Politique

Libye : risque d’affrontements à Tripoli après l’arrivée du Premier ministre d’union nationale

À peine arrivé à Tripoli, le nouveau chef du gouvernement d’union nationale investi par l’ONU, Fayez al-Sarraj, a été sommé par les factions rivales de quitter les lieux. La Libye, livrée au chaos depuis la chute de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, n’est pas prête d’être pacifiée.

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Mis à jour le 31 mars 2016 à 11:44

Le nouveau chef de gouvernement libyen, Fayez al- Sarraj. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Quelques heures après l’arrivée de Fayez al-Sarraj, dont le gouvernement est contesté par les deux autorités rivales de l’ouest et de l’est de la Libye, des tirs intermittents dont on ignorait l’origine ont été entendus dans la soirée du 30 mars dans la capitale.

Les artères principales ont été bloquées par des membres de groupes armés, certains en uniforme et d’autres en civil munis de kalachnikovs, arrivés à bord de véhicules militaires. Pris de panique, les habitants sont vite rentrés chez eux et les commerces et les cafés ont baissé leurs rideaux.

Deux compagnies aériennes libyennes, Afriquiyah Airlines et Libyan Airlines, ont annoncé sur Facebook qu’elles avaient supprimé leurs vols vers Tripoli pour « des problèmes de sécurité ».

Investi par la communauté internationale

À son arrivée à Tripoli, le nouveau chef du gouvernement d’union nationale s’est engagé à faire de la « réconciliation » et du « règlement de la crise sécuritaire et économique » sa priorité. Il est soutenu par l’ONU, les États-Unis et l’Union européenne suite à un accord politique signé fin 2015 au Maroc, sous l’égide de l’ONU, par des députés des deux Parlements rivaux et ce, malgré l’opposition des chefs de ces institutions. Lequel accord a mis en place un gouvernement d’union nationale. Pour être officiellement investi, ce dernier devait obtenir la confiance du Parlement de Tobrouk. Le 12 mars, une centaine de parlementaires (sur 198) ont publié un communiqué de soutien au nouveau chef de gouvernement.

Mais rejeté par les factions rivales

La paix n’est pas revenue pour autant en Libye, considérée comme le nouveau sanctuaire de l’État islamique. La venue de M. Sarraj fait craindre aux habitants de Tripoli des affrontements entre partisans des autorités non reconnues internationalement installées par la coalition de milices de Fajr Libya et partisans du gouvernement d’union soutenu par l’ONU.

Ce dernier est rejeté aussi bien par le cabinet et le Parlement de Fajr Libya à Tripoli que par ceux installés dans l’Est, même si certains de leurs membres lui ont apporté leur soutien.

« Ceux qui sont entrés illégalement et clandestinement doivent se rendre ou revenir sur leurs pas », sinon ils devront « assumer les conséquences légales », a déclaré dans une allocution télévisée Khalifa el-Ghwell, chef du gouvernement non reconnu, en dénonçant comme « illégal » le gouvernement de M. Sarraj.

De son côté, le vice-président du congrès général national (CGN, parlement non reconnu) Awad Abdelsadeq, a affirmé que M. Sarraj et les membres du Conseil présidentiel « sont entrés illégalement » en Libye « avec l’aide de soldats et de quelques traîtres ».