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#DroitALidentité : une campagne numérique contre la non-délivrance des pièces d’identité en Guinée

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Mis à jour le 11 mars 2016 à 20h15
Passeport guinéen. DR

© Passeport guinéen. DR

Depuis plus d’un an, les autorités guinéennes ne fournissent plus de cartes d’identité en raison des fraudes liées à leur délivrance dans les commissariats et postes de police du pays. Une situation qui suscite l’agacement croissant de la population guinéenne, et une campagne de protestation numérique a été lancée.

Les Guinéens sont mécontents. Ils le font savoir depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, notamment à travers le hashtag #DroitALidentité. L’Association des blogueurs de Guinée (Ablogui), une organisation qui s’est illustrée lors de la présidentielle de 2015, a initié la campagne sur Twitter pour dénoncer un problème qui gêne tous les Guinéens dans leur vie quotidienne. Depuis décembre 2014, les autorités guinéennes ont en effet arrêté la création de nouvelles cartes d’identité sur toute l’étendue du territoire. Une situation qui favorise le racket organisé par les gendarmes aux barrages de sécurité, qui sont particulièrement nombreux dans la capitale guinéenne.

Par ailleurs, des filières de fraudes à la pièce d’identité sont apparues pour combler ce manque. O. Conté témoigne : « Je voulais appliquer la procédure Campus France, afin d’aller continuer mes études en France. Mais comme je n’avais pas de carte d’identité et que c’était demandé, je suis allé voir un commissaire à Dixinn, et pour 100 000 GNF (12 euros) j’en ai eu une fausse ». Ce qui a d’ailleurs conduit la branche guinéenne de l’Agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, l’accueil et la mobilité internationale à suspendre la carte d’identité parmi les papiers à fournir pour la demande du visa étudiant. Elle l’a annoncé via sa page Facebook.

Capture d'écran / Page Facebook Campus France Guinée

© Capture d’écran / Page Facebook Campus France Guinée

Les raisons avancées par l’État pour expliquer la rupture du service

Joint par Jeune Afrique, le ministère guinéen de l’Intérieur n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Mais selon un employé du ministère qui a tenu à rester anonyme, l’arrêt de fabrication de cartes a été acté en raison de leur facilité de reproduction illégale. Entre 2005 et 2010, alors que la Guinée était devenue une plateforme tournante de la drogue, plusieurs trafiquants d’origines diverses s’étaient notamment procuré des documents administratifs et officiels guinéens pour faciliter leurs affaires et leur déplacements dans le pays sans éveiller la suspicion des autorités.

Le gouvernement veut donc se départir du système des anciennes cartes en utilisant la biométrie à des fins de reconnaissance et d’authentification fiables. Pour ce faire, « il fallait d’abord arrêter la distribution des anciennes », avance notre source. La machine tarde à redémarrer cependant et certains Guinéens de proposer que, comme cela se passe ailleurs, les cartes nationales d’identité soient remplacées par les cartes électorales – ou au moins temporairement.

Car en 2015, la Guinée avait confié à Gemalto la modernisation de son registre électoral national, avec une solution de suivi comprenant un système de vérification automatique des empreintes digitales garantissant l’inscription unique et vérifiable des citoyens. Selon certains, la solution se trouverait donc ici… 

Des passeports pour les Guinéens de l’étranger

En parallèle, la campagne de l’Ablogui réclame que les ambassades de la Guinée à l’étranger soient en mesure de fournir de nouveaux passeports, ce qui n’a jamais été le cas. Les Guinéens de la diaspora doivent donc absolument rentrer à Conakry pour renouveler leurs précieux documents.

« Quiconque vous dit qu’il peut vous en faire un à distance veut juste vous arnaquer. Il faut impérativement la présence de la personne à Conakry pour la prise d’empreintes digitales », indique M. Fofana, chef du service des passeports au ministère de l’Intérieur. Les citoyens vivant hors de la Guinée n’ayant pas les moyens de se payer un billet d’avion pour rentrer à Conakry restent donc dans l’incapacité de prouver leur identité.

En France par exemple, la détention d’un passeport valide est indispensable pour obtenir un titre de séjour et ce dernier ne peut être prorogé qu’une fois. Un dossier sur lequel le gouvernement a annoncé par le passé vouloir travailler. Reste qu’on ne sait toujours pas quand le matériel nécessaire à la fabrication de passeports biométriques sera acheminé vers les représentations diplomatiques. Contactée par Jeune Afrique, l’ambassade de Guinée en France s’est refusée à tout commentaire.

L’agacement grandissant de la population guinéenne

« C’est ce mutisme frustrant des autorités qui a conduit les blogueurs à interpeller l’État guinéen ainsi que les décideurs par voie numérique à travers le hashtag #DroitAlidentité », explique Sanikayi Kouyaté, président de l’Ablogui. Les Guinéens sont victimes de rançonnements à des postes de contrôle non-conventionnels mais aussi à des difficultés liées à toute démarche administrative.

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