Économie

Algérie : à Hydra, la révolte des habitants contre une opération immobilière douteuse

C’est tout un quartier de Hydra, sur les hauteurs d’Alger, qui s’est révolté contre la destruction d’un espace vert par les promoteurs d’un parking. Alors que l’indignation se répand, la justice doit se prononcer le 15 août sur la légalité de l’opération.

Mis à jour le 12 août 2011 à 18:56
Quelque 11 000 m2 de bois ont été rasés à côté des habitations pour construire un parking. Quelque 11 000 m2 de bois ont été rasés à côté des habitations pour construire un parking. © D.R.

« Un pouvoir de parachutés et de charognards ! » Les moudjahidates (combattantes de la guerre d’indépendance) ne mâchent pas leurs mots pour qualifier leur nouvel ennemi : les autorités algériennes qui ont autorisé la destruction de l’espace vert de la Cité Bois des Pins. Et c’est une véritable lutte contre la corruption que mènent depuis plusieurs semaines plusieurs centaines d’habitants des hauteurs d’Alger.

En mai dernier, la municipalité de Hydra a annoncé la construction d’un parking de douze étages là où se trouvait un bois de pins et d’eucalyptus de 11 000 m². Les bulldozers sont entrés en action le 10 juillet et ont rasé 120 arbres, dont plusieurs âgés d’une cinquantenaine d’année. Depuis, l’affaire a tourné à l’émeute et est devenue le symbole de la lutte des citoyens contre un État aux pratiques opaques. La perte d’un espace vert auquel ils étaient très attachés depuis sa construction avant l’indépendance a affecté les quelque 5 000 habitants de la cité qui ont tout d’abord dénoncé un « crime écologique ».

Légalité douteuse

Ensuite, ce sont les doutes sur la légalité de l’opération qui ont avivé la colère des habitants, dans un quartier résidentiel plutôt aisé de la ville, où demeurent quelques îlots de logements populaires. La destruction du bois a été menée manu militari sans qu’aucun permis visible ne soit affiché sur le site. La wilaya parle d’un chantier de 1,4 milliard de DA (13,4 millions d’euros) et de quinze mois de travaux. Une plainte a été déposée par un collectif de sages de la Cité auprès du tribunal de Bir Mourad Raïs.

Il s’agit de juger sur le fond la légalité de la destruction du bois – alors que la loi algérienne protège les forêts – et l’accaparement d’un espace dont les habitants disent avoir fourni un titre de propriété collective. L’insuffisance d’informations claires sur le promoteur du projet laisse aussi place aux spéculations dans un quartier où l’immobilier est parfois synonyme de corruption.

« Les riverains le formulent clairement : la destruction du bois est un prélude à leur expulsion », analysait le 10 août la journaliste et écrivaine Salima Ghezali au Quotidien d’Alger. Une plainte en référé auprès de la wilaya d’Alger et de la mairie d’Hydra a aussi été instruite pour stopper immédiatement les travaux. Après deux premiers reports, l’audience devrait avoir lieu le 15 août.

Enfin, la répression des actions de la protestation des habitants a suscité chez eux un surcroît d’indignation. Et une forte solidarité chez de nombreux Algérois d’autres quartiers. Dès le 10 juillet, la mobilisation a été réprimée par les forces de l’ordre. Presque chaque jour depuis, hors week-end, des affrontements ont lieu lorsque les riverains essaient d’empêcher la poursuite des travaux de construction du parking, qui en sont à l’étape du terrassement.

« État de siège »

Depuis les premiers accrochages, le site connaît une présence policière 24 heures sur 24. Les habitants racontent qu’ils ont subi un comportement violent et outrancier des forces de l’ordre. Quinze plaintes, photos de blessures à l’appui, ont été déposées. La Direction générale de la Sécurité nationale nie que ses hommes aient commis des violences. En revanche, une dizaine de riverains seront jugés en octobre et novembre pour troubles à l’ordre public, et certains pour port illégal d’arme blanche.

Les sages du quartier essaient désormais d’empêcher la mobilisation de dégénérer. Ils tentent de convaincre les jeunes hommes de rester chez eux de sortie par leur dans les appartements pour éviter les échauffourées. Les femmes âgées qui essaient de freiner les travaux sont rudoyées. « Un État de siège », racontent les habitants.

Dans un contexte social déjà très tendu, les autorités craignent que la mobilisation du Bois des Pins n’embrase d’autres quartiers. D’autant que la mobilisation revêt un caractère exceptionnel. Il ne s’agit pas de réclamer un logement ou une hausse de salaire mais de défendre l’État de droit. Les réactions sur Internet sont particulièrement virulentes. Elles parlent d’« État mafieux », de « prédateurs », de « Trabelsi algériens »… À l’approche du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, en 2012, l’heure du bilan a semble-t-il déjà commencé.