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Banque Atlantique à l’heure des choix

| Par Jeune Afrique
Le groupe bancaire est valorisé autour de 86 millions d'euros.

Le groupe bancaire est valorisé autour de 86 millions d'euros. © Vincent Fournier/J.A

Après avoir ouvert son capital à la Banque ouest-africaine de développement, le jeune groupe ivoirien pourrait accueillir un deuxième actionnaire de référence pour soutenir sa stratégie régionale.

Où va le groupe Banque Atlantique ? Que veulent vraiment ses dirigeants ? Ces deux questions ont nourri, ces dernières années, les débats au sein du microcosme financier d’Afrique subsaharienne francophone. Qui n’a cessé de scruter la stratégie globale du réseau né en Côte d’Ivoire, qu’il s’agisse de sa volonté de coopter un actionnaire de référence – et du portrait-robot qu’il se faisait du partenaire idéal – ou de sa politique d’expansion territoriale. Désormais, le suspense est levé. Du moins, en partie.

Alors que, ces dernières années, les supputations allaient bon train sur l’identité d’un éventuel partenaire stratégique, l’établissement créé – et majoritairement détenu – par l’ancien ministre ivoirien Koné Dossongui vient de trancher. Pour renflouer les caisses du groupe afin de financer sa politique de régionalisation et de se conformer aux nouvelles règles de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) en matière de fonds propres, Banque Atlantique ne s’alliera pas à une multinationale bancaire nigériane – les discussions avec Access Bank ont échoué rapidement – ou extracontinentale. Le 3 août 2010, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a acquis 10,7 % du capital du groupe, pour la somme de 9,2 millions d’euros. Valorisant l’ensemble du groupe bancaire autour de 86 millions d’euros.

UN AUTRE FINANCEUR INSTITUTIONNEL ?

Cette prise de participation traduit « le sérieux et la confiance qu’inspire le groupe Banque Atlantique, par sa capacité à attirer des investisseurs de renommée internationale », a affirmé à l’occasion Charles Kié, le directeur général d’Atlantic Financial Group, le holding qui coiffe toutes les activités et filiales de la banque. Les discussions se poursuivraient toutefois avec un autre acteur de financement institutionnel – dont la banque garde pour l’instant l’identité secrète – en vue d’un accord d’ici au début de 2011. Un deuxième actionnaire clé serait en effet le bienvenu pour recapitaliser un groupe dont les huit filiales-pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo) devront disposer chacune de fonds propres s’élevant à 15,3 millions d’euros en 2012 – et à 7,6 millions d’euros dès la fin de 2010. En mars dernier, les fonds propres s’élevaient à 52 millions d’euros, mais le holding n’a pas souhaité communiquer sur la grille de répartition entre ses différentes implantations.

Pourquoi choisir ce type de partenariat avec des institutionnels ? Cela rapporte du cash, certes, mais c’est aussi forcément un plus en matière de crédibilité, juge un observateur du petit monde de la finance régionale. De surcroît, ces institutions ne sont pas « gourmandes ». Elles n’ont pas vocation à prendre le contrôle des banques dans lesquelles elles ont des participations. « Au-delà de la BOAD, Banque Atlantique devrait chercher à attirer des acteurs de la finance internationale, en particulier les fonds d’investissement connus pour leur professionnalisme et leur activisme pour aider à créer et à libérer de la valeur. Ceux-ci apportent avec eux une expérience internationale, un réseau mondial ainsi qu’une soif de performances qui propulse le sens de l’innovation », observe le banquier d’affaires béninois Wilfried Tamegnon.

On en sait également un peu plus, aujourd’hui, sur le plan d’expansion géographique du groupe. L’heure est à la consolidation, même si Banque Atlantique, dont la dernière implantation – au Cameroun – date de 2009, envisage de s’installer assez vite en RD Congo et en Guinée équatoriale. « Après la phase d’implantations sous-régionales, nous allons renforcer notre présence, gagner des parts de marché pour rendre nos filiales encore plus rentables », confiait ainsi Charles Kié à Jeune Afrique en août 2010. De fait, si l’établissement est aujourd’hui présent dans huit pays, il lui reste à étoffer son réseau dans bon nombre d’entre eux. Près de 40 % de ses agences sont concentrées en Côte d’Ivoire. Au Mali, il n’en compte que sept, et au Cameroun une seule, à Bonanjo, quartier des affaires de Douala, la capitale économique. L’afflux de capitaux  nouveaux et le retour à la santé financière – 640 milliards de F CFA (environ 975 millions d’euros) de total de bilan fin 2009 – donneront sans doute au groupe les moyens d’étoffer les différents réseaux nationaux.

Comment consolider les bonnes tendances qui se dégagent depuis l’année dernière ? Quel est le modèle d’affaires qui permettrait au groupe d’améliorer sa rentabilité sur le long terme ? Charles Kié n’entend pas abandonner la politique d’accompagnement des petites et moyennes entreprises (PME), qui a longtemps forgé la réputation de Banque Atlantique. Ni renoncer au choix d’accompagner des grandes entreprises, choix qui s’est exprimé dès l’année dernière, avec le cofinancement (aux côtés de la BIAO Côte d’Ivoire) du rachat du réseau de stations-service de Texaco par la Société nationale d’opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci), et qui a été confirmé en juillet par le crédit d’environ 75 millions d’euros accordé à la Société ivoirienne de raffinage (SIR), laquelle avait besoin de cash pour ses approvisionnements en pétrole brut.

EXPLOITER LES SYNERGIES

Mais ce n’est pas tout. Banque Atlantique compte bien exploiter la force de son réseau régional pour creuser son sillon dans les sous-secteurs d’avenir que sont le transfert d’argent et le mobile banking. Il s’est donné les moyens de ses ambitions en rachetant, en décembre 2008, Money Cash, une société de transfert d’argent basée en Suisse, implantée au Canada et au Royaume-Uni, et qui se prépare à s’installer en Italie, en Espagne et surtout en France, pays où réside une importante diaspora originaire des pays d’Afrique où Banque Atlantique opère. Le groupe compte bien exploiter des synergies entre cette nouvelle filiale et ses activités traditionnelles, notamment à travers le produit « cash à carte » (l’argent transféré crédite une carte bancaire, qu’elle soit prépayée ou non).

Il sait également jouer de ses synergies avec l’opérateur de téléphonie mobile Atlantique Télécom, également fondé par Koné Dossongui mais désormais contrôlé par l’émirati Etisalat et qui opère sous la marque Moov dans sept pays – dont cinq où Banque Atlantique est présent. Sa filiale Atlantique Technologies met au point les technologies qui permettront à Moov de proposer ses propres produits de paiement mobile. Un créneau où les concurrents de Banque Atlantique ont déjà placé leurs pions : les filiales de BNP Paribas sont les partenaires de l’opérateur français Orange, tandis que la Société générale de banques de Côte d’Ivoire (SGBCI) accompagne la compagnie sud-africaine MTN.

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