Elections

Charles Bowao : « La présidentielle congolaise est une élection de combat »

Charles Bowao, coordinateur du Frocad/IDC, coalition de l'opposition au Congo-Brazzaville. © Trésor Kibangula/J.A.

Charles Bowao, coordinateur du Frocad/IDC, exclut toute possibilité de victoire de Denis Sassou Nguesso au premier tour de la présidentielle du 20 mars. L'ancien ministre de la Défense revient sur la stratégie mise en place par la principale coalition de l'opposition au Congo-Brazzaville pour barrer la route au chef de l'État sortant, en toute légalité.

À « un coup KO » annoncé par le pouvoir, l’opposition répond par la « stratégie de l’encerclement ». Le Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (Frocad) et l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC) alignent ainsi quatre candidats : Claude Munari, Pascal Tsaty Mabiala, Guy-Brice Parfait Kolélas, André Okombi Salissa. Avec en plus le général Jean-Marie Michel Mokoko, candidat indépendant, la coalition anti-Sassou Nguesso exclut toute victoire du président sortant dès le premier tour. Charles Bowao, coordinateur du Frocad/IDC, se confie à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Le Frocad/IDC présente cinq candidats pour la présidentielle du 20 mars. N’est-ce pas le signe d’une incapacité de l’opposition à trouver une candidature commune face au président sortant, Denis Sassou Nguesso ?

Charles Bowao : S’il fallait un candidat commun pour gagner face à Denis Sassou Nguesso dans les urnes, l’opposition l’aurait trouvé. Aligner cinq candidats, c’est une stratégie qui tient compte des réalités sociologiques et politiques de notre pays.

Denis Sassou Nguesso va être battu au premier tour

Étant donné le poids de l’ethnie dans le jeu politique – celle-ci a été très longtemps instrumentalisée et nous en payons aujourd’hui les conséquences -, nous avons estimé qu’il nous fallait donc une stratégie impliquant les cinq candidats : quatre membres du Frocad/IDC et un, le général Jean-Marie Michel Mokoko, qui a signé avec les autres la « charte de la victoire » [un texte qui engage les candidats à soutenir celui qui passera au second tour, NDRL]. Tous travaillent dans l’unité, la compréhension mutuelle et la complémentarité.

Ce dispositif mis en place contre le candidat du pouvoir, qui a des complicités évidentes avec les trois autres candidats dans la course (Joseph Kignoumbi, Angios Nganguia Engambé et Michel Mboussi), nous permet ainsi de baliser le terrain. Nous avons l’assurance que Denis Sassou Nguesso va être battu au premier tour.

Concrètement, comment les cinq candidats vont-ils se déployer sur le terrain pour empêcher la victoire « annoncée » du président sortant au premier tour ?

Tous battent campagne sur l’ensemble du territoire, en tenant compte des particularités sociologiques de chaque département pour y passer le plus de temps possible. Malgré les maigres moyens dont nous disposons.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que cette « stratégie de l’encerclement » risque de jouer contre l’opposition elle-même et qu’elle n’empêchera pas les partisans de Denis Sassou Nguesso de voter pour leur candidat ?

C’est en effet une hypothèse que développe le pouvoir en place, en soutenant que plus il y a de candidatures au sein de l’opposition, plus le président sortant a de chances de l’emporter. C’est faux ! Il suffit de regarder les mobilisations citoyennes lors du référendum boycotté par le peuple. L’écrasante majorité des Congolais souhaite le changement et veut d’une alternance pacifique à la tête du pays.

L’homme d’État que Sassou Nguesso a été a perdu de sa superbe

Dans tous les cas, Denis Sassou Nguesso ne peut pas gagner cette élection. Il est isolé, y compris dans la Cuvette. Surtout après la déclaration de la candidature du général Jean-Marie Mokoko qui vient de la même région. C’est pourquoi, d’ailleurs, ce dernier se retrouve dans le collimateur du pouvoir qui veut l’empêcher de battre campagne.

Depuis le coup d’État anticonstitutionnel marqué par le changement de la loi fondamentale, on assiste aujourd’hui au rejet du « phénomène Sassou ». L’homme d’État qu’il a été, malgré lui avec le soutien de beaucoup de cadres, a perdu de sa superbe.

Le général Mokoko exige le report du scrutin. Partagez-vous ce point de vue ?

Depuis le début du processus, le Frocad/IDC appelle à un report du scrutin pour que des discussions soient engagées afin d’améliorer la gouvernance électorale. Le pouvoir n’en veut pas. Il tient à organiser l’élection de manière chaotique pour permettre le passage en force du président sortant.

Nous défendrons jusqu’au bout les petits acquis obtenus

Mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous défendrons jusqu’au bout les petits acquis obtenus : l’encre indélébile, le bulletin unique et la présence des représentants de nos candidats dans tous les bureaux de vote. Ces derniers transmettront les fiches des résultats à la « commission technique des élections (CTE) » que nous avons mis en place pour que celle-ci les publie.

N’est-ce pas là empiéter sur les prérogatives de la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) ?

La CNEI n’est ni paritaire ni indépendante. Dans sa composition, l’on retrouve trois membres supposés de l’opposition sur les 23 qui composent sa coordination. Pis, celui qui occupe la fonction de vice-président réservée à l’opposition travaille au cabinet du président de la République ! Puisque nous récusons cette commission partisane, nous avons mis en place notre propre CTE. C’est la seule possibilité pour éviter de cautionner la tricherie qui se prépare.

Ce dédoublement institutionnel n’entraînera-t-il pas forcément des contestations après la publication des résultats par la CNEI ?

Le Congo-Brazzaville se trouve déjà dans une crise institutionnelle depuis le changement de la Constitution en 2015. Toutes les institutions du pays n’étaient plus légitimes, c’est pourquoi d’ailleurs la présidentielle a été anticipée. Nous avons accepté d’y participer, mais pas question de permettre que l’on triche. C’est une élection de combat.

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