Économie

Les entreprises francophones à la conquête du continent

| Par Jeune Afrique

  De moins en moins timides, les sociétés francophones élaborent des stratégies internationales. Mais elles partent avec du retard par rapport aux concurrentes anglophones. Profitant de leurs marchés plus vastes, les nigérianes et les kényanes dominent. Safaricom, pionnier du paiement via les téléphones mobiles. © AFP

Que les géants de l’économie sud-africaine ou ceux situés dans le nord du continent soient exclus n’y change rien. La bagarre au sommet entre les champions francophones, anglophones et même lusophones oppose toujours les acteurs des mêmes secteurs. L’angolais Sonangol, le nigérian Oando, la Société ivoirienne de raffinage (SIR), le kényan KenolKobil ou encore les camerounais Société nationale des hydrocarbures et Sonara le démontrent : les groupes pétroliers dominent de la tête et des épaules le classement des premières entreprises africaines. La présence aux avant-postes de miniers, comme le zambien Konkola Copper Mines ou le gabonais Comilog, confirme la suprématie des industries extractives.

Et ce sont toujours des mêmes activités que viennent les outsiders : télécoms – MTN Nigeria, Sonatel (Sénégal), Safaricom (Kenya) -, matériaux de construction – Dangote Cement (le nigérian est le numéro un africain), Bamburi Cement (Kenya) -, agroalimentaire – Flour Mills of Nigeria, Sifca (Côte d’Ivoire) – et transport aérien – Kenya Airways, Ethiopian Airlines.

Ces champions font partie des 500 plus grandes entreprises du continent. Mis à part Sonangol (qui se classe deuxième derrière l’algérien Sonatrach, avec un chiffre d’affaires de 16,8 milliards d’euros), ils ont affiché en 2010 un chiffre d’affaires (CA) compris entre près de 570 millions d’euros pour Sifca et 3,8 milliards d’euros pour MTN Nigeria.

Consommation

L’écart de revenus entre Sifca et MTN Nigeria reflète la large domination des grands groupes anglophones. À commencer par ceux venus du Nigeria et du Kenya, les deux principaux marchés. Les entreprises nigérianes peuvent miser sur le dynamisme de la plus grande économie d’Afrique de l’Ouest, avec près de 160 millions d’habitants. Au troisième trimestre 2010, le commerce de gros et de détail a ainsi ajouté 2 points de croissance au PIB (7,4 % pour le trimestre, contre 8,4 % pour l’ensemble de l’année 2010).

Avec trois principales sociétés, cotées à Lagos, dans le raffinage et la distribution de sucre (Dangote Sugar), la fabrication de farine et de pâtes (Dangote Flour Mills) et le ciment (Dangote Cement), Aliko Dangote, première fortune d’Afrique, a ainsi basé sa réussite sur des produits de consommation courante – et subventionnés – dont les ventes ont été boostées par la hausse du pouvoir d’achat. Selon le National Bureau of Statistics, le revenu par habitant a doublé entre 2004 et 2010.

Pionnier

À une échelle moindre, le Kenya (environ 40 millions d’habitants) domine l’Afrique de l’Est. Malgré une inflation à deux chiffres, les entreprises du pays bénéficient de son retour à la croissance depuis 2010. Le tourisme, les services financiers, les télécommunications et l’immobilier sont les secteurs les plus dynamiques.

La poussée de la consommation bénéficie au leader national des télécoms, Safaricom, qui s’est taillé une réputation internationale de pionnier dans le transfert d’argent à partir d’un mobile (avec son service M-Pesa). Si le groupe, détenu à 40 % par le britannique Vodafone, subit la guerre des prix lancée par son concurrent indien Bharti Airtel, il se développe en misant sur les services à valeur ajoutée (échanges de données, SMS, services financiers), qui représentent 31,7 % de son CA pour le semestre clos au 30 septembre, contre 25,2 % sur la même période en 2010.

Parmi les 50 premiers groupes de la sous-région, on compte 27 kényans, avec KenolKobil, Safaricom et Kenya Airways sur le podium. Mais ceux-ci ne se cantonnent pas dans leurs frontières. KenolKobil se place chez les nouveaux producteurs de pétrole voisins : après l’Ouganda et le Rwanda, il s’implantera bientôt au Soudan du Sud. Omniprésente dans le ciel africain, Kenya Airways possède un relais dans la sous-région avec la compagnie tanzanienne Precision Air, dont le CA a été multiplié par 1,5 entre 2008 et 2010 (56,6 millions d’euros). Moins connus, le brasseur East African Breweries ou les supermarchés Nakumatt se sont implantés dans presque tous les pays d’Afrique de l’Est.

Morcelé

Dans l’Ouest, les entreprises francophones sont confrontées à un paysage plus morcelé. Pas de grands marchés comme le Nigeria ou le Kenya, mais de petits États. C’est l’un des principaux freins au développement des entreprises, qui les pousse à sortir de leurs bases.

Fort d’une part de marché de 61 % au Sénégal, l’opérateur historique Sonatel s’est imposé comme un acteur majeur des télécoms en Afrique de l’Ouest. Numéro un au Mali, avec 69 % de parts de marché, la filiale de France Télécom (42,3 % du capital) est également présente en Guinée et en Guinée-Bissau. Le Niger pourrait être une nouvelle destination. Une stratégie d’internationalisation qui n’entame pas les résultats du groupe Sonatel, avec un chiffre d’affaires record en 2010 (913 millions d’euros) et une marge opérationnelle (Ebitda) de 54 %.

Volonté identique pour le premier groupe privé ivoirien, qui réalise encore 85 % de son activité dans son pays. Après la crise, Sifca reprend son offensive en Afrique de l’Ouest, notamment dans l’hévéa et l’huile de palme. En 2011, le groupe devrait atteindre une production de 88 000 t de sucre, 260 000 t d’huile de palme et 140 000 t de caoutchouc sec. Pour diversifier ses approvisionnements, il n’hésite pas poser des jalons en terre anglophone, au Ghana, au Liberia et au Nigeria. Sa filiale libérienne, qui a plus que triplé la surface de ses plantations d’hévéa, s’est engagée à construire une usine de caoutchouc et à investir 25 millions d’euros sur les dix prochaines années. Étapes suivantes : la Guinée et le Sénégal. Mais il en faudra plus pour concurrencer les géants anglophones.

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