travailleurs du Khalifa Stadium et d’Aspire Zone auraient été installés dans des logements surpeuplés et de mauvaise qualité.  Selon le rapport, la plupart de ces travailleurs ont vu leurs passeports confisqués, en violation de la loi qatarie, et 88 hommes, incluant les Népalais, « ont été empêchés de quitter le Qatar ».

« Manque d’action significative » de la Fifa 

Amnesty appelle le Comité Suprême du Qatar chargé de superviser l’organisation du Mondial à mettre en place de nouvelles réformes, dont des normes de bien-être pour les travailleurs auxquelles toutes les entreprises devraient se conformer. Amnesty a aussi appelé le Qatar à réformer fondamentalement le système de parrainage dit de la « kafala », qui met les travailleurs étrangers à la merci d’employeurs en position d’empêcher leur départ ou de changer d’emploi.

Par ailleurs, l’ONG a  accusé la Fifa de « manque d’action significative ». Dans un communiqué, la Fifa a réagi en se disant « complètement consciente des risques auxquels font face les ouvriers du bâtiment au Qatar et de l’opportunité qu’a la Fifa, avec d’autres responsables, d’améliorer les conditions de travail dans ce pays ». Le texte indique de plus que « depuis 2011, la Fifa a rencontré des responsables ou acteurs clés, dont Amnesty, pour parler de la meilleure façon de parvenir à la mise en place le plus tôt possible de conditions de travail justes ».

Environ 5.100 travailleurs sont actuellement employés sur des sites du futur Mondial. Ce chiffre s’élèvera à 36.000 d’ici 2018.