Télécoms

Télécoms : une révolution sous-marine

Faute de liaisons par fibre optique, l'Afrique est en retard sur son développement internet. Mais lLa situation est sur le point de changer.

Deux mois après la signature du contrat de construction du câble en fibre optique ACE, qui reliera l’Europe à l’Afrique du Sud, le groupe France Télécom (FT), initiateur du projet, a annoncé le 9 septembre le début des travaux à Penmarc’h, en Bretagne (France). Long de 17 000 km, ce serpent de verre de 500 millions de dollars (386 millions d’euros) mettra le cap vers le sud pour relier, outre le Portugal et les Canaries, 23 pays africains à partir de 2012. À l’arrivée, une capacité 15 fois supérieure au câble SAT 3, seul et unique lien actuel entre l’Afrique du Sud et le Vieux Continent.

Alors que les opérateurs télécoms bataillent dans les villes et les campagnes pour conquérir des parts de marché, leur avenir se joue en partie sous la surface des océans par 3 000 m de fond. D’ici deux ans, pas moins de huit projets de câbles se seront concrétisés, apportant une bande passante de plus de 16 térabits à l’Afrique subsaharienne, 80 fois supérieure à ce qui prévalait en 2000. Premier chantier achevé sur la côte ouest, Main One, inauguré en juillet, qui relie le Portugal au Nigeria. Le continent sera-t-il au final « surcâblé » ? « Non, répond Philippe Dumont, directeur de l’activité réseaux sous-marins d’Alcatel-Lucent. Ce qui compte, ce n’est pas la capacité installée, probablement supérieure à ce qu’utilisera l’Afrique dans dix ans, mais le nombre de points de connexion, qui passera de 16 à 76. Avec ACE, sept nouveaux pays africains seront connectés à internet par le câble ». Une infrastructure essentielle pour des pans entiers de l’économie, comme le secteur bancaire, mais aussi l’enseignement ou la santé.

Financés par des consortiums, tous ces projets comptent parmi leurs actionnaires les grands noms des télécoms : FT, MTN, Telkom, Vodacom. Les pouvoirs publics, y compris les États les plus pauvres, participent aussi aux investissements grâce au soutien des institutions internationales : « Dans le cadre d’ACE, nous attribuerons 25 millions de dollars à la Sierra Leone, 20 millions au Liberia, et 10 millions à São Tomé e Príncipe », confirme Yann Burtin, du département télécoms de la Banque mondiale.

Au total, plus de 2,5 milliards de dollars auront été investis en quelques années pour créer ces passerelles numériques. Pour les opérateurs, il s’agit de mettre en place les conditions de développement d’internet. Si les services liés à la voix représentent encore 80 % de leurs revenus, leur croissance passe par des services accessibles sur le Web.

Connexions moins cher

De leur côté, les consommateurs mettent beaucoup d’espoir dans la mise en route des câbles sous-marins, qui devrait entraîner une diminution des tarifs de connexion. Selon Cornelis Groesbeek, un expert indépendant cité par l’agence de presse Bloomberg, les prix du haut débit pourraient chuter de 90 % en Afrique du Sud. Le cabinet Pyramid Research avance pour l’ensemble du continent des prévisions de baisse beaucoup plus prudentes comprises entre 1 % et 5 % par an jusqu’en 2015. En juillet 2009, le fournisseur d’accès tanzanien TTCL a divisé par deux le prix de son abonnement internet via une ligne fixe, pour le porter à 43 dollars par mois, après l’arrivée du câble Seacom.

Ces évolutions tardent à profiter aux particuliers. La première raison est l’utilisation coûteuse des liaisons satellitaires, filet de sécurité en cas de rupture des installations sous-marines. La seconde s’explique par les volumes minimums d’achat de bande passante imposés par certains consortiums, qui empêchent l’accès des petits fournisseurs d’accès et limitent la concurrence.

Outre la baisse des prix, l’arrivée du haut débit sur les côtes africaines stimule aussi la construction de réseaux terrestres haut débit pour relier les zones enclavées. En tête des investisseurs, les actionnaires des câbles, conscients qu’il leur est essentiel de créer des débouchés pour leurs infrastructures sous-marines. Car rien ne dit, compte tenu de leur nombre, que tous trouveront à court terme la rentabilité escomptée.

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