Elections

Joseph Kignoumbi : « Il faut privilégier l’apaisement » au Congo-Brazzaville

© Trésor Kibangula/J.A

Candidat malheureux à la présidentielle de 2002 et de 2009, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou brigue pour la troisième fois consécutive la magistrature suprême au Congo-Brazzaville, dimanche prochain. Mais ses détracteurs le considèrent comme un « faire-valoir » du président sortant, Denis Sassou Nguesso. Le député de Sibiti répond à ces accusations.

Arrivé second lors des présidentielles de 2002 et de 2009, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou est de nouveau dans la course. Il a beau se revendiquer de l’opposition, ses détracteurs qui se comptent essentiellement parmi les candidats du Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (Frocad) et de l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC), le considèrent comme un « faire-valoir » du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir).

Malgré ces critiques, le député de Sibiti, dans le sud du pays, poursuit son chemin, convaincu d’incarner une « véritable alternative » au Congo-Brazzaville. Lui qui répète à qui veut l’entendre qu’il fut le « 43e adhérent » à l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), le parti de l’ex-président Pascal Lissouba dont il a été le vice-président entre 2006 et 2013. Avant de claquer la porte et de créer La Chaîne, l’association qui porte aujourd’hui sa candidature pour la présidentielle du 20 mars.

Jeune Afrique : Le Frocad/IDC, principale coalition de l’opposition congolaise, ne vous considère pas comme un « vrai opposant ». Que lui répondez-vous ?

Joseph Kignoumbi : Dans les saintes écritures, Jésus-Christ disait : « Je connais mes brebis, mes brebis me connaissent. » Moi, je connais le peuple congolais, le peuple congolais me connaît. Lorsque la situation politique était beaucoup plus tendue qu’aujourd’hui, beaucoup de ceux qui critiquent étaient avec le président Denis Sassou Nguesso et d’autres se trouvent en exil.

Pour moi, la priorité a toujours été le Congo

À l’époque, j’avais fait le choix de rester au pays [après le coup de force de 1997] et d’organiser le parti auquel j’appartenais hier, l’UPADS, qui venait d’être chassée du pouvoir. Beaucoup déjà me reprochaient d’avoir pris cette décision et de n’avoir pas laissé le nouveau président gérer tout seul. Pour moi, la priorité a toujours été le Congo. Ce pays n’appartient à personne. Lorsque le président Lissouba est parti en exil, je me voyais dans l’obligation de continuer le combat politique dans le pays pour démontrer qu’il y avait le jeu démocratique.

C’est pourquoi vous vous êtes présenté à la présidentielle de 2002, puis à celle de 2009. Mais vos détracteurs considèrent que vous avez là « joué le jeu » du président Denis Sassou Nguesso…

La vérité est la suivante : certains qui se disent opposants aujourd’hui étaient hier des soutiens du président Sassou Nguesso. D’autres qui se revendiquent de l’opposition viennent à peine de quitter le gouvernement et n’ont même pas encore démissionné du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir). De quoi parle-t-on ? Moi, je me suis présenté en 2002 et en 2009 parce que j’ai toujours considéré que la politique se joue sur le terrain, et non à distance ou en exil.

Ce n’est pas en me critiquant que l’opposition parviendra à prendre le pouvoir

Mes détracteurs me critiquent parce que je ne partage pas leur façon d’agir. Tenez, en octobre 2015, ils ont tenté de faire une insurrection dans le pays alors que j’ai toujours prôné le dialogue pour améliorer la gouvernance électorale. Et ce n’est pas en me critiquant que cette opposition là parviendra à prendre le pouvoir. Sauf si elle considère que je suis son principal adversaire. Dans ce cas, toutes les critiques qu’ils profèrent contre le président Sassou ne se justifient plus.

Selon vous, les conditions sont-elles réunies aujourd’hui pour un scrutin crédible le 20 mars ?

Il est vrai que les conditions de gouvernance électorale, telles que consacrées dans les résolutions de différents dialogues notamment à Sibiti, ne sont pas totalement réunies. Mais, le Congo passe avant tout. Il faut donc privilégier l’apaisement dans ce pays qui a connu des moments difficiles. C’est pourquoi même ceux qui critiquent le processus électoral en cours sont candidats à la présidentielle.

Vous président de la République, quelles seraient vos priorités ?

Les questions de l’éducation et de santé, les infrastructures routières et aéroportuaires – je conviens qu’un effort a été fait dans ce domaine –, les conditions de vie des seniors constituent des priorités. Mais nous devons aussi diversifier l’économie congolaise qui s’est très longtemps reposée sur le pétrole. Il est temps pour le Congo d’avoir d’autres sources de revenu.

S’il y a un deuxième tour, des alliances sont-elles envisagées ?

C’est évident.

Et votre balance pencherait-elle vers Denis Sassou Nguesso ou vers le Frocad/IDC ?

Et si c’est moi qui me retrouve au second tour face à Sassou Nguesso ? Il est donc trop tôt pour vous dire avec qui je ferai alliance. Souvenez-vous qu’en 1992, Pascal Lissouba et Denis Sassou Nguesso, éliminé au premier tour, avaient conclu un accord pour le second tour et pour gouverner ensemble. On verra bien après le 20 mars.

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