Banque

Stratégie : la BPCE en ordre de bataille

La présence du géant français en Afrique est un legs des Banques populaires et des Caisses d'épargne, réunies en 2009. Aujourd'hui, l'heure est à la mise en musique d'une véritable partition internationale.

Un milliard d’euros : c’est le magot dont dispose officiellement BPCE pour sa croissance mondiale. Et le deuxième groupe bancaire français compte l’utiliser en priorité sur deux zones, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique subsaharienne, où les établissements restent à des prix abordables. La nouvelle a fait du bruit en France, pas tellement en Afrique. Sans doute parce qu’à la différence de ses confrères hexagonaux Société générale et BNP Paribas, ou même africains, comme Attijariwafa Bank, BPCE a tout d’une inconnue au sud de la Méditerranée. La faute à sa relative jeunesse, le groupe étant né sous sa forme actuelle en juillet 2009, à l’occasion du rapprochement des Banques populaires et des Caisses d’épargne.

En outre, le parcours africain de BPCE est jusqu’à présent loin d’être une réussite. Son principal actif sur le continent est marocain, mais le Crédit immobilier et hôtelier (CIH, un peu moins de 24 % du capital) n’est pas vraiment un cadeau : la filiale n’a rapporté à BPCE que 2 millions d’euros de bénéfices en 2010. En redressement depuis plusieurs années, même si l’établissement se porte mieux aujourd’hui, le CIH n’a pas réussi sa transformation de banque de l’habitat en banque généraliste. Et, alors qu’il figure sur la liste des entreprises à privatiser cette année, il n’est même pas certain que BPCE cherche à l’acquérir.

Sans cohérence

Derrière le CIH en termes de produit net bancaire, deux établissements d’Afrique centrale : la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec) et la Banque commerciale internationale (BCI) au Congo-Brazzaville. Mais le groupe est aussi présent à Maurice, avec la Banque des Mascareignes, et en Tunisie, avec la Banque tuniso-koweïtienne, acquise en 2008 (60 % du capital). Autant de filiales qui ne sont en fait que les héritages du passé international des Caisses d’épargne et des Banques populaires, lequel ne brille pas par sa cohérence…

Les Caisses d’épargne misaient surtout sur l’outre-mer français. Les Banques populaires, en revanche, semblent avoir déployé en dix ans une véritable stratégie africaine. En 1999, le groupe investit l’Algérie et en devient rapidement l’une des plus dynamiques banques étrangères. Sa structure centrale de l’époque, Natexis Banque populaire, rachète presque au même moment la Bicec, première banque du Cameroun. Puis elle noue un partenariat avec le groupe panafricain Bank of Africa et en devient l’un des principaux actionnaires. Natexis tourne également autour de la Banque internationale arabe de Tunisie (Biat), qui cherche alors un actionnaire institutionnel sur lequel s’appuyer. 

Concurrence interne

Début 2011, il ne reste plus grand-chose de tout cela. Plus de lien avec Bank of Africa ni avec la Biat. La Bicec n’a cessé de reculer dans le palmarès des banques camerounaises, et Natexis Algérie est toujours dans une situation incertaine : bien que le principe soit acté et même le prix fixé, la filiale n’a toujours pas été intégrée dans le holding de pilotage des participations du groupe hors métropole, baptisé BPCE International & Outre-Mer. Hypothéquant d’autant son avenir.

Pire : la concurrence interne au sein du groupe, phénomène pas si rare dans les structures mutualistes, se poursuit. « Certaines des banques qui composent le groupe n’ont pas abandonné leur tradition d’internationalisation, explique un employé. C’est le cas notamment de la Bred ou de la Caisse d’épargne Provence-Alpes-Corse. » Deux établissements de poids au sein du groupe, que d’aucuns pourraient considérer comme des « mauvais joueurs ». Au moment même où BPCE faisait état de ses ambitions africaines, la Bred négociait en coulisses la reprise de la filiale malgache de BNP Paribas. « Nous cherchons des petits plus en termes de croissance en acquérant des parts dans des banques de taille moyenne à l’international », concède un employé de la Bred. Quitte à piquer des cibles potentielles au groupe BPCE. C’est ce qui s’appelle jouer perso.

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