Politique

« Ils se sont infiltrés par des petites ruelles avoisinant l’hôtel »

Mis à jour le 14 mars 2016 à 18:32

Un soldat devant l’Etoile du Sud, le 13 mars 2016. © Christin Roby /AP/SIPA

Yves Auguste Ablé, co-gérant de l’hôtel l’Étoile du Sud, à Grand-Bassam, a vécu l’horreur hier. Il raconte ce dimanche sanglant et pleure les victimes mortes sous les balles des jihadistes dans la station balnéaire.

« D’ordinaire, tous les dimanches, nous allons à Grand-Bassam pour suivre les activités de notre hôtel. Nous étions à Abidjan lorsque nous avons reçu les premières informations concernant ce qu’il s’y passait. Nous nous sommes tous dirigés vers là-bas au plus vite. Et c’est là que nous sommes tombés, avec mon frère, sous les coups de feu, les tirs de partout. Nous n’avons pas eu accès à la plage car tout était déjà sécurisé mais on a eu le temps de voir que ça a été un carnage.

Ce qu’on a vite compris, c’est qu’ils sont venus par la route et qu’ils se sont infiltrés par les petites ruelles avoisinant l’hôtel. Des petites ruelles qui donnaient accès à la plage. Ils sont arrivés et ont directement tiré sur les personnes présentes. Notre directeur d’exploitation, Mr Bambi, a tout de suite demandé aux employés de se mettre à l’abri, de quitter le bar. Ils sont allés au sous-sol se mettre à l’abri. On a demandé par téléphone à tous les clients que nous avons pu avoir de rester dans leurs chambres, ce qui a évité, je pense, qu’il y ait davantage de victimes. On a eu de la chance à l’Étoile du Sud. Ils auraient pu rentrer dans les chambres… Nous déplorons tout de même un décès parmi les clients, d’origine libanaise.

Nous venons à peine de sortir de dix ans de crise et nous voilà confrontés aux jihadistes

J’ai aussi un ami qui était là avec son épouse. Ils étaient venus pour me faire une surprise. Ils avaient dormi à l’hôtel samedi soir et s’attendaient à me voir le dimanche. Pendant que sa femme s’apprêtait, il est descendu à la piscine. Malheureusement, il est arrivé au mauvais moment, au moment où les terroristes tiraient. Mon pauvre ami, qui venait sûrement de se réveiller, n’a même pas pensé une seconde que cela pouvait arriver. Il a été pris dedans. Tout comme Henrike Grohs, la directrice de l’Institut Goethe de Côte d’Ivoire, qui a aussi péri sous les balles. Elle était au niveau de Koral Beach (un peu plus loin sur la plage, ndlr) et a été atteinte dans le dos. Que dire des onze autre victimes… Quelle lâcheté !

Nous venons à peine de sortir de dix ans de crise et nous voilà confrontés aux jihadistes. Il nous faudra un soutien fort des autorités, car sinon c’est la clé sous la porte. Au niveau des sites balnéaires, il faudra beaucoup plus de contrôle. C’est dommage car cela gâchera un peu le charme des lieux. Mais a-t-on le choix aujourd’hui ? Le peuple ivoirien est très hospitalier, il prendra cela avec beaucoup de hauteur et ne baissera pas les bras. »