Arts

Égypte : le calligraffeur El Seed met son art au service d’un quartier du Caire

Le dernier calligraffiti d'El Seed au Caire, pour changer les mentalités. © El Seed

L’artiste franco-tunisien El Seed a présenté sa dernière œuvre d’art réalisée dans un quartier de la capitale égyptienne. Un projet très différent des précédents, de par son format mais aussi et surtout son message fort transmis au reste du monde.

Il ne faut pas toujours se fier à ce que l’on voit. Dans le quartier de Manshiyat Nasr au Caire, dont les habitants sont perçus à tort comme sales, marginalisés et renfermés sur eux-mêmes, le projet « Perception » prend tout son sens. C’est en effet l’endroit qu’a choisi El Seed pour exprimer son art et mettre en lumière une communauté jusque-là victime d’idées reçues et de préjugés.

Un calligraffiti vu du ciel

Fruit d’une année de travail avec la participation d’une trentaine de personnes, cette anamorphose (image déformée qui se recompose à un point de vue préétabli) s’étend sur environ 300 mètres et recouvre près de 52 bâtiments du quartier.

El Seed

Projet "Perception" de l'artiste El Seed dans le quartier de Manshiyat Nasr au Caire. © El Seed

« J’avais entendu parler de cette communauté, et l’idée était initialement de rendre plus beau un endroit moche et simple » a expliqué El Seed, contacté par Jeune Afrique. « Je dois avouer que mes premières impressions n’étaient pas très bonnes ; j’ai été dégoûté par les mauvaises odeurs et les poubelles. (…) Mais tout cela a vite été oublié grâce au merveilleux accueil des habitants. »

Avant de pouvoir se mettre au travail, El Seed avait une seule personne à convaincre : le responsable de l’Église et père spirituel de la communauté Baba Samaan. « Il a aimé l’idée, et m’a proposé plusieurs phrases comme ‘Mon peuple d’Égypte est béni’ ou encore ‘Dieu est amour’. Mais moi je cherchais quelque-chose de plus profond, qui puisse parler à tout le monde. Je voulais que le projet reste artistique, plus que religieux », nous a confié l’artiste.

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L'équipe d'El Seed en plein travail. © El Seed

Après trois mois de réflexion, il opte finalement pour les mots d’Athanase d’Alexandrie, évêque copte de l’Antiquité : « Quiconque veut bien voir la lumière du jour doit d’abord s’essuyer les yeux ». Et ce n’est que du toit de la cafétéria de l’Église Saint-Simon, nichée dans la montagne du Mokattam, que le résultat final fait son effet. Un beau calligraffiti arabe, emblème de tolérance et d’ouverture d’esprit, dont la peinture blanche fluorescente s’illumine la nuit pour cacher les poubelles stockées sur les toits.

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Le calligraffiti au Caire illumé la nuit. © El Seed

Changer les mentalités

Dans ce quartier, la communauté copte de Zaraeeb ramasse et recycle les déchets de la capitale depuis des décennies. Une activité qui lui a valu le surnom de « Zabaleen » (en français, les gens des poubelles). Or ces personnes « ne vivent pas dans la poubelle, mais de la poubelle de la capitale, des déchets des autres », tient à rappeler El Seed.

Pour lui, ce projet a été avant tout une grande expérience humaine, plus qu’un challenge technique. « C’est une réflexion sur la société. On ne se rend pas compte de tout ce que l’on consomme et on jette », explique le graffeur, qui ajoute avoir voulu soulevé la question des « jugements et idées fausses que la société peut inconsciemment avoir envers une communauté, basé sur ses différences. » Parce-que, insiste-t-il, il faut passer au-dessus des préjugés pour pouvoir découvrir le vrai visage d’une personne.

El Seed

Une cinquantaine de bâtiments du quartier ont été repeints. © El Seed

Après avoir su gagner la confiance de cette communauté, l’artiste nous confie avoir été très touché et marqué par cette aventure. « Ce n’est pas juste un projet sur un des systèmes de recyclage les plus performants du monde. C’est aussi une grande leçon de vie à laquelle je ne m’attendais pas. » Entre l’équipe artistique et les habitants du quartier, de véritables liens se sont créés, ce qui a rendu le départ plus difficile, entre larmes et promesses de retour…

 

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L'artiste en plein travail, dans un quartier du Caire. © El Seed

El Seed avait gardé jusque-là le projet secret pour ne pas déranger la communauté. Aujourd’hui, à travers « Perception », il espère pouvoir changer le regard porté sur elle et inspirer non pas à faire de l’art, mais « à croire en notre humanité ». Une façon aussi de donner plus de sens à son travail, d’aller plus loin que simplement repeindre des murs. « On a créé quelque-chose de beau tous ensemble, avec nos différentes origines, cultures et religions. Si ça peut faire changer d’avis ne serait-ce qu’une personne, alors on aura atteint notre objectif. »

Prochaine étape, la sortie d’ici quelques mois d’un livre, d’une bande dessinée et d’un documentaire sur ce dernier projet artistique et social au Caire.

 

 

 

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