Société

L’argent des Africains : Ropafadzo, femme de chambre dans un hôtel au Zimbabwe – 181 euros par mois

Ropafadzo, 39 ans, est femme de chambre dans un hôtel de Harare, la capitale zimbabwéenne. Grâce à cet emploi, elle gagne 181 euros par mois. Pour Jeune Afrique, elle a accepté de décortiquer ses dépenses.

Mis à jour le 17 mars 2016 à 16:49

Ropafadzo vit avec sa famille dans la banlieue Harare. © Muhammed Muheisen/AP/SIPA

Quand Ropafadzo s’asseoit sur son canapé, elle s’étire longuement et semble profiter pleinement de cet instant de relâche. Car le vendredi est son seul jour de repos de la semaine.

« Ma maman travaille dur », lance l’un de ses fils âgés de onze ans lorsqu’elle explique se lever tous les matins à quatre heures. Ropafadzo a trois autres enfants âgés de 17, 14 et 2 ans. Sous son toit vivent également sa sœur, ses deux nièces adolescentes ainsi que ses parents, propriétaires de la maison. Ayant perdu son mari il y a quelques années, Ropafadzo est la seule à travailler et à subvenir ainsi aux besoin du foyer.

Ropafadzo vit à Buduriro, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Harare, la capitale zimbabwéenne. Ici les routes sont en terre et les maisons sont de petits pavillons entourés d’arbres et de plantes.

Transport : 30 euros

Le travail débute à sept heures et l’hôtel se trouve aux abords du centre-ville de Harare. Après avoir préparé le petit déjeuner, Ropafadzo quitte son domicile un peu avant six heures et se dirige vers les taxis collectifs situés au coin de sa rue. Après vingt minutes de voyage, elle embarque dans un minibus ou opte pour la marche selon le cas. Le trajet aller-retour lui coûte chaque jour 1 dollar américain car depuis 2009, le Zimbabwe n’a plus de monnaie nationale.

L’hôtel dans lequel elle travaille à des allures de pension de famille, un grand jardin et des terrasses encerclent la propriété qui compte 17 chambres qu’elle nettoye quotidiennement à elle seule. Arrivée sur les lieux, il faut d’abord récurer les extérieurs, brosser les sols, vider les poubelles et les objets laissés ici et là. « À la fin de la journée je ne sens plus mes jambes et j’ai souvent mal aux bras », explique Ropafadzo.

Nourriture : 85 euros

Après les chambres, c’est au tour de la lessive et du repassage, dernière étape de sa journée qui se termine à 16h30, « nous avons droit à trente minutes de pause mais je n’en profite quasi jamais, car le boulot doit être fait et le temps nous est compté ». Ropafadzo apprécie les clients et parfois elle leur fait la lessive en catimini pour se faire un peu d’argent de poche. « Quand je rentre à la maison, je peux enfin me détendre et regarder mes programmes préférés: les émissions religieuses », dit-elle en souriant.

Une semaine après avoir reçu son salaire de 181 euros en main propre, il ne lui reste plus rien. Le gros de ses dépenses est consacré à la nourriture : le sucre, la semoule, le sel, etc (85 euros).

Eau et électricité : environ 50 euros

La famille doit également faire attention à sa consommation d’électricité qui se vend sous forme de cartes prépayées et cela fait plusieurs semaines que les lettres de la municipalité s’accumulent devant sa porte, on lui réclame 239 euros de factures d’eau impayées, une somme « impossible à réunir pour l’instant et qui gonfle chaque jour avec les intérêts de retard ».

Jusqu’à l’année dernière, une organisation locale approvisionnait chaque semaine Ropafadzo et sa famille en nourriture, lait et huile de cuisson, « cela faisait toute la différence, je pouvais aussi mettre de côté pour les enfants et leurs frais de scolarité, heureusement que je peux payer en plusieurs étapes ». Elle consacre généralement une quinzaine d’euros par mois aux frais de scolarité de ses enfants et à l’achat de vêtements.

Mais ce qu’elle aimerait par dessus tout c’est de lancer son propre commerce : la vente d’électricité. Pour réaliser ce rêve, elle doit réunir la somme de 490 euros, qui lui serviront à acheter un ordinateur et la machine prévue à cet effet. Même si ce n’est pas encore d’actualité, Ropafadzo s’imagine déjà en train d’alimenter en énergie les habitants du quartier, « tout le monde viendrait chez moi plutôt qu’au magasin du coin car ici, on est tous solidaires et on s’entraide », avant d’ajouter que malgré le manque d’argent, elle n’a pas envie de se plaindre car « le Zimbabwe est un pays paisible où il fait malgré tout bon vivre et où les gens sont gentils et pacifiques ».

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