Société

Douala toujours sous le choc après le décès en couches d’une Camerounaise devant l’hôpital de Laquintinie

L’affaire provoque une vague d’indignation au Cameroun. Monique Koumaté, 31 ans est morte avec ses bébés jumeaux sur la terrasse de l’hôpital Laquintinie de Douala dans des circonstances encore floues, alors qu’elle allait accoucher.

Mis à jour le 16 mars 2016 à 11:54

Au Cameroun, le ratio de mortalité maternelle est de 782 décès pour 100 000 naissances vivantes. © United Nations Development Programme / Flickr.com

Un nouveau scandale à gérer pour les autorités camerounaises. De plus en plus de voix s’élèvent pour exiger la démission du ministre de la Santé, André Mama Foudra, après la mort en couches de Monique Koumaté, une trentenaire qui portait une grossesse gémellaire et dont l’accouchement a engendré des complications.

Que s’est-il passé ce jour-là ?

Selon la version de la famille, samedi 12 mars, Monique Koumaté, bientôt à terme, commence à ressentir des contractions lorsque sa famille la glisse dans un taxi en direction de l’hôpital Laquintinie, à Douala. Au cours du trajet, l’état de la jeune femme empire et elle s’évanouit avant d’arriver à destination. Devant l’hôpital, selon plusieurs témoignages (qui seront plus tard démentis par la direction de l’hôpital), le corps médical aurait refusé de porter l’aide nécessaire à la future maman sans règlement en amont des prestations médicales, malgré l’urgence évidente de la situation.

Un médecin viendra quelques minutes plus tard, stéthoscope en main constater le décès de la patiente. Les jumeaux commencent à manquer d’air et donnent des coups de poing dans le ventre de leur mère. Une proche de la défunte, désespérée, utilise alors une lame de rasoir pour déchirer le ventre de l’infortunée « avec l’espoir d’en sauver les enfants », rapporte la famille dans la presse camerounaise. Peine perdue. Le drame vient de se jouer là, sur la véranda du centre hospitalier de Douala. La mère et ses enfants, tous les trois sont morts.

Des autorités qui contestent les faits

Dès le début, l’histoire fait le tour des réseaux sociaux et le directeur Jean II Dissongo ainsi que plusieurs employés de la formation hospitalière sont interpellés au motif de « non assistance à personne en danger » et « homicide involontaire ». Une enquête a été ouverte, lundi 14 mars. La direction de l’hôpital nie le déroulement des faits ainsi que leur chronologie. Dans une allocution à la presse, le ministère de la Santé camerounais soutient que « la défunte mère était déjà décédée avant d’arriver dans les locaux de l’hôpital et que la famille voulait qu’on extraie les fœtus pour des raisons traditionnelles, afin de pouvoir l’enterrer », ce que réfutent les proches de la victime. Par ailleurs, il existerait une note de service à Laquintinie qui exige du personnel de santé de prendre en charge un patient dont le pronostic vital est engagé avant tout paiement : il s’agit du « bon vert ».

L’enquête est toujours en cours cependant pour tenter de préciser les circonstances de la tragédie. Près de 20 avocats se sont mobilisés pour défendre bénévolement la famille Koumaté qui a porté plainte contre le directeur de l’hôpital.

Vague d’indignation et de protestation

Outre l’émotion et les condamnations en cascades qui se répandent sur les réseaux sociaux, une marche avec des mouchoirs blancs et des banderoles indiquant « Plus jamais de Monique Koumaté » a eu lieu dimanche 13 mars devant l’hôpital et une pétition en ligne a été lancée. Cette dernière demande la réforme des urgences au Cameroun et la prise en charge gratuite 24h/24 et 7 jours/7 de tous les Camerounais.

De nombreuses associations camerounaises de la diaspora ont prévu de participer, bien qu’à distance, au débat qu’a suscité l’affaire. Plusieurs manifestations sont même prévues devant les ambassades camerounaises de différents pays.

Un système de santé globalement défaillant

Ce fait divers vient affaiblir la positon du gouvernement qui fait déjà face à plusieurs critiques. La colère gronde et la population camerounaise pointe du doigt un système de santé qui, lorsqu’il n’est pas confronté à un scandale de corruption, est accusé d’abandonner la population à elle-même. Ecclesiaste Deudjui, un habitant de Douala, explique à Jeune Afrique : « Quand tu arrives dans un hôpital, les médecins ne te regardent même pas. La première phrase du docteur, c’est toujours ‘Vous êtes déjà passé à la caisse ?’ »  Une situation vécue par de nombreux Camerounais, surtout ceux qui n’ont bien sûr pas les moyens de se soigner convenablement.

Malgré les richesses du sous-sol du pays, le gouvernement de Paul Biya peine à mettre sur pied des institutions sanitaires fortes. « Une injustice de plus quand on sait que la fille du président, Brenda Biya paie de plus 400 $ en taxi par jour en Californie alors que nos femmes et enfants manquent de soins », estime Emmanuel Ombang, informaticien à Douala. Selon l’enquête Démographique et de Santé 2011, au Cameroun, le ratio de mortalité maternelle est de 782 décès pour 100 000 naissances vivantes. Des statistiques « préoccupantes » avaient alors jugé le ministère de la Santé camerounais.