Économie

La Banque d’Algérie refinancera les banques à partir du mois d’avril

Annoncée en début d’année, l’opération de refinancement des banques, par la Banque d’Algérie, à travers l’injection de liquidités, commencera au mois d’avril a annoncé, mardi 22 mars, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci. Une première depuis 14 ans, et nouveau signe du coup porté par la baisse du prix du pétrole sur les marchés.

Par - à Alger
Mis à jour le 24 mars 2016 à 15:35

Assemblée nationale d’Alger. © Alexandre Dupeyron pour Jeune Afrique

La Banque d’Algérie (BA) a élaboré « un nouveau dispositif pour encourager l’octroi des crédits à l’investissement à travers le retour au refinancement des banques », a déclaré le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, lors de la présentation à l’Assemblée populaire nationale (APN) du rapport de la BA sur l’évolution de la situation économique et monétaire en Algérie pour l’année 2014.

Cette opération, annoncée en début d’année, sera lancée dès « avril prochain ». Elle vise à répondre à la contraction des liquidités bancaires, constatée depuis le deuxième semestre de 2014 suite à la chute pétrolière, a expliqué le gouverneur de la BA. « Cela fait 14 ans que la Banque d’Algérie n’a pas recouru au refinancement car les banques étaient en surliquidité », a précisé Mohamed Laksaci. « Maintenant que les banques commencent réellement à recevoir leur part de choc externe, nous allons revenir à ces refinancements ».

Dans son dernier rapport de conjoncture économique et financière présenté en janvier 2016, la BA relève en effet que « depuis septembre 2015, la liquidité globale des banques s’est établi à 1 828 milliards de dinars (15,3 milliards d’euros) contre 2 730 milliards un an plus tôt ».

À court d’épargne

« Jusqu’à présent, l’Algérie se trouvait dans une situation exceptionnelle où les banques, en excès de liquidités, plaçaient leur argent à la Banque d’Algérie », explique à Jeune Afrique un consultant en finance ayant requis l’anonymat. «  Dorénavant elles déposeront des bons du Trésor auprès de la Banque d’Algérie qui leur fournira des liquidités en échange ».

Le taux d’emprunt, ou taux d’escompte, est fixé à 4% depuis 2001 mais il n’a jamais été pratiqué puisque les banques ne se refinançaient pas auprès de la Banque d’Algérie. « Il revient aujourd’hui à la BA de revoir ce taux à la hausse ou à la baisse en fonction de la politique des crédits » a souligné la Banque centrale.

Un nouveau symptôme de la détérioration économique du pays

« Le refinancement des banques par la BA est une réponse mécanique à la détérioration de la situation économique du pays », explique le consultant en finance. « L’Etat a dépensé toute son épargne et va donc devoir emprunter en 2017 ». Par conséquence, elle ne pourra plus financer les entreprises qui se financeront désormais auprès des banques.

L’Algérie a clôturé l’année 2015 avec un déficit commercial de 13,71 milliards de dollars, contre un excédent de 4,3 milliards de dollars en 2014. L’injection de liquidités dans l’économie à travers le refinancement des banques va mécaniquement aggraver le taux d’inflation et la dépréciation du dinar qui a déjà perdu 20% de sa valeur face à l’euro.